Chrétiens de la Méditerranée
Le Réseau Chrétiens de la Méditerranée se joint à l'Oeuvre d'Orient pour soutenir la Conférence Internationale du 8 septembre prochain organisée par le Ministère des Affaires Étrangères et Européennes
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EN IMAGES - Sur une image datée du 27 août, une structure rectangulaire entourée de colonnes est clairement visible, alors que sur un autre cliché pris lundi, on ne distingue plus que quelques colonnes, en bordure du site.
Le groupe État islamique (EI) a rasé le joyau de l'Humanité que représentait le temple de Bêl dans la cité antique de Palmyre en Syrie, et les experts sont convaincus que la rage destructrice des jihadistes se poursuivra.
«Ils ont tué Palmyre», s'est lamenté mardi le directeur des Antiquités de Syrie, Maamoun Abdelkarim, après la diffusion dans la nuit de photos satellitaires de l'ONU confirmant la destruction du plus grand temple du site.
«Il s'agissait du plus beau symbole de toute la Syrie. Et nous l'avons perdu à tout jamais», a-t-il ajouté, en y voyant «le dernier acte avant la destruction complète de Palmyre».
Lundi soir, l'Institut des Nations unies pour la formation et la recherche (Unitar) a déclaré pouvoir «confirmer la destruction du bâtiment principal du temple de Bêl ainsi que celle d'une rangée de colonnes qui le jouxte», après avoir comparé des images satellite avant et après l'explosion.
Sur une image datée du 27 août, une structure rectangulaire entourée de colonnes est clairement visible, alors que sur un autre cliché pris lundi, on ne distingue plus que quelques colonnes, en bordure du site.
Ce temple érigé il y a 2000 ans est le plus connu des monuments de la ville antique, qui figure au Patrimoine mondial de l'Humanité de l'Unesco et qui était visité avant la guerre par 150.000 touristes chaque année.
L'EI, qui a profité de la guerre civile pour s'implanter en Syrie, s'était emparé le 21 mai de Palmyre, à 205 km à l'est de Damas, après en avoir chassé les forces gouvernementales, suscitant aussitôt la crainte pour l'avenir du patrimoine syrien.
Trois mois après la prise par l'organisation Etat islamique (EI) de Palmyre, l'un des plus importants sites archéologiques préislamiques de Syrie et du Proche-Orient, les premières annonces de destructions majeures commencent à arriver. Le directeur des antiquités et des musées de Syrie, Maamoun Abdulkarim, a déploré dimanche 23 août l'anéantissement à l'explosif du petit temple de Baalshamin, un des joyaux du site antique.Sa cella, partie close, a été détruite et ses colonnes se sont effondrées.
Selonl'Observatoire syrien des droits de l'homme, qui cite des habitants de Tadmor, la ville moderne proche du site, cette destruction a eu lieu il y a un mois. Aucune de ces vidéos devenues familières, montrant des djihadistes pioches et explosifs en main, n'a encore été diffusée par le groupe, qui semble ménager ses effets. Il y a moins d'une semaine, l'EI avait décapité l'ancien chef des antiquités du site, Khaled Al-Assaad, 82 ans. L'Unesco avait dénoncé le 3 juillet un « spectacle d'une perversité glaçante »,après la destruction de bustes funéraires en place publique.
Cette oasis, située aux franges de l'Empire romain d'Orient, était sous l'empereur Tibère, au premier siècle avant notre ère, une cité caravanière de premier plan, plaque tournante des échanges entre la Chine, l'Inde, la Perse et Rome. En 139, Hadrien lui accordera le statut de province romaine. Ses commerçants financeront la construction de la cité antique, reprenant à leur compte « l'habillage » architectural gréco-romain – colonnades, chapiteaux corinthiens, frontons, pierres de taille.
Situé au nord du monumental temple de Bel – dédié au dieu Soleil, dieu de la foudre, divinité sémitique principale, et remarquablement conservé –, le petit temple de Baalshamin était un passage obligé des 150 000 visiteurs annuels du site avant que n'éclate la révolution en Syrie, en 2011.
Lire notre enquête : A Palmyre : « Ils ont tué l'archéologue ! »
Pierre Leriche, directeur de recherche au CNRS, responsable des fouilles du site de Doura Europos, situé à 300 km à l'est, est effondré : « Ils n'arrêteront jamais ! Entouré d'une colonnade, gracieux, délicat, c'était le plus beau [temple]. Très bien proportionné, intelligemment pensé, on le voyait depuis la terrasse de l'hôtel Zénobie. On ne pouvait le visiter, un arbre avait poussé à l'intérieur. Il était conservé jusqu'au sommet, avec sa frise au décor floral. » Baalshamin, divinité secondaire, était le dieu plus humain, intercédant en faveur du peuple.
Ce saccage n'est que le dernier épisode d'une destruction systématique du patrimoine préislamique sur le territoire contrôlé par l'EI. En février, le groupe avait détruit des trésors du musée de Mossoul et du site antique voisin de Ninive, dans le nord de l'Irak. En mars, il s'en prenait à la ville parthe d'Hatra, toujours en Irak, et le mois suivant aux vestiges de la capitale assyrienne de Nimrod.
Ces destructions obéissent à un objectif politique : l'EI s'attache à fonder un Etat inspiré par le salafisme, une vision de l'islam revenant aux sources purifiées et fantasmées de cette religion, et principalement défendue par la monarchie saoudienne. Avant l'islam : le désert, proclame ainsi l'EI. Le groupe utilise également ces destructions pour renvoyer à son impuissance la coalition internationale menée par les Etats-Unis qui bombarde ses positions depuis un an sans le faire reculer.
Les éléments architecturaux et les statues monumentales en sont les principales victimes. Les vestiges transportables sont revendus discrètement à l'étranger par le truchement de réseaux de contrebande. L'EI, tout comme d'autres parties du conflit, y compris le régime, s'adonnent à ce trafic.
Du point de vue militaire, Palmyre est une étape sur un corridor du centre de la Syrie reliant Deir ez-Zor, base de l'EI dans l'est syrien, à Homs et aux montagnes frontalières du Liban, où l'EI combat le régime. Le groupe avait avancé sans difficulté, en mai, dans la plaine désertique qui sépare Deir ez-Zor de Palmyre, isolant les dernières positions du régime.
Palmyre est la première ville prise directement par le groupe aux forces du régime syrien, qui s'en étaient retirées en prétendant avoir évacué les civils, ce qui s'est révélé faux. L'EI a ensuite engagé une épuration contre les collaborateurs supposés du régime.
Avant de s'en prendre aux ruines antiques, l'EI avait fait sauter la prison de la ville, symbole de la répression du régime dans les années 1980, fermé puis rouvert pour accueillir les manifestants de 2011. L'EI s'était également emparé des champs gaziers voisins d'Al-Hail et d'Arak, source d'électricité pour les zones tenues par le régime à l'ouest.
Revoir en vidéo notre éclairage « Pourquoi Palmyre est un joyau antique » :
Les djihadistes du groupe État islamique (EI) se sont de nouveau attaqués à un trésor archéologique mondial en faisant exploser un célèbre temple de la cité antique de Palmyre, en Syrie, classée au patrimoine de l'humanité.
Il y a moins d'une semaine, le groupe extrémiste avait décapité l'ancien chef des Antiquités de Palmyre, Khaled al-Assaad, un octogénaire de 82 ans réputé dans le monde entier pour sa connaissance de ce site antique unique.
L'EI, qui a déjà détruit plusieurs joyaux archéologiques en Irak, s'est emparé en mai dernier de Palmyre, surnommée « la perle du désert », suscitant de vives craintes de l'Unesco et de la communauté internationale.
« Daesh (acronyme en arabe de l'EI) a placé aujourd'hui une grande quantité d'explosifs dans le temple de Baalshamin avant de le faire exploser. Le bâtiment est en grande partie détruit », a déclaré dimanche Maamoun Abdulkarim, le directeur général des Antiquités et des musées de Syrie. Il a précisé que « la cella (partie close du temple) a été détruite et que des colonnes autour se sont effondrées ».
Le temple de Baalshamin a commencé à être érigé en l'an 17 puis a été agrandi et embelli par l'empereur romain Hadrien en 130.
Baalshamin est le dieu du ciel phénicien. C'est le sanctuaire le plus important après celui de Bêl, selon le musée du Louvre à Paris. Baalshamin est associé à Aglibôl (dieu de la lune) et à son frère cadet Malkbêl (dieu du soleil).
« Nos plus sombres prédictions sont malheureusement en train de se réaliser », a déploré Maamoun Abdulkarim. Les djihadistes « ont commis des exécutions dans le théâtre antique, ils ont détruit en juillet la fameuse statue du lion d'Athéna, qui se trouvait à l'entrée du musée de Palmyre, et ont transformé le musée en tribunal et en prison. Ils ont également assassiné mardi l'ancien directeur des Antiquités de la ville », a-t-il poursuivi.
L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) a confirmé la destruction de ce monument historique par l'EI, qui considère les oeuvres religieuses préislamiques, notamment les statues, comme de l'idolâtrie. Après avoir pris Palmyre aux forces du régime syrien, l'EI avait exécuté dans et à l'extérieur de la ville plus de 200 personnes, dont 20 abattues dans le théâtre antique. Mardi, les djihadistes ont exécuté l'ex-patron des Antiquités de la cité syrienne, puis ils l'ont pendu à un poteau avant de mutiler son corps, ont expliqué à l'AFP un de ses fils et le directeur général des Antiquités.
« Des habitants de la ville m'ont dit que le groupe de l'EI avait découpé en morceaux le corps de mon père après l'avoir accroché durant un jour à un poteau », a déclaré dimanche Mohammad, un des fils de Khaled al-Assaad. « Mon père répétait souvent je mourrai debout comme les palmiers de Palmyre », a-t-il ajouté. L'Unesco, la France et les États-Unis ont dénoncé un meurtre « brutal » perpétré par des « barbares ». L'Unesco s'était déjà insurgée le 3 juillet contre la destruction d'oeuvres d'art de Palmyre.
« La destruction de bustes funéraires en provenance de Palmyre, en place publique, devant des foules et des enfants que l'on convoque au saccage de leur patrimoine est un spectacle d'une perversité glaçante », avait dénoncé sa directrice, Irina Bokova. Les djihadistes, qui contrôlent de larges pans de territoires irakien et syrien, ont détruit en avril en Irak à coups de bulldozers, de pioches et d'explosifs le site archéologique de Nimroud, joyau de l'empire assyrien fondé au XIIIe siècle. Ils s'en sont également pris à Hatra - une cité de la période romaine vieille de 2 000 ans - et au musée de Mossoul, dans le nord de l'Irak. Plus de 300 sites historiques syriens ont été endommagés, détruits ou pillés au cours du conflit débuté il y a plus de quatre ans, selon l'ONU.
#Syria #Palmyra #SavePalmyra #Baal temple that that blown up by #ISIS today pic.twitter.com/7IiKAy3Z70
— تنسيقية مدينة تدمر (@PalmyraRev1) 23 Août 2015 Le temple de Baalshamin a commencé à être érigé en l'an 17 puis a été agrandi et embelli par l'empereur romain Hadrien en 130. Baalshamin est le dieu du ciel phénicien.داعش يذبح أهم شخصية للآن ويعلقه على عمود بالطريق
الثقافة تخيف الأرهابي، لأنها تبين فراغ نظرته
بقلم فريق زينيت
سوريا, (وكالة زينيت)
لندن – كمال قبيسيذبح التنظيم "الداعشي" أمس الثلاثاء ما يمكن اعتباره أهم شخصية، علمية وثقافية، بين آلاف أعدمهم وقام بتصفيتهم بأساليب وحشية حتى الآن، وبعد ذبحه علق جثته على عمود في الطريق العام بتدمر، التي سيطر عليها التنظيم المتطرف في مايو الماضي، وفيها اعتقله قبل شهر.
ذبحوا عالم الآثار والباحث الأثري السوري، الدكتور خالد الأسعد، المعروف بنشاطه المتكاتف لسنوات مع بعثات آثار أميركية وفرنسية وألمانية، قامت بمعيته في عمليات حفر وبحوث بأطلال وآثار عمرها 2000 عام في تدمر، المدرجة ضمن قائمة "اليونسكو" للتراث العالمي، لذلك بثت الوكالات بلغات عدة خبر مصرعه، نقلا عن مأمون عبدالكريم، المدير العام للآثار السورية.
قال عبدالكريم، إن أسرة عالم الآثار الذي قضى بعمر 82 سنة، منها 50 صرفها رئيساً للآثار بتدمر ومتاحفها، هي من أبلغته بإقدام "داعش" على ذبحه، لذلك دعا "إلى تخيل كيف أن عالماً كهذا وهب خدماته التي لا تنسى للمكان والتاريخ يقطع رأسه وتعلق جثته من أحد الأعمدة الأثرية في وسط ساحة بتدمر"، وفق تعبيره. لكن الصورة التي وجدتها "العربية.نت" لجثته، كانت معلقة على عمود عادي في الطريق العام بالمدينة، وأسفل القدمين وضعوا رأسه المقطوعة مع لائحة بالاتهامات كتبوها على يافطة.
الاتهامات التي من أجلها ذبحوهكتبوا في أعلى اليافطة "المرتد خالد محمد الأسعد.. موال للنظام النصيري" وتحتها دونوا في حقه 5 اتهامات: بصفته 1- ممثل عن سوريا في المؤتمرات الكفرية 2- مدير لأصنام تدمر الأثرية 3- زيارته إلى إيران وحضور حفلة انتصار ثورة الخميني 4- تواصله مع العميد عيسى رئيس فرع فلسطين 5- تواصله مع العميد حسام سكر بالقصر الجمهوري"، وهي التي من أجلها ذبحوه.
أما زيارته لإيران "فكانت مع وفد من أهالي تدمر قبل 6 أشهر" على حد ما ذكر موقع "زمان الوصل" الذي نقل اليوم الأربعاء أيضاً عن الأديب والشاعر السوري محمد علاء الدين عبدالمولى أن "داعش" علق جثته "على عمود أثري في تدمر، كان الأسعد أشرف بنفسه على ترميمه"، علماً أن تعليقها كان على عمود كهربائي في الطريق العام.
والمعروف عن الأسعد، أنه قام بدراسات علمية عدة، نشرت مترجمة إلى معظم اللغات الحية في عدد من الدوريات الأثرية العالمية عن تدمر التي ولد فيها "عام 1934 بالقرب من معبد بل الأثري، وحصل في 1956 على إجازة بالتاريخ من جامعة دمشق، وبعدها دبلوم بالتربية"، طبقاً لما ذكر "زمان الوصل" المختص بالشأن السوري عن العالم الأثري الذي جمعت "العربية.نت" ما تيسر عنه من معلومات، وتجولت بصفحة له في "فيسبوك" التواصلي، كما راجعت أرشيفات قديمة، فيها ما يؤكد أهميته.
ونعاه موقع "اكتشف سورية" المختص بالتراث والآثار، فقال: "بقلوب يعصرها الأسى والحزن، تلقينا نبأ استشهاد الباحث الأستاذ خالد الأسعد، مدير آثار تدمر الأسبق، الذي تم إعدامه بطريقة وحشية بقطع رأسه من قبل تنظيم داعش الإرهابي"، مضيفا في النعي أن عملية الإعدام "تمت في ساحة المتحف، ومن ثم تم نقل الجثمان وتعليقه على الأعمدة الأثرية التي أشرف هو بنفسه على ترميمها في وسط مدينة تدمر"، وفقاً للموقع الذي وصفه بأنه "من أعيان تدمر، وعُرف باعتداله الفكري والديني".
وارتبط اسمه بعدد من رواد الآثار
وكان الأسعد بدأ منذ 1963 حياته العملية كمدير لآثار ومتاحف تدمر "واجتهد لتطوير المؤسسة الأثرية فيها علمياً وإدارياً (..) وارتبط اسمه بعدد من رواد الآثار، منهم الدكتور الراحل عدنان البني"، وفقا لما أورد "زمان الوصل" عن الباحث الذي تقاعد في 2003 وكان ملماً باللغة الآرامية.
بعد تقاعده كان "مسؤولاً حتى قيام الثورة على النظام قبل 4 سنوات، عن ترجمة نصوص المكتشفات الأثرية بتدمر. كما كان يرأس الجانب السوري في جميع بعثات التنقيب السورية- الأجنبية المشتركة، وأهم اكتشافاته: حسناء تدمر، والقسم الأكبر من الشارع الطويل فيها، كما والمصلبة المعروفة باسم "التترابيل" إلى جانب بعض المدافن. كما أصدر وترجم أكثر من 20 كتاباً عن تدمر والمناطق الأثرية في البادية السورية.
وفي حساب باسمهkhaled asaad في "فيسبوك" التواصلي، الكثير من حب الأسعد لتدمر، والكثير من آثار نشاطه فيها وعنها، مع صور عن ذلك النشاط طول أكثر من نصف قرن، بحسب ما استنتجته "العربية.نت" من جولة قامت بها في الحساب الذي يشرح معظم ما يلبي الفضول عن آثار المدينة التي عاش فيها منقباً، يسعى للوصول إلى ما لم يتم اكتشافه فيها حتى الآن، ومن يتجول في ذلك الحساب ويطلع على ما فيه، سيخرج ملماً بالكثير عن تدمر وصورها ورسوماتها، ويأسف بالتأكيد لقتل الأسعد.
Dans son récit sur deux des plus grandes périodes de l'histoire de l'humanité, pharaonique et mésopotamienne, le spécialiste de l'histoire de l'art E. H. Gombrich commente ainsi l'image saisissante que constitue cette suite de lettres de l'alphabet alignées sans aucune logique : « Je peux lire. » « N'est-ce pas extraordinaire ?
Avec 26 symboles basiques, dont la plupart ne sont formés que d'un couple de courbes, il est ainsi possible d'écrire tout ce que l'on souhaite... » écrit en substance Gombrich, dans sa Petite histoire du monde. « (...) L'idée que chaque symbole exprime une voix et que 26 de ces signes seulement soient suffisants pour écrire n'importe quel mot était une invention tout à fait nouvelle. Seules des personnes ayant beaucoup pratiqué l'écriture pouvaient en être à l'origine – et non seulement l'écriture des textes sacrés et des cantiques, mais tout genre de messages, de contrats et de transactions commerciales. Ces inventeurs étaient des commerçants qui voyageaient longtemps par mer et qui faisaient des affaires dans tous les pays. Ils vivaient proches des juifs, dans les ports de Tyr et de Saïda, des cités beaucoup plus grandes et plus puissantes que Jérusalem, et aussi bruyantes et animées que Babylone. Ce sont les Phéniciens ! (...) » ajoute-t-il.
Dans les livres où nous avons appris l'histoire, la découverte de la couleur pourpre est aussi importante que l'invention de l'alphabet, sinon plus. C'est parce que cette couleur formidable reste gravée au fond de notre rétine, dans notre mémoire visuelle *.
Cette équivalence fait cependant de l'invention de l'alphabet un événement naturel et léger, similaire à la découverte de n'importe quelle couleur. Cet événement n'a ni la place ni l'ampleur qu'il mérite dans notre conscience. Jusqu'à présent, nous ne saisissons pas l'importance du saut qualitatif qu'a représenté l'alphabet au niveau de la conscience humaine, comme le souligne le professeur canadien Marshall McLuhan, qui s'est illustré à travers son ouvrage La Galaxie Gutenberg. Dans cet ouvrage, qui vise à « comprendre les moyens de communication », McLuhan évoque la légende de Cadmos. Parti à la rescousse de sa sœur Europe, enlevée par Zeus, Cadmos tua un dragon sur les rivages grecs. Il prit ensuite les dents du monstre et les sema. Il s'agirait là, selon l'intellectuel, d'une métaphore sur la diffusion de l'alphabet en Grèce.
La littérature maronite s'est accaparé l'histoire phénicienne, dont elle a fait son mythe propre, établissant une distinction entre ce qui est d'ordre arabe et d'ordre libanais, dans le cadre de son conflit avec la classe politique islamique. Cette division a été exploitée dans le but de marquer des distances avec l'appartenance arabe et brandir un particularisme, une spécificité, en soulignant l'importance du peuple « phénicien libanais », chrétien, face au peuple « arabe libanais », musulman. À travers ce conflit, l'une des inventions les plus grandioses de l'histoire de l'humanité, aussi importante que celle du feu ou de la roue, a été marginalisée, sinon ringardisée. McLuhan affirme, concernant l'alphabet, qu'il a modifié les relations entre les hommes et qu'il a permis la transition entre la pensée fondée sur la magie et la mythologie à la pensée rationnelle. C'est le passage du monde de l'ouïe et des sens à celui de l'œil, froid et pragmatique, comme l'explique en détail le théoricien canadien.
Au lieu d'être un facteur rassembleur, capable d'encourager l'ensemble des composantes du pays à appartenir à une nation dotée de racines historiques pouvant être sources de fierté, l'héritage phénicien a été transformé par les Libanais en mur de séparation entre deux appartenances devenues, non plus réconciliées et complémentaires, mais contradictoires et conflictuelles. Comme si les origines phéniciennes libanaises pouvaient empêcher l'appartenance arabe ou faire obstacle à cette dernière !
Comme si la langue arabe ne comportait pas autant d'idiomes et de sons d'origines phéniciennes, ou plus précisément cananéennes !
Au Salon du livre francophone 2013, dans le cadre d'un entretien commun avec Samir Frangié, un journaliste français de France Inter avait ainsi trouvé opportun de me demander combien j'acceptais l'idée selon laquelle mes origines seraient phéniciennes, et si cela s'opposait à mon arabité. Je lui avais répondu ce que j'ai toujours ressenti, en l'occurrence que je suis libanaise, arabe, phénicienne et musulmane, et que je ne trouve aucune contradiction entre toutes ces appartenances. Au contraire, il s'agit là, pour moi, d'une source de richesse et d'harmonie.
Les conflits, les luttes, les ruptures, et le fait de faire appel à l'extérieur – que ce soit un extérieur clairement ennemi, ou ennemi, mais travesti sous une apparence amicale – pour se protéger est un comportement libanais typique. Le Libanais a une capacité brutale de transformer des exploits extraordinaires en sources de conflits. Le dernier grand exploit, dans ce domaine, est celui de la libération du Liban-Sud en l'an 2000. À l'époque, Damas avait refusé d'en reconnaître la portée, en raison des fermes de Chebaa, jadis superbement ignorées, prétexte en or pour justifier le maintien de l'armée syrienne au Liban. Le camp de la moumanaa n'a « découvert » la libération du Liban-Sud qu'après l'expulsion de l'armée syrienne du Liban, dans le but unique d'accaparer cet exploit pour lui-même, et pour assurer, ce faisant, une couverture aux tragédies qu'il a causées – et qu'il continue de causer – au Liban et aux Libanais.
* La légende veut que la découverte du pourpre soit le fait du dieu Melkart Héraclès. Alors qu'il se promenait sur la plage en compagnie de la nymphe Tyros, son chien découvrit un murex et le croqua. Ses mâchoires se teintèrent de pourpre. La nymphe admira cette couleur et demanda au dieu de lui offrir un vêtement d'une aussi belle couleur.
Mona FAYAD
Psychologue
Vice-présidente du Renouveau démocratique