mercredi 16 juillet 2014

À la découverte du riche patrimoine historique, oublié, de Tripoli - Nelly HÉLOU - L'Orient-Le Jour

À la découverte du riche patrimoine historique, oublié, de Tripoli - Nelly HÉLOU - L'Orient-Le Jour

À la découverte du riche patrimoine historique, oublié, de Tripoli

Plus de 350 personnes ont répondu présent à l'invitation lancée par la Chambre de commerce, d'industrie et d'agriculture de Tripoli (CCIA), ainsi que par les syndicats des professions libérales et des artistes professionnels du Liban, par l'ONG « Une citoyenneté pour le développement et le contrôle » et plusieurs autres associations de la société civile en vue de passer une journée dominicale à la découverte du patrimoine historique, architectural et culturel de la deuxième ville du Liban. L'objectif de cette louable initiative était de rappeler aux Libanais et, d'une manière générale, à tous les visiteurs et touristes que la capitale du Liban-Nord comprend un riche patrimoine qui mérite le déplacement.
N'étaient les retombées de la situation qui a prévalu dans le pays à la suite de l'attentat de Dahr el-Baïdar puis les récentes rafles dans les hôtels de Hamra, il y aurait eu le double de participants à cette visite, affirment les organisateurs.
Le jour de la tournée, le hall de la CCIA grouillait de monde. Les participants inscrivaient leurs noms et un badge leur était remis avec le numéro du bus qu'ils devaient prendre pour faciliter l'organisation.
Après le café matinal, la journée démarre par l'hymne national libanais chanté en chœur et les mots de bienvenue de Toufic Dabboussy, président de la CCIA de Tripoli, Nader Ghazal, président de la municipalité, du Dr Wassek Mokadem, ex-président de l'ordre des dentistes et fondateur du mouvement « Une citoyenneté pour le développement et le contrôle », de Amir Hassoun, propriétaire d'une savonnerie. L'ensemble des propos ont mis en évidence la nécessité de faire connaître la cité et d'encourager les gens à la visiter maintenant que le calme y a été rétabli.
Les minibus mis à la disposition de ces touristes d'un jour s'ébranlent ensuite.
« En une semaine, nous avons tout planifié et organisé », affirme Nada Chahal, une militante engagée à fond au sein de la société civile et qui tient absolument à faire connaître et aimer sa ville.

De la citadelle aux mosquées, églises et khans
Première étape de ce périple : la fameuse citadelle construite en 1103 par Raymond IV de Saint-Gilles, comte de Toulouse, sur un promontoire stratégique, entre la mer et la montagne, à trois kilomètres de la côte méditerranéenne. Dominant la ville de son imposante masse (140 mètres de long et 70 mètres de large), ce château des croisés fut édifié sur un site où les Arabes avaient au préalable construit des fortifications, et les Fatimides (XIe siècle) y avaient édifié une mosquée dont il ne reste que les fondations. Au fil du temps et des occupants, la forteresse fut agrandie par les Mamelouks puis par les Ottomans, notamment au début du XIXe siècle par le célèbre gouverneur de Tripoli Mustafa Agha Barbar.
Du haut de la citadelle une vue panoramique s'offre sur Tripoli mais il est bien dommage de voir que le béton prédomine sur le vert.
La visite se poursuit à pied vers les vieux souks totalement abandonnés et qui méritent d'être entièrement réhabilités et mis en valeur. Une mobilisation de tous les notables de la ville est requise pour redonner à ces souks leur éclat d'antan.
Un premier arrêt s'impose devant la mosquée al–Bortassiyat et sa madrassa construites en 1310 et couvertes de coupoles sur pendentifs et son minaret carré, orné de bases géminées qui s'élèvent directement au-dessus de la porte.
Longue halte pour visiter le hammam Ezzeddine, récemment restauré. Il a été offert a la ville par son gouverneur Ezzeddine Aibak, mort en 1298, et dont la sépulture se trouve dans un musée adjacent. Ce bain public occupe l'emplacement de l'église et de l'hospice Saint-Jacques datant des croisades. Le porche conserve encore une plaque inscrite au nom du saint entre deux coquilles et le linteau de la porte, orné de l'Agneau pascal.

Les khans
On circule dans les différents khans, dont celui des Khayyatine (tailleurs), construit durant la première moitié du XIVe siècle sur les ruines d'un édifice plus ancien. C'est une longue allée couverte, bordée de boutiques et de chambres à l'étage. Juste devant l'entrée ouest se dresse une colonne de granit surmontée d'un beau chapiteau corinthien en marbre. Khan el-Masriyine (Égyptiens), même style, même époque avec un bassin en son milieu. Idem pour Khan el-Askar (soldats)... Ses caravansérails confirment le titre de « Tripoli la Mamelouke ». On traverse les souks de commerce ou d'artisanat, qui depuis longtemps n'avaient pas vu un tel afflux de visiteurs.
Halte salutaire pour un rafraîchissement et une bonne glace tripolitaine à souk Hrajj qui mérite une attention exceptionnelle. Ce monument du XIVe siècle est un marché couvert et ses voûtes d'arêtes s'appuient sur 14 colonnes de granit qui semblent avoir appartenu à une structure ancienne. On y pratiquait, dit-on, les ventes aux enchères. Quant à Khan el-Saboun (savonnerie), c'est un vaste caravansérail impressionnant où la fabrication du savon est détenue par la famille Hassoun depuis des générations.
On se rend ensuite à la grande mosquée al-Mansouri, commencée en 1294 et achevée en 1315. Sa vaste cour est entourée de portiques donnant sur une salle de prière couverte de voûtes et d'une coupole. Les nombreuses plaques inscrites incrustées dans ses murs fournissent des informations sur le monument autant que sur les détails de la vie quotidienne du temps des Mamelouks. On y décèle quelques éléments d'architecture occidentale, dont le portail nord de style byzantin, alors que son minaret est du style de celui qu'on voit en Afrique du Nord, explique notre guide.

Le quartier chrétien
Le quartier à majorité chrétienne groupe cinq églises de différents rites : orthodoxe, melkite et maronite et l'un des organisateurs de cette journée de rappeler qu'à Tripoli il y a toujours eu une parfaite harmonie entre les communautés chrétiennes et musulmanes. C'est d'ailleurs l'un des messages que les organisateurs de cette journée veulent faire passer. Les superbes icônes de l'église Saint-Georges méritent à elles seules le déplacement.
Durant trois heures de temps, nous avons sillonné la vieille ville sans sentir la fatigue tant les monuments que nous avions découverts, ou redécouverts, étaient intéressants et mettaient en relief un riche passé. À signaler que les FSI, la Croix-Rouge et les scouts se sont tous mobilisés pour assurer la sécurité et le bon déroulement de la visite.
Nous nous dirigeons ensuite vers la grande place du Tell passant par le souk des Bijoutiers et à proximité de différents autres sites historiques. Mais, en une journée, on ne peut apprécier tous les monuments, et Nada Chahal nous confie qu'il y aura d'autres visites.
Un tour rapide en bus du côté d'al-Mina et le convoi se dirige vers les hauteurs de Dahr el-Aïn pour y déjeuner à l'invitation de Amir Hassoun, propriétaire de Khan al-Saboun qui a créé en ces lieux ce qu'il appelle « un village environnemental ».
Certes, cette journée sous le signe du patrimoine a été possible alors que le calme a été rétabli à Tripoli après des années de conflit qui ne reflétaient qu'un aspect obscur et limité d'une ville qui aspire à vivre en paix et en sécurité. Mais cela ne suffit pas à attirer les touristes à Tripoli ou ailleurs dans le pays. Les troubles sécuritaires, qui ont eu lieu ces derniers temps dans le pays et la circulaire du président de la municipalité de Tripoli, Nader Ghazal, demandant à toute la population, toutes communautés confondues, de ne pas manger ni boire en public durant le jeûne du ramadan, entachent tout effort touristique.
Il est plus que jamais impératif que Tripoli conserve son cachet d'ouverture, de dialogue, de convivialité et de liberté. Tous ses fils sont appelés a mettre la main à la pâte pour préserver cette belle image et encourager les visiteurs libanais ou étrangers à aller à la découverte des richesses culturelles et historiques de la deuxième ville du pays. Tripoli vous attend.



Envoyé de mon Ipad 

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