Darin LaHood, congressman américain. «Je suis fier de notre patrimoine libanais»
Il existe un tas de raisons qui incitent les Libanais à éjecter leurs dirigeants sans aucun égard mais, faute de place, nous n'en citerons que vingt. Certes, il serait injuste de mettre tout le monde dans un même sac. Certains sont moins condamnables que d'autres, quelques-uns ont même du mérite. Il ne s'agit, cependant, que d'exceptions qui confirment une règle générale: la classe politique libanaise est inapte à diriger le pays, elle doit partir. Et c'est au peuple libanais que revient la responsabilité historique de la virer.1-Les dirigeants pratiquent allègrement et au quotidien le délit d'initié. Ils profitent de leurs positions pour faire des affaires personnelles afin d'en tirer des bénéfices matériels.2-Ils sont coupables d'abus de pouvoir. Ils dépassent les limites légales de leurs fonctions, non pour le bien public mais pour servir des intérêts partisans ou personnels.3-Beaucoup de responsables politiques sont soupçonnés de corruption à grande échelle. Pourtant, ils ne sont jamais inquiétés.4-Lorsqu'ils ne sont pas eux-mêmes corrompus ou corrupteurs, ils encouragent la corruption ou font semblant de ne pas la voir dans les ministères et les organismes dont ils ont la gestion.5-La plupart des commis de l'Etat sont coupables de gaspillage des deniers publics et de dilapidation du patrimoine national.6-Certains leaders de classe A sont coupables d'exploitation illégale et frauduleuse de biens domaniaux et de biens maritimes publics.7-La plupart des hauts dirigeants pratiquent, d'une manière tout à fait naturelle, l'évasion fiscale en tenant une double comptabilité.8-Tous, ou presque, pratiquent le népotisme et le clientélisme. Ils placent des membres de leurs familles ou des proches à des postes clés sans prendre en considération le critère de la compétence.9-Ils sont imprévoyants. Ils n'anticipent pas les problèmes et, par conséquent, ne prévoient pas des solutions et des plans de contingence en cas de crise.10-Ils sont laxistes. Leur excès d'indulgence n'est pas dû à leur extrême tolérance, mais à leur paresse intellectuelle.11-Le laxisme conduit à des attitudes irresponsables qui ont, souvent, des conséquences graves sur la vie quotidienne des citoyens.12-Ils manquent de courage, car ils n'osent pas prendre des décisions impopulaires de peur d'être critiqués par leur entourage proche ou au sein de leur communauté, même si l'absence de décision risque d'avoir des retombées néfastes et irrémédiables au niveau national.13-Leurs discours sectaires et partisans constituent une violation flagrante des lois en vigueur, qui interdisent l'exacerbation des dissensions communautaires.14-Ils font primer d'étroits intérêts communautaires et partisans sur les intérêts supérieurs de la nation.15-Ils défendent les intérêts de pays étrangers au détriment des intérêts nationaux.16-Leur allégeance va à des puissances étrangères, non pas à leur patrie.17-Ils sont prêts à mourir pour que soient haut portés les drapeaux d'Etats étrangers au lieu de celui de leur pays.18-Ils sont sadiques, car ils humilient avec un malin plaisir leur peuple, comme c'est le cas dans le scandale des déchets.19-Ils sont coupables d'homicide prémédité, car ils savent pertinemment que l'accumulation des déchets pendant des mois peut provoquer de graves épidémies, comme le choléra.20-Ils sont coupables de trahison, car ils n'ont pas respecté les termes du mandat que le peuple libanais leur a accordé, et aussi de parjures car ils ont violé leur serment de respecter la Constitution et les lois libanaises.S'il fallait juger les personnalités politiques libanaises pour leurs manquements, il ne resterait presque plus personne sur les strapontins du Parlement ou sur les fauteuils du Conseil des ministres. Il faudrait construire de nouvelles prisons, mais faisons en sorte que les appels d'offres ne soient pas remportés par des prête-noms de nos 'chers' dirigeants.
Classé au patrimoine mondial de l'Unesco, le site archéologique risque de perdre son label en raison d'une notable dégradation de l'environnement liée à un laisser-aller général. Entre les verdoyantes collines de Byrsa et de Borj Jedid, le palais présidentiel et son parc archéologique, Carthage semble figée dans le temps. Mais cette vision de carte postale masque une tout autre réalité. Classé au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1979, le site risque de perdre ce label en raison d'une notable dégradation de l'environnement. En cause, un laisser-aller général dû principalement à la confusion qui règne au sein des institutions depuis la chute du régime de Ben Ali, en janvier 2011. En quelques semaines, le port punique, espace protégé, a été transformé en débarcadère, et de nombreux terrains non constructibles ont été recouverts d'habitations anarchiques, notamment à proximité des quartiers populaires de Mohamed-Ali et d'El Yasmina, où résident les trois quarts des 20 000 résidents de Carthage. La ville en attente d'un conseil municipal élu La commune a une superficie de 610 hectares, dont la moitié sont des terrains archéologiques. Conséquence : les décisions la concernant relèvent de la municipalité, du ministère de la Culture et de l'Institut national du patrimoine (INP). Trois acteurs qui se renvoient la balle, d'autant qu'ils sont systématiquement interpellés par des associations militant pour la mise en place rapide d'un plan de protection et de mise en valeur (PPMV). Des mécontents imputent la dégradation de la commune, laquelle est essentiellement résidentielle et sans activités économiques notables, à un conseil municipal non élu, provisoirement désigné en attendant les élections locales de 2016. La municipalité projette, en partenariat avec des privés, de multiplier, sans affecter le sous-sol, les infrastructures sportives
Pourtant, « lassée d'attendre l'intervention de l'INP, la mairie a pris sur elle de débarrasser les ports puniques de ses squatters », précise Zied el-Hani, membre du conseil municipal, qui rappelle que Carthage est d'abord un symbole civilisationnel et qu'il faut protéger le lieu où est née la première démocratie de l'histoire de l'humanité. La municipalité projette, en partenariat avec des privés, de multiplier, sans affecter le sous-sol, les infrastructures sportives, notamment à Seniat Fakoussa et sur le lieu-dit du Bir, « pour permettre aux jeunes démunis des environs d'avoir d'autres alternatives que la drogue ou le jihad ». Un vaste programme qui prévoit aussi la création d'une école de mosaïque, d'une piscine dans un cimetière chrétien désaffecté, d'un cinéma en plein air et d'un immense chapiteau sur la colline de l'Odéon pour la prochaine session du festival Jazz à Carthage. Se recentrer sur le quotidien des carthaginois Pour la commune, il est d'autant plus vital de générer des fonds propres que le nombre de touristes est en net recul et qu'elle ne perçoit plus les 350 000 euros reversés par l'Agence de mise en valeur du patrimoine, chargée de l'exploitation des sites archéologiques. Partenariats public-privé, sponsorisation, organisation de manifestations culturelles ou sportives et dons, tout est bon à prendre. Y compris la carte satellitaire des sous-sols de Carthage, offerte par la ville chinoise de Xi'an. Il n'empêche, les riverains, qui souvent ignorent tout de ces projets, s'inquiètent du manque de transparence de la gestion de la commune et réclament de la municipalité qu'elle se recentre sur le quotidien : « Des immondices s'amoncellent dans les ruelles et sur les terrains vagues, peste un résident. Des habitants ont fourni à la collectivité des poubelles… qui ne sont toujours pas installées. » L'erreur de construire sur la Carthage antique remonte à la période coloniale, mais la destruction du site a doublé depuis 1956, explique Youssef Cherif, archéologue
Les doléances ne s'arrêtent pas là : beaucoup s'étonnent que, sur les 150 ordres de destruction de constructions anarchiques, 20 seulement aient été exécutés, et soulignent que Carthage est toujours une cible de choix pour la spéculation immobilière. « L'erreur de construire sur la Carthage antique remonte à la période coloniale, mais la destruction du site a doublé depuis 1956 : c'est une responsabilité partagée à assumer aujourd'hui », explique Youssef Cherif, riverain et archéologue de formation. L'intervention de l'INP ainsi que la mobilisation des réseaux sociaux ont empêché la disparition d'une partie méconnue de la nécropole des « Rabs », grands prêtres et prêtresses de la Carthage punique, mise au jour à la faveur de fouilles préventives avant la construction d'une résidence non loin du palais présidentiel et de la villa Baizeau de Le Corbusier. « C'est une découverte inestimable. Nous allons mettre en œuvre les moyens pour racheter ce terrain », assure Nabil Kallela, directeur de l'INP. Une décision importante mais onéreuse pour un État dont les caisses sont vides. Frida Dahmani
En musique : Le Liban dans la chanson française – 04
Une chanson de plus dans le répertoire français évoquant le Liban. Le Liban qui se meurt, qui réclame le droit de vivre, de renaitre de ses cendres. Il a fallu encore une foi, la sensibilité d'un artiste afin d'être capable d'ouïr ses cris de détresses, d'une contrée happée par le cyclone des conflits utérins dévastateurs. Daniel Guichard, en 1989, sort un album intitulé « Pour elle », dans lequel il dédie une chanson émouvante au pays des cèdres, baptisée « Le droit de vivre », écrite par J. Demarny et composée par M. Cazenave:
Y a plus d'eau, plus de lumière dans la ville déchirée Sous son arbre légendaire, le Liban est sacrifié Les femmes sont en prière pendant qu'on se bat dehors Et dans les bras de sa mère, doucement l'enfant s'endort
Refrain:
Laissez-lui le droit de vivre, ce pays est mort-vivant Il ne pourra pas survivre bien longtemps Laissez-lui le droit de vivre autrement que sous la terre Autrement qu'un bateau ivre sur la mer
On prend les hommes en otages dans ce paradis perdu C'est une guerre d'un autre âge où l'avenir est vaincu
Les soldats sont en guenilles, fanatiques et affamés Pendant que le soleil brille sur des plages désertées
Il faut des champs de bataille pour essayer les canons Et l'humanité déraille vers une guerre de religion
Laissez-lui le droit de vivre, d'accoster à ses frontières Ce n'est plus qu'un bateau ivre sur la mer
Marie-Josée Rizkallah est une artiste libanaise originaire de Deir-el-Qamar. Versée dans le domaine de l'écriture depuis l'enfance, elle est l'auteur de trois recueils de poèmes et possède des écrits dans plusieurs ouvrages collectifs ainsi que dans la presse nationale et internationale. Écrivain bénévole sur le média citoyen Libnanews depuis 2006, dont elle est également cofondatrice, profondément engagée dans la sauvegarde du patrimoine libanais et dans la promotion de l'identité et de l'héritage culturel du Liban, elle défend également des causes nationales qui lui touchent au cœur, loin des équations politiques étriquées. Marie-Josée est également artiste peintre et iconographe de profession. Pour plus de détails, visitez son site: mariejoseerizkallah.com et son blog: blog.libnanews.com/mariejosee/
D'Hatra à Palmyre, les destructions des sites antiques par Daech continuent
INFOGRAPHIE / EN IMAGES - En Irak et en Syrie, le groupe État islamique détruit méthodiquement tout héritage culturel n'appartenant pas à la civilisation islamique. Le patrimoine de Palmyre vient une nouvelle fois d'être détruit par les islamistes, qui s'en sont pris au temple de Bel.
Les djihadistes de Daech manient aussi bien la pioche que la kalachnikov. Depuis la prise de Mossoul à l'été 2014 et la proclamation du califat, les destructions de sites antiques et d'œuvres millénaires s'enchaînent sur les territoires conquis en Irak et en Syrie. L'objectif des islamistes? Radier du paysage culturel tout ce qui est antérieur à la fondation de l'islam, notamment les vestiges parthes et assyriens. Ils visent également les sanctuaires chiites, ennemis irréductibles du fanatisme sunnite. Cette guerre contre la culture est aussi une provocation adressée à l'Occident, dont les caméras sont braquées sur les chefs-d'œuvre en péril.
• Le tombeau de Jonas
C'était encore l'époque ou Daech s'appelait EEIL (Etat islamique en irak et au Levant). Le 24 juillet 2014, après la prise de Mossoul, les djihadistes décident de faire exploser le tombeau de Jonas, considéré comme un lieu d'apostasie. Construit au VIIIème siècle, le mausolée était un haut lieu de pèlerinage chiite. Auparavant les djihadistes avaient déjà détruit sept lieux de culte chiites dans les environs de Mossoul.
• Les lions assyriens de Raqqa
Deux magnifiques lions assyriens ont été détruit au bulldozer dans le centre-ville de Raqqa, ville syrienne devenue la capitale de l'Etat islamique
• La bibliothèque et le musée de Mossoul
En janvier 2015, 2000 livres issus de la collection de la Bibliothèque de Mossoul sont brulés devant les caméras. Des livres pour enfants, de poésie, de philosophie, de santé, de sport et de sciences, ainsi que les journaux datant du début du XXe siècle, des cartes ottomanes et des collections privées offertes par les vieilles familles de Mossoul partent en fumée. Certains manuscrits anciens ont pu être sauvés de justesse grâce à des moines dominicains présents à Mossoul.
En février 2015, les djihadistes de l'Etat islamique publient une vidéo sur YouTube mettant en scène la destruction systématique d'antiquités assyriennes au musée de Mossoul. On y voit les islamistes, armés de masses et de marteaux piqueurs réduisant en miettes des statues datant du VIIème siècle avant Jésus-Christ. La condamnation de la communauté internationale est unanime. François Hollande parle de «barbarie».
• La ville assyrienne de Nimroud
Le massacre du patrimoine assyrien se poursuit avec la destruction de la cité historique de Nimroud à coup de bulldozer et d'explosifs en mars 2015, d'après le ministère du Tourisme et des Antiquités irakien. Ce joyau archéologique irakien date du XIIIe siècle avant Jésus-Christ. Des bas-reliefs de 3000 ans, les fameux «lions de Nimroud», les frises, les taureaux androcéphales, tout pourrait avoir disparu. Impossible pour le moment de constater l'ampleur des dégats.
Hatra, cité antique vieille de 2000 ans inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco, est située à 100 km au sud de Mossoul, dans le nord de l'Irak.
«L'Etat islamique nous a envoyés pour détruire ces idoles parce qu'elles sont vénérées à la place de Dieu», explique l'un des deux jihadistes s'exprimant dans la vidéo, qui n'est pas datée.
«Des organisations apostates ont assuré que la destruction de telles antiquités était un crime de guerre, donc nous allons les détruire» affirme l'un des islamistes.
• La cité antique de Palmyre
La ville de Palmyre, baptisée la «perle du désert syrien», abrite des joyaux de l'Antiquité. C'est «l'un des sites les plus significatifs du Moyen-Orient et la population civile qui s'y trouve», avait alerté l'Unesco au moment des combats. Mais la cité antique est tombée aux mains des djihadistes en mai.
Les djihadistes avaient affirmé qu'ils ne toucheraient pas aux colonnades, aux théâtres antiques et autres vestiges de la cité. Dès le mois de juin pourtant, ils s'en sont pris à des mausolées dans la ville, ainsi qu'à des tombes et des statues. Ils ont également réduit en ruines le célèbre musée de mosaïques à grand renfort de TNT, avant de briser à coups de marteau le Lion d'Athéna, œuvre monumentale située à l'entrée du musée de la cité antique. Ce dernier lieu par ailleurs été transformé le musée en tribunal et en prison, ils ont commis des exécutions dans le théâtre antique et ont assassiné l'ancien directeur des Antiquités de la ville, Khaled al-Assad
Le 26 août, la destruction de la ville a atteint un nouveau stade après l'explosion du célèbre temple antique de Baalshamin. Ce monument avait commencé à être érigé en l'an 17 puis a été agrandi et embelli par l'empereur romain Hadrien en 130. Dimanche 30 août, c'est le temple de Bel (ou temple de Baal) qui a, cette fois, été en pris pour cible. L'Observatoire syrien des droits de l'hommes (OSDH) a précisé ne pas connaître encore l'ampleur des dégâts infligés à ce temple dédié au dieu Soleil, qui était dans un état de conservation remarquable. «Selon les informations que nous avons recueillies, les djihadistes de l'EI ont procédé à une explosion dimanche dans la cour du temple mais la 'cella' (partie close du temple) et les colonnades frontales sont intactes», a déclaré Maamoun Abdelkarim, le directeur des Antiquités.
• Mais aussi: trafic, contrebande et fouilles clandestines
Quand l'Etat islamique ne détruit pas, il pille. Les patrimoines syrien et irakien sont devenus une manne financière non négligeable pour les djihadistes, et la principale source de financement du terrorisme dans la région, après le pétrole.Presque 1800 des 12.000 sites archéologiques irakiens se trouvent dans des zones contrôlées par l'EI. En Syrie, le trafic d'antiquités avait commencé avant Daech, mais les islamistes ont intensifié la contrebande. les fouilles clandestines, destinées au trafic, se multiplient sur tous les sites historiques, notamment à Palmyre. L'historien Pascal Butterlin qualifie le saccage patrimonial en Syrie «la plus grosse catastrophe patrimoniale depuis la Seconde guerre mondiale».
Un village libanais accueille à lui seul plus de réfugiés syriens que les Etats-Unis
Depuis le début de la guerre en Syrie, en mars 2011, les Etats-Unis n'ont accueilli que 1.584 réfugiés. Le village de Ketermaya en comptait, lui, 1.954 dès 2014.
Ketermaya est un petit village du sud du Liban, situé à une quarantaine de kilomètres de Beyrouth. A lui seul, il accueille plus de réfugiés syriens que les cinquante Etats américains. Dès 2014, il compte plus de 1.954 réfugiés alors que les Etats-Unis n'ont accueilli que 1.584 Syriens depuis 2011 (sur 70.000 réfugiés de toutes nationalités confondues chaque année).
Dans le village de Ketermaya, certains libanais ont proposé gratuitement des logements inoccupés et des tentes. D'autres ont mis à disposition leurs terres. C'est le cas d'Ali Tafesh, qui possède une entreprise locale. Trois cent trente Syriens se trouvent sur sa parcelle d'un acre.
«A ses propres frais, il a construit des toilettes et installé l'eau potable dans le camp», raconte le journaliste du Globalpost.
Ali Tafesh ne fait pourtant partie que d'une minorité. Plus de 4 millions de Syriens ont fui leurs pays et la plupart d'entre eux se trouvent au Liban, en Turquie et en Jordanie. Au Liban, plus d'une personne sur quatre est un réfugié syrien. Alors ces réfugiés se rendent où ils peuvent, construisent des abris de fortune, dorment dans leurs voitures ou viennent renforcer la population des camps palestiniens déjà surpeuplés. La pression sur ce pays est forte et le racisme, lui, grandissant.
Un pays paralysé par le danger terroriste
Les Etats-Unis ont recueilli pour leur part plus de réfugiés lors des conflits précédents: 1 million en provenance du Sud Est de l'Asie pendant la guerre du Vietnam, ou encore des dizaines de milliers lors de la guerre du Kosovo à la fin des années 1990.
De nombreux journaux américains s'interrogent donc sur les raisons de cette politique. Selon Vox, le système d'accueil américain «n'est pas fait pour les urgences humanitaires». «Il faut en moyenne 18 mois avant qu'un réfugié désigné pour une relocalisation aux Etats-Unis ne mette effectivement un pied dans le pays», précise une journaliste de CNN. Vox pense également que la volonté politique manque et que le pays se trouve paralysé par le danger terroriste.
En mai dernier, un groupe de sénateurs avait pourtant demandé l'accueil de 65.000 Syriens supplémentaires, en vain. Le 10 septembre, le gouvernement américain s'est finalement engagé à en accueillir 10.000 de plus d'ici octobre 2016.
سنة 557 ميلادية، جرى حدث تاريخي في مدينة أم الجمال، ألا هو تدشين كاتدرائية المدينة، فجاءت الوفود المشاركة من مختلف الأبرشيات المجاورة في الأردن وسوريا فلسطين. وكانت أم الجمال آنذاك في أوج عزها ومجدها. ولا بدّ أن خريطة مادبا الفسيفسائية التي تعود إلى حوالي سنة 565، أي ثماني سنين بعد تدشين الكاتدرائية، قد ذكرت ورسمت مدينة أم الجمال وكاتدرائيتها والمدن والمراكز الأخرى التي تتمتع بشيء من الأهمية في الصحراء الأردنية. ومما يؤكد لنا ذلك، بنوع خاص، أن فناني الخريطة راحوا يملأون الفراغ، في الأجزاء الصحراوية الخاوية، ببعض صور الحيوانات التي كانت تعيش في الصحراء، فكيف لا يملأونها بمدنها العامرة؟. ولكن من المؤسف حقاً، ألا تصل إلينا خريطة مادبا سالمة من كل شائبة، فقد عبث بها الزمان ودمّرت أجزاء كبيرة منها بأيدي الإنسان.
لقد عثر في مدينة أم الجمال على خمس عشرة كنيسة، وهي إن دلت على شيء، فإنما تدل على ازدهار المسيحية وأصولها العريقة، وعلى تقوى أهلها وحبهم للمسيح. ولا غرابة في ذلك، فالمدينة محط ترحال عشرات الألوف من البشر والقوافل، فكان لا بدّ للسلطة الكنسية من أن تهتم اهتماماً روحياً موصولاً بالمسيحيين الوافدين إلى المدينة مع القوافل من كل فجّ وصوب. أما أقدم كنيسة، فهي كنيسة يوليانوس التي تعود إلى سنة 345، وقد يكون هذا الاسم اسم المهندس المعماري الذي بناها. كما هي الحال كنيستي كلوديانوس وماسيشوس، أو اسم المحسن الذي تبرع ببنائها.
وفي العصر البيزنطي، تحوّلت الثكنة العسكرية إلى دير، وهي تسمى اليوم (الدير)، وتشير إلى ذلك الكتابة التي عثر عليها على دائر البرج في الزاوية الجنوبية الشرقية منه. وللبرج ستة أدوار، ويبلغ ارتفاعه ستة عشر متراً، وتبرز منه شرفة فوق كل جهة من جهاته الأربع، كتب عليها أسماء رؤساء الملائكة: جبرائيل وميخائيل وروفائيل، على ثلاث منها، وعلى الجهة الرابعة كتب اسم اوريئيل، وهو ملاك اسطوري، والثكنة بناء مستطيل فيه كنيسة من ثلاثة أروقة، وحول الكنيسة باحة مفتوحة ومحاطة بصف أو صفين من الغرف.
ومن أبرز كنائسها، الكنيسة الغربية الواقعة من بوابة كومودوس. ويبلغ طول مدخلها الرئيسي حوالي أربعة وعشرين متراً، ويبلغ صحنها حوالي اثنين وعشرين متراً، وعرضه ستة عشر متراً. وبجوار الهيكل قوسان نقش عليهما صليبان. ويحيط بالكنيسة رواقان من الشمال ومن الجنوب، وبين صحن الكنيسة والأروقة صفان من الأقواس. وأما بقية الكنائس، فبعضها يتخذ شكل قاعة كبيرة، وبعضها يحوي صحناً في الوسط، تفصله عن الأروقة الجانبية أقواس قائمة على قواعد.
عوامل طبيعية وتجارية كانت سبباً في دمار أم الجمال، وفي هجر سكانها لها. فالزلزال الرهيب الذي حدث سنة 746 والتغيير الجذري الذي طرأ على طرق التجارة، كانا سببين رئيسيين في زوال أم الجمال اقتصادياً ومعمارياً، وفي دفنها في قبر النسيان. فقد راحت القوافل تمر بعيدة عنها ولم يعد هنالك من يحلم بما يرقد بين أنقاضها سوى بعض البدو والمفتشين عن الذهب والكنوز. لقد رضيت أم الجمال مرغمة بأن تُنسى، وأن تُهمل، وأن تُنشأ غيرها من المدن وتزدهر، ولكنها بقيت وفيّة، تتحدث لمن يقرأ لغة الآثار عن مجدها المندثر وعزّها الغابر. إنها جميلة، وجمالها على ما تقول أخبارها وآثارها في مسيحيتها.
أنا سوداء، ولكني جميلة
كان القرن الأول قبل الميلاد العصر الذهبي للمملكة الصغيرة التي أنشأتها قبائل الأنباط العربية في جنوبي الأردن الحالي. وقد امتدت حدودها إلى جنوبي سوريا الحالية، بعد انتصار ملكها عبيدة الأول على الإسكندر جانيوس في المعركة التي وقعت بينهما سنة 90 ق.م على مقربة من شاطىء بحيرة طبريا الشرقي. وفي سنة 78 ق.م انتصر ملكهم رابيل على أنطيوخس الثاني عشر "ديونيزيوس". ووصل ملكهم الحارث الثالث (87–62 ق.م) بجيوشه إلى القدس وحاصرها، كما وصل إلى الشام، فصكّ أهلها عملة تخليداً له.
كانت قوافل الأنباط تجوب الصحراء محملة بالسلع التجارية من بلادهم ومن الجزيرة العربية، وربما من الهند أيضاً. وكانت تصل إلى مصر وسوريا وبلاد فارس. فكان لا بدّ من إقامة المحطات على الطريق، وبخاصة في الصحراء الشاسعة. في هذا العصر الذهبي أنشأ الأنباط "أم الجمال" ولعلّ اسمها الأساسي "ثانتيا" التي يذكر عدد من الجغرافيين القدامى أنها في هذه المنطقة الصحراوية، لتكون محطة استراحة للقوافل التجارية بين البتراء عاصمة المملكة والشام. وكانت في بادىء الأمر مركزاً صغيراً ازداد أهمية بازدهار التجارة على الخط البتراء / الشام.
وتقع أم الجمال في قلب الصحراء الأردنية، إلى الشرق من مدينة المفرق، على بعد 15 كيلومتراً منها، وعلى مقربة من طريق بغداد القديمة. وقد بنيت بالحجر البركاني الأسود الذي خلفته البراكين في تلك المنطقة. وعثر فيها على كتابات نبطية، ولكنها لا تذكر اسم المدينة، كما عثر خارج السور على قبور نبطية كثيرة كانت معظمها مدافن للعائلات النبيلة.
ولما كان الماء أمراً جوهرياً في كل مكان وزمان، وبخاصة في الصحراء، فقد حفر سكان ام الجمال بئراً لكل بيت، وأنشأت السلطة بركاً كبيرة، وأقامت السدود لتخزين مياه الشتاء. وتقع أكبر بركة على الشمال الشرقي من المدينة، ويبلغ طولها أربعين متراً وعرضها ثلاثين متراً وعمقها أربعة أمتار ونصف. ولا تزال بعض الآبار صالحة حتى اليوم. وكذلك أُعدت ساحات كبيرة وعديدة داخل المدينة لإقامة القوافل التي كانت تغشاها، والتي كانت سبباً في تسميتها بأم الجمال. فكانت المدينة محظة ترتاح فيها القوافل وتتزود بالماء والطعام ثم تتابع طريقها.
إلا أن الرومان، في مطلع القرن الميلادي الثاني (105)، في عهد الإمبراطور ترايانوس، قد قضوا على مملكة الأنباط، وأسموها "المقاطعة العربية". واهتموا اهتماماً ملحوظاً بطرق التجارة، وأبقوا عليها وعززوها ووصلوا بأم الجمال إلى قمة الازدهار. فاستمرت المدينة في حياتها الهادئة. وبني سور المدينة في القرن الثاني بعد الميلاد، وفيه بوابتان من جهة الشرق، وبوابتان من جهة الغرب، وبوابتان من جهة الجنوب، وبوابة واحدة من جهة الشمال. وتحمل البوابات الشرقية والجنوبية أبراجاً للمراقبة وللدفاع عن المدينة. وقد عثر على كتابة تدلنا على أن البوابة الغربية أنشئت في عهد الإمبراطور كومودس وهي مكونة من برجين يجمعهما قوسان. وكومودس (180-192م) هو الحاكم الذي خلف والده ماركوس أوريليوس الذي حكم من سنة 161 إلى 180 ميلادية.
ليس في أم الجمال مدرجات وأعمدة فخمة وشوارع جميلة، فهي مدينة تجارية محضة شامخة بأبنيتها السود وبآثارها، تشهد أبراجها ومنازلها وكنائسها وبركها وساحاتها وبواباتها وطرقها، عبر العصور وتقلبات الزمن، على تعاقب الحضارات في بلادنا، وعلى عصر ذهبي وصل إليه الأنباط العرب عبر العصور الغابرة.
Le Grand Liban – le Liban reconnu dans ses frontières officielles par la communauté internationale – est l'enfant chéri de la France et l'héritier des funestes Accords Sykes-Picot, qui partagèrent le Proche-Orient entre la France et la Grande-Bretagne, avant de lui accorder son indépendance.
La France s'est engagée envers ses protégés libanais (surtout les Maronites, communauté chrétienne prédominante au Liban, qu'on appellera ici Entité politique maronite) à protéger l'indépendance et la souveraineté du pays contre toutes futures visées syriennes. C'est d'ailleurs pour cela que les musulmans libanais [qui au départ étaient contre l'administration française et pour l'intégration à la Syrie, État majoritairement musulman, NdT] parlent ironiquement de la France comme de la mère nourricière du Liban.
L'Entité politique maronite tenait absolument à inclure dans le Grand Liban ces villes importantes que sont Beyrouth, Tripoli et Saïda – des cités avec une forte population musulmane. Les Français fermèrent les yeux et précisèrent par écrit dans la Constitution que le Président de la République et le commandant en chef de l'armée devaient appartenir à la communauté maronite. Leur peur était fondée sur le fait que les musulmans de ces villes se retrouveraient soudainement citoyens d'un État qu'ils considéraient comme un vassal de l'Occident, et qu'ils étaient furieux d'être séparés de leur mère-Syrie et inclus dans un État auquel ils ne s'identifiaient pas.
Quand Nasser devint l'espoir du monde arabe, de nombreux musulmans libanais le suivirent et rejoignirent les rangs du nationalisme pan-arabe. Cela n'a pas duré bien longtemps, et le courant qui l'a remplacé a été plus complexe et sinistre : le fondamentalisme sunnite, tandis que pour la première fois dans l'histoire du Liban, les Chiites commencèrent à s'organiser.
Jusqu'au début des années 1980, les Chiites libanais n'eurent guère voix au chapitre dans la politique du Liban. Les musulmans de Beyrouth, Tripoli et Saïda étaient en majorité Sunnites. Le poste de Premier ministre était réservé au leader de leur communauté, les Chiites devant se contenter de la Présidence de l'Assemblée – une position secondaire, mais ce n'était pas tout. Les Chiites comptaient peu, et leurs régions étaient pauvres. Pour envenimer les choses, ils étaient concentrés dans deux régions, la Bekaa et le Sud, et au Sud, leur voisin, c'était Israël. Contre toute attente, les Chiites ont émergé et ont infligé une défaite historique à Israël en 2006 – un véritable combat de David contre Goliath.
Le réveil des Chiites a créé une équation politique entièrement nouvelle pour le Liban, les Chiites y prenant la part du lion. Il est probable que dans un très proche avenir, leur poids soit encore renforcé.
Il semble de plus en plus évident que le Président Assad gagnera la guerre engagée contre lui depuis 2011. D'ailleurs, la coalition qui s'était levée contre lui n'existe plus. Elle s'est fragmentée et l'armée des fondamentalistes (État islamique) est devenue le cauchemar des pays qui l'ont créé.
Dans le même temps, l'Entité politique maronite s'est trouvée de nouveaux alliés sur la scène locale, les plus improbables, ses adversaires de toujours, les Sunnites libanais. Ces deux pôles traditionnels de la politique libanaise, les Sunnites et les Maronites, ont compris qu'ils allaient perdre leur statut, à moins de s'unir et de lutter contre les Chiites, et plus précisément contre le Hezbollah.
Cette fois, la France n'a pu apporter qu'un appui secondaire. La France n'est plus la grande puissance des années 1920 et son rayon d'action politique et économique est limité. C'est un autre pays qui a apporté son appui à cette nouvelle alliance libanaise, et, ironie du sort, il s'agit du plus fondamentaliste des États musulmans, l'Arabie saoudite.
Grâce à ses liens solides avec les Saoudiens et à son immense richesse, Saad Hariri, à la tête de l'Entité politique sunnite a formé l'épine dorsale financière d'une alliance avec l'Arabie et les États-Unis, avec la France en retrait, une alliance dont le but était de garantir l'intégrité et la souveraineté du Liban comme État distinct et indépendant de la Syrie.
Walid Joumblatt
Cette alliance, appelée Alliance du 14 Mars, comprenait au départ l'Entité politique maronite, l'Entité politique sunnite menée par Hariri, ainsi que le leader druze Walid Joumblatt, mais Joumblatt la quitta rapidement.
Hassan Nasrallah
En face, nous avons la Coalition du 8 Mars. Le principal acteur est le Hezbollah, mais on y trouve aussi le PSNS (Parti socialiste nationaliste syrien, laïc), le Parti communiste libanais et, contre toute attente, le général Aoun, ancien commandant en chef de l'armée, et Sleiman Frangié [petit-fils d'un ancien Président de la République, NdT] qui forment l'Axe de la Résistance. Le PSNS qui milite pour l'unification de la Grande Syrie a été créé par un Grec orthodoxe libanais, Antoun Saadé. Résolument laïc, le parti s'est engagé en Syrie aux côtés du Hezbollah et de l'armée syrienne.
Tandis que l'Alliance du 14 Mars entre Maronites et Sunnites est un mariage de convenance avec des objectifs anti-chiites, la Coalition du 8 Mars est laïque, même si elle est dirigée par le Hezbollah – le parti de Dieu –, un parti qui recrute essentiellement dans la communauté chiite. Ses membres et ses sympathisants, notamment les jeunes, en ont assez d'une Constitution basée sur les rapports de forces entre communautés religieuses, entre autres choses.
Michel Aoun
ADVERTISEMENT
Plus encore, la présence du général Michel Aoun dans cette coalition marque la fin de l'Entité politique maronite. Les Maronites sont déchirés en deux camps à peu près égaux. Un camp continue à suivre les leaders et les partis traditionnels, tandis que l'autre, conduit par Aoun, veut des réformes et souhaite établir de bonnes relations avec la Syrie.
Dans le même temps, comme le cours de la guerre en Syrie ne semble pas tourner en faveur du 14 Mars, le nouveau roi d'Arabie saoudite vient de faire ce qui s'apparente à un coup d'État. A peine installé sur le trône, il a élevé son fils le prince Mohammed comme prince héritier adjoint, et dans les faits, Mohammed est devenu le roi officieux d'Arabie.
Même lorsque le roi Fayçal obligea son aîné corrompu et débauché à abdiquer, en 1964, il avait établi une lignée claire pour l'accession au trône, pour les règnes de Khaled, Fahd et Abdallah. Tout cela vient de changer, et le nouveau prince n'aime guère l'ancienne génération ni ses clients, dont Hariri.
Saad Hariri
Les rumeurs courent que Hariri connaît de graves ennuis financiers. L'une de ses sociétés, Oger Liban [société de télécoms, NdT] a fermé, et seuls les employés qui avaient des liens solides avec leur patron ont reçu des indemnités. Les autres sont partis les mains vides. Mais la compagnie-mère elle-même, Saudi Oger, semble être en difficulté, avec une dette de un milliard de dollars. En d'autres temps, Hariri aurait siphonné le trésor royal pour combler le trou, pas cette fois-ci.
Quand la guerre en Syrie se terminera, et cela pourrait arriver rapidement maintenant, tout indique que Assad va gagner, et que le Hezbollah va être encore plus puissant, tandis que les traditionnelles Entité politique maronite et Entité politique sunnite seront à leur plus bas.
Ce que les observateurs ne voient pas est le fait que le Grand Liban a capitulé. Il a renoncé à tout, depuis le traitement des ordures jusqu'à l'élection d'un Président de la République.
A ce propos, le Liban n'a plus de Président depuis plus d'un an. Si l'appartenance du Président à la communauté maronite a été la garantie de la survie de l'État, comment celle-ci serait-elle possible, si les Maronites eux-mêmes ne parviennent plus à s'entendre sur un candidat ?
Mais, là encore, ce n'est pas tout.
Une fois que la Syrie aura gagné la guerre, elle ne pourra pas laisser un foyer d'infection à ses frontières. Le Liban a été infiltré par des milliers d'activistes d'État islamique et de combattants sunnites. Ils se sont concentrés dans le Nord et le Nord-est, tenant notamment des bastions dans la ville d'Ersal et la ville de Tripoli – la deuxième ville du Liban. Il va falloir éliminer ces radicaux, et seuls l'armée syrienne et ses alliés libanais pourront s'en charger [discutable : le Hezbollah suffira largement à la tâche]. Ceux qui ne voient pas ce grand nettoyage arriver vont être surpris.
Quel pays, ou quelle puissance, pourra intervenir alors pour sauver l'intégrité et la souveraineté du Liban ? Qui viendra jouer le rôle de la mère nourricière pour les Maronites ? Pour quels Maronites, au fait ? Les derniers supporters de la traditionnelle Entité politique maronite ou les partisans du Général Aoun ?
Le Grand Liban a capitulé. Sa constitution communautaire-religieuse a failli. Le sol s'est dérobé sous les pieds de son système politique. Les institutions déclinantes, fondées sur la corruption et les pots-de-vin, sont arrivées à leur terme.
Le Grand Liban était un mensonge français, une plaisanterie que même son architecte, le Général Gouraud, n'imaginait pas tenir un siècle entier.
Les Libanais des différentes obédiences politiques sont tous armés, mécontents et déçus de ce que leur laissent le gouvernement et les politiciens. Des milliers d'entre eux sont descendus dans la rue pour exiger des réformes, mais il ne peut y avoir de réformes venant d'un système politique bâti sur des sables mouvants, et fait de bric et de broc.
Les tas d'ordures qui encombrent le pays et qui viennent de provoquer une crise majeure sont la manifestation physique d'une pourriture plus profonde et encore plus sinistre qui ronge la nature même de l'État et sa souveraineté en tant qu'État indépendant, son identité et sa constitution archaïque et tribale.
Ainsi donc nous avons d'un côté le spectre du gouvernement libanais, qui est communautaire, corrompu, faible et dysfonctionnel, et de l'autre, nous avons l'axe libanais de la Résistance (la Coalition du 8 Mars) qui est laïc, organisé, fort et capable. En cas de problème, l'Axe de la Résistance est désormais une force plus efficace que l'armée libanaise elle-même. Il n'est donc pas difficile d'imaginer que cette alliance peut, ou peut-être doit, prendre un jour la direction du pays pour réinventer une nouvelle voie pour sa gouvernance et pour son identité.
Cette fois, quand l'armée syrienne entrera au Liban, elle n'en repartira pas. Le Liban n'a plus les moyens de rester en paix et en sécurité et il doit assumer sa vraie identité en se réunifiant avec la mère-Syrie. Cela fait bientôt un siècle que l'on couvre l'État libanais d'échafaudages pour tenter de raffermir sa structure. Personne ne semble être capable, ni même être désireux de poursuivre ce travail, et les échafaudages eux-mêmes sont en train de tomber en ruines.*
Ghassan Kadi
* Ce dernier paragraphe est très discutable : ayant mis en déroute Israël à deux reprises, le Hezbollah est tout à fait capable d'éliminer toute présence terroriste du Liban. Tant la Syrie que le Hezbollah, et la majorité des Libanais, favoriseraient certainement une union étroite à une réunification. [Sayed Hasan]
Comment s'explique cette catastrophe « humanitaire » que fut la Grande famine du Mont-Liban ?
Il est des événements que l'on préfère passer sous silence, la Grande famine du Mont-Liban est de ceux-là. Il faut se rappeler que la Grande Guerre a eu un impact, loin d'être négligeable, dans la région du Moyen-Orient, ce qui est peu connu du grand public. Le Mont-Liban a particulièrement souffert de cette famine faisant, selon les estimations, entre 80 000 (1) et 200 000 morts (2) sur une population estimée entre 414 000 et 496 000 Libanais. Une partie de la Syrie a également été touchée par ce dramatique épisode s'échelonnant de 1915 à 1918. La plupart des gens sont morts de faim ou ont été victimes d'épidémies accompagnant cette famine. Mais d'autres facteurs sont à prendre en considération.
Plusieurs éléments convergents ont joué un rôle décisif dans la famine. Une seule cause ne suffit pas à expliquer l'ampleur de cette dernière. Cet événement funeste est la conséquence tragique de facteurs qui n'ont fait qu'amplifier les effets désastreux de la politique ottomane, dans le contexte de la Première Guerre mondiale. Cette épreuve a marqué durablement la population du Mont-Liban. Elle est le résultat direct du blocus terrestre imposé par Jamal Pacha (membre des Jeunes Turcs) et les réquisitions menées par l'armée ottomane. « Par ses notes de 21 et 22 de ce mois, l'Ambassade des Etats-Unis à Paris a bien voulu faire connaître au Gouvernement de la République qu'en raison de la propagande anti-chrétienne actuellement menée dans toute la Turquie, et du désir qu'aurait le gouvernement ottoman de profiter des circonstances présentes pour abroger les Capitulations (3) […] » (4). Mais il est clair que le blocus naval de la flotte de l'Entente, l'invasion des sauterelles, tout autant que les épidémies ayant sévi dans une grande partie du territoire, n'ont fait qu'amplifier ce désastre…sans oublier les comportements de certains, bien peu scrupuleux, ayant vu là l'occasion de tirer profit de la détresse des gens et de s'enrichir.
Les archives des pères jésuites permettent de rompre ce silence autour de la famine, lequel silence avait fini par céder la place à l'oubli. Ainsi, le 28 juin 1915, dans son diaire (5), le père Mattern consigne les faits suivant : « Dégâts immenses des sauterelles au Liban. Famine. Il n'y a plus de blé à Beyrouth. Taanail et Ksara, ravagés par les sauterelles » (6). En mai 1915, le père Ronzevalle rapporte dans une lettre qu'« à Achkout, en deux mois, on a vu mourir de faim 97 habitants sur 450 qu'ils sont… Beaucoup d'autres villages ont perdu le quart, le tiers et même la moitié de leurs habitants » (7). La passivité des autorités allemandes et austro-hongroises, préférant le silence et le déni au profit de la raison d'Etat et l'alliance germano-ottomane, n'arrangera rien.
Dans son roman, Le pain, Toufic Youssef Aouad, décrit des scènes de désolation : « -Ibrahim bey Fakher distribue de la farine ! La nouvelle se transmit de bouche à oreille, certains préférant cependant la garder égoïstement pour eux-mêmes. Les vieillards croulants se levaient en rassemblant leurs dernières forces. Les jeunes accablés haussaient la tête. Les femmes se redressaient avec leurs haillons, et les enfants s'envolaient pareils à des moineaux. Seuls ou en groupes, tous se précipitaient, les mères trainant leurs enfants, les frères abandonnant leurs frères. L'un boitait sur sa tumeur, l'autre tombait la tête la première, sans chaussures, à moitié nus, le regard vide et terrifiant, les yeux flottant dans leurs orbites. » (8) Ce drame a infligé une humiliation, sans précédent à l'époque, à la population chrétienne du Mont-Liban.
Le devoir de mémoire s'impose, cette année peut-être plus encore où est commémoré le centenaire du génocide des Arméniens. Mais il n'est pas question de passer sous silence le génocide des Assyriens et celui des Grecs pontiques.
1915 : L'année des folies meurtrières - le triple génocide arménien, assyrien et grec pontique
Le génocide arménien Le 24 avril 1915 marque le lancement des massacres de masse contre la minorité arménienne dans l'Empire ottoman. C'est au cours de cette journée que la majorité de l'élite va être arrêtée et déportée, soit près de 2 500 personnalités phares de la communauté arménienne. Le contexte de la Première Guerre mondiale va jouer un rôle clef dans ce qui va suivre. Les minorités chrétiennes vivant en marge de l'Empire, soutenues par les démocraties occidentales, n'hésitent pas à demander leur indépendance ; parallèlement à cela, l'idéologie nationaliste turque ne cesse de gagner du terrain. Les défaites enregistrées par l'armée ottomane dans les Balkans vont exacerber ce nationalisme. Les Jeunes Turcs (9) renversent le sultan et s'emparent du pouvoir. L'idée d'Etat-nation reposant sur l'idée d'un Etat Turc fort s'impose et finit par remplacer l'Empire ottoman multiethnique et multiconfessionnel. Les Arméniens, tout comme les Assyriens et les Grecs pontiques, deviennent très rapidement les principales cibles de ce nationalisme turc. Leur place au sein de l'Empire est remise en question. C'est un trio d'officiers de l'armée ottomane membres du Comité Union et Progrès, Talaat Pacha, Enver Pacha et Jamal Pacha, qui va planifier ce premier génocide du 20ème siècle. La circulaire 3052 ordonne donc aux autorités militaires ainsi qu'aux administrations de tout l'Empire ottoman d'arrêter les élites locales arméniennes. Pour l'Empire ottoman, alors allié des puissances de l'Alliance (l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et l'Italie pour un temps, jusqu'en Mai 1915), la priorité était d'empêcher la Russie (appartenant à l'Entente) de prendre l'avantage. Le ralliement de soldats arméniens de l'armée ottomane à la Russie tsariste a suffi pour que le triumvirat lance sa politique contre la communauté tout entière. En avril 1915, pas moins de 60 000 conscrits arméniens seront exécutés. Quant à ceux qui se sont engagés dans la résistance à Van (berceau de la communauté arménienne), ils vont fournir aux Jeunes Turcs le motif pour lancer les premières déportations de populations ; de mai à août 1915, plus d'un million de personnes seront déplacées jusqu'au désert de Syrie et de Mésopotamie. Seuls 15 à 20% des déportés parviendront jusqu'au désert de Syrie et Der ez-Zor. Une fois arrivés, ils seront exécutés. Ces déportations, appelées ″marches de la mort″ (10), ont été accompagnées de pillages, viols, massacres et enlèvements d'enfants, mariages forcées... Un million et demi d'Arméniens vont être exterminés entre avril 1915 et décembre 1916. Les survivants seront appelés ″les restes de l'épée″. Certains seront adoptés et islamisés de force, d'autres parviendront à fuir et à trouver refuge en Europe, aux Etats-Unis, ainsi que dans des pays comme l'Iran et le Liban.
Ces massacres n'empêcheront pas l'inévitable de se produire, à savoir la chute de l'Empire ottoman. Jamal Pacha, Talaat Pacha et Enver Pacha, ayant fui, seront condamnés par contumace (11). D'autres communautés chrétiennes vont également subir la même folie meurtrière infligée par un pouvoir à la tête d'un empire en pleine déliquescence.
Seyfo (12), le génocide assyrien : un génocide sous médiatisé et méconnu Les Assyriens (13) ont subi un traumatisme collectif sans précédent dans leur histoire, tout comme les populations arméniennes et grecques pontiques. Ces massacres savamment orchestrés par les Jeunes Turcs ont été à l'origine de la disparition d'au moins un tiers de ce peuple durant les dernières années de l'Empire ottoman. Les populations assyriennes vivaient principalement à proximité du lac d'Orumieh (en Perse), du lac de Van (dans la région du Hakkari), en Mésopotamie ainsi que dans les provinces d'Erzeroum, de Bitlis et de Diyarbakir (aujourd'hui en Turquie). Tout comme cela a été le cas pour les communautés arméniennes après les défaites infligées aux troupes ottomanes par l'armée russe, les Assyriens ont été accusés de former une sorte de ″cinquième colonne chrétienne″ au sein de l'Empire et considérés, dès lors, comme des ″ennemis de l'intérieur″ qu'il fallait à tout prix éliminer. Ces derniers avaient déjà fait l'objet de massacres en 1895, 1896 et 1909. Contrairement aux Arméniens, des combattants assyriens menèrent plusieurs assauts contre les Jeunes Turcs. Mais, l'assassinat de Mar Shimun XIX Benyamin (l'un de leurs leaders), par les forces ottomanes le 3 mars 1918 mit fin brutalement à la résistance assyrienne. Ce génocide aurait causé la mort de plus de 270 000 Assyriens (14). Après avoir été très longtemps une zone de refuge pour les Assyro-chaldéens, la région du Hakkâri (région frontalière irako-iranienne) a été pour ainsi dire presque entièrement vidée de sa population assyrienne en 1918, conséquence des massacres, des maladies et de l'épuisement dû aux déportations. Beaucoup périrent en fuyant vers la Syrie. Les survivants trouvèrent refuge dans la province d'Hassaké, au nord-est de la Syrie, notamment durant le mandat français.
Les conditions d'extermination pour les Assyriens furent identiques à celles infligées aux Arméniens : les arrestations et exécutions de l'élite intellectuelle, les expulsions et expropriations se sont enchaînées à un rythme frénétique. A cela il faut ajouter les enlèvements de femmes et adolescentes pour leur imposer des mariages forcés et des conversions à l'islam. Des famines ont été également organisées ainsi que les marches de la mort et déportations par le biais des trains, plus précisément de wagons à bestiaux.
Qu'en est-il des Grecs Pontiques ? Le Génocide grec-pontique suscite encore beaucoup de controverses. Ceci explique pourquoi on entendra plus souvent parler de ″Tragédie pontique″, ″d'atrocités commises par les Turcs dans le Pont et l'Asie Mineure″ pour faire référence aux persécutions, expulsions et migrations forcées imposées par le gouvernement turc aux Grecs-Pontiques. Le Traité de Lausanne (dernier traité résultant de la Première Guerre mondiale) signé le 24 juillet 1923 précisera les frontières de la Turquie et organisera les déplacements et échanges de populations sur une base uniquement religieuse. Ces migrations forcées ont conduit à une disparition quasi-totale de la présence grecque en Anatolie ainsi qu'à celle de la présence turque en Grèce. Ces déplacements des Grecs pontiques, mais surtout les conditions dans lesquelles ils vont être menés, conduiront à l'extermination de plusieurs centaines de milliers d'entre eux.
La Grèce et la République de Chypre ont officiellement reconnu le Génocide et ont retenu en 1994 la date du 19 mai pour les commémorations. Cette reconnaissance a été perçue par la Turquie comme une provocation ; en effet, la date choisie par la Grèce correspond au jour de la fête nationale en Turquie. Le Parlement arménien, quant à lui, a voté à l'unanimité une résolution le 24 mars 2015, reconnaissant et condamnant officiellement les génocides assyrien et grec-pontique. En Europe, le Parlement suédois est le premier à reconnaître officiellement le 11 mars 2010 le génocide de 1915 contre les Arméniens, les Assyro-chaldéens et celui des grecs pontiques. Le 10 avril 2015, le Parlement des Pays-Bas a adopté une résolution contraignante reconnaissant le génocide des Arméniens, des Assyriens et des Grecs pontiques par les Turcs ottomans pendant la Première Guerre mondiale.
La mémoire collective a été modelée par ces blessures qui n'en finissent pas de se transmettre de génération en génération, y compris à travers les non-dits. Lutter contre l'oubli passe, d'une part par une reconnaissance des génocides par la Turquie, d'autre part par le refus de maintenir le silence entourant l'épisode tragique de la Grande famine qui a terrassé une partie de la population du Mont-Liban.
A LIRE SUR CE THEME SUR LES CLES DU MOYEN-ORIENT :
(1) Selon Carla Edde, historienne et professeur à l'Université Saint-Joseph à Beyrouth. (2) D'après Linda Schatkowski-Schilder, chercheuse qui tire ces données des archives allemandes et austro-hongroises. (3) Les capitulations concernent les traités garantissant aux sujets chrétiens, résidant dans les régions sous tutelle ottomane, le droit d'être soustraits aux autorités locales et à être placées sous la protection d'autres autorités telles que celle de la France ou celle de l'Italie représentées par leurs consuls ou autres agents diplomatiques. La France a obtenu une capitulation générale en 1535 issue de l'alliance conclue entre François Ier et Soliman de Magnifique. (4) Note du département des affaires étrangères pour l'ambassade des Etats-Unis à Paris, le 25 août 1914 (5) Journal où sont rapportés les événements quotidiens. (6) Table ronde d'histoire à l'USJ en octobre 2014. Extraits dévoilés par le professeur Christian Taoutel. (7) Idem (8) Toufic Youssef Aouad, Le pain, L'Orient des livres-Sinbad/Actes Sud, octobre 2014, page 239 (9) Les Jeunes Turcs sont membres du parti politique à caractère nationaliste révolutionnaire et réformateur, connu sous le nom officiel de Comité Union et Progrès (CUP). (10) Au cours de ces déportations, l'ensemble de la population arménienne d'Anatolie a été déplacée par convois, comprenant chacun entre 1 500 et 5 000 déportés. (11) Jamal Pacha, sera assassiné à Tbilissi le 21 Juillet 1922 par Stephan Dzaghigian, Artashes Gevorgyan et Petros Ter Poghosyan, membres de l'Opération Némésis. Talaat Pacha, quant à lui, a été assassiné en 1921 par Soghomon Tehlirian à Berlin. En ce qui concerne le sort d'Enver Pacha, ce dernier va se réfugier à Neubalsberg en Allemagne. Il y rencontrera des communistes et proposera ses services au nouveau régime soviétique de Moscou, dans le but d'obtenir le soutien de ce nouveau régime pour contrer Mustapha Kemal. Envoyé au Turkestan (actuel Tadjikistan) pour mater la révolte des Basmadjis, à peine arrivé à Boukhara, il va se rallier aux rebelles musulmans qui mènent leur lutte contre les communistes. Tué le 4 août 1922, au cours d'une bataille contre un escadron arménien de l'armée rouge commandé par Hagop Malkoumian, sa dépouille sera rapatriée en Turquie le 4 août 1996. Il sera enterré avec tous les honneurs sur la Colline de la Liberté. (12) « Épée » ou « sabre » en Syriaque, nom utilisé par les Assyriens pour désigner le génocide de 1915. (13) Les Assyriens, héritiers de l'ancien Empire assyrien et héritiers des anciens Araméens dont la langue était la langue administrative de l'Empire perse, forment l'une des plus vieilles communautés chrétiennes d'Orient. (14) YACOUB Joseph, Qui s'en souviendra ? 1915 : le génocide assyro-chaldéo-syriaque, Coll. Bibliothèque du Cerf, Paris, Octobre 2014, 304 pages.