samedi 14 mai 2016

Au Liban, la joie du village ancestral du Brésilien Michel Temer - L'Express

Au Liban, la joie du village ancestral du Brésilien Michel Temer - L'Express

Au Liban, la joie du village ancestral du Brésilien Michel Temer

Un jardin dédié à Nakhoul (Miguel) Temer, père de Michel Temer à l'entrée du village de Btaaboura, au Liban, le 12 mai 2016

BTAABOURA (Liban) - "Un Libanais est à la tête du Brésil, et nous sommes sans président depuis deux ans!": c'est la blague qui court en ce moment au Liban et en particulier à Btaaboura, village ancestral de Michel Temer, nouveau président du géant d'Amérique du Sud.

Juste après l'entrée du village, situé dans le nord du Liban, une plaque porte le nom du "vice-président du Brésil Michel Temer". 

"Elle va être remplacée vendredi par +rue du président Michel Temer+", lance enthousiaste le chef de la municipalité de Btaaboura, Bassam Barbar. 

"Nous célèbrerons son accession (au pouvoir) de tout notre coeur, nous sommes très fiers de lui", dit-il à l'AFP. 

Le village, où M. Temer s'est rendu deux fois en 1997 et 2011, est historiquement lié au successeur de l'ex-présidente du Brésil Dilma Rousseff, écartée jeudi du pouvoir. 

Dans un petit jardin, deux drapeaux libanais et brésilien sont placés côté à côté et tout le monde commente le paradoxe d'avoir un homme originaire du Liban à la tête du Brésil alors que le petit pays méditerranéen est sans chef de l'Etat depuis mai 2014 en raison de profondes divisions politiques. 

"J'espère maintenant qu'ils (les hommes politiques libanais Ndlr) vont avoir honte!", assure M. Barbar. 

Au milieu de généreux oliviers se cache la maison familiale des Temer, où a vécu le père du nouveau président brésilien. Elle est aujourd'hui abandonnée, en ruines. 

Les destins du Brésil et du Liban sont historiquement lié: les Brésiliens d'origine libanaise sont estimés entre 6 et 7 millions de personnes, selon une source des Affaires étrangères qui a requis l'anonymat.  

Les Libanais ont commencé à émigrer vers le Brésil et d'autres pays d'Amérique du sud au 19e et 20e siècle et durant la guerre civile (1975-1990). Installés notamment à Rio de Janeiro et Sao Paolo, ils se sont investis pleinement dans la vie politique - certains sont parlementaires - culturelle et médiatique du Brésil. 

- 'Qui va l'accueillir'' - 

"Je l'ai rencontré en 1997 quand il était président du Parlement, on ne le connaissait pas" à ce moment là, confie à l'AFP Nizar Temer, ingénieur et cousin paternel de Michel Temer. 

"En 2011, il était venu une deuxième fois pour fêter l'indépendance du Liban, on l'a aimé, il nous a aimés", se remémore le sexagénaire. 

George, la trentaine, se souvient avoir vu Michel Temer danser la dabké, une danse traditionnelle, avec les habitants du village connus pour être de bons danseurs. Pour lui, c'était le signe que le Brésilien avait des gènes libanais.  

"Mais s'il veut venir au Liban qui va l'accueillir' On n'a pas de président pour l'inviter! Le paradoxe est que les Libanais ont maintenant un chef d'Etat au Brésil mais le Liban lui reste sans président", s'esclaffe Nizar Temer. 

Lors de son passage au village, Michel Temer avait voulu se recueillir dans la maison de ses ancêtres. Quelques murs en pierre et une chambre le rattachent encore à son passé. 

"Il s'est agenouillé et a mis un peu de terre sur sa tête, il était très ému quand il a remarqué la photo de son père dans le salon", poursuit Nizar qui tient à envoyer un message au nouveau président du Brésil: "Je suis fier de toi cousin! j'espère que tu nous rendras visite de nouveau"! 



JTK

Michel Temer : un homme d'appareil à la tête du Brésil

Michel Temer : un homme d'appareil à la tête du Brésil

Michel Temer : un homme d'appareil à la tête du Brésil

Michel Temer au palais présidentiel de Brasilia, le 12 mai.

VIDÉO - Le vice-président du Brésil a remplacé jeudi Dilma Rousseff par intérim comme chef de l'État. Ce Libanais d'origine, proche des milieux d'affaires, est un discret homme d'appareil.

Alors que le Liban est sans président depuis deux ans, le Brésil vient de porter un fils d'immigrés libanais aux commandes. À 75 ans, Michel Temer, vice-président du Brésil depuis 2011, a succédé jeudi à Dilma Rousseff, écartée par une procédure de destitution parlementaire. Le nouveau président occupe son fauteuil par intérim pour 180 jours. Si la destitution est confirmée par les 2/3 du Sénat pendant cette période, il restera à la tête de l'Etat théoriquement jusqu'en 2018, car de nouvelles élections ne sont pas prévues par la Constitution. Il pourrait lui aussi être contraint à la démission pour des accusations soit de corruption, soit de financement illicite de campagne électorale.

Une chance pour Michel Temer, dont le programme annoncé hérisse la majorité des Brésiliens, et qui n'aurait que peu de chances de passer l'épreuve des urnes. Proche des milieux d'affaires, qui ont salué son arrivée aux commandes, il se fait fort de revenir sur l'héritage social de la gauche.

Un parlementaire roué

Discret et peu charismatique, Michel Temer n'est pas un inconnu de la politique brésilienne pour autant. Bien au contraire. Juriste de formation, ancien procureur de l'État de Sao Paulo, il a commencé une carrière à la Chambre des députés à partir de 1987, et a été élu président de l'institution à plusieurs reprises.

Chrétien maronite, il s'affiche avec le pape François. Père de six enfants, il a déjà été marié trois fois et son épouse actuelle, Marcela Tedeschi, de 42 ans sa cadette, n'a pas laissé les médias indifférents pour sa beauté.

Surtout, depuis 2001, Michel Temer règne sans partage sur le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB). Issu du Mouvement démocratique du Brésil, un des deux mouvements politiques tolérés sous la dictature militaire, il est le plus grand parti brésilien. Il a appartenu à toutes les coalitions gouvernementales depuis des décénies.

Qualifié de «centriste», le PMDB n'a pas de ligne idéologique claire, sinon le libéralisme économique et un certain populisme. Il tolère en son sein presque toutes les sensibilités, allant de la gauche jusqu'à la droite conservatrice. En pratique, le PMDB est un formidable outil de conquête de postes, pour ceux qui ne se rattachent ni à la tradition syndicaliste du Parti des travailleurs, ni à la mouvance «démocrate-chrétienne» du Parti de la social-démocratie brésilienne.

Fort de sa position, Michel Temer a monnayé son soutien à Dilma Rousseff lors de l'élection présidentielle de 2010, pour devenir son vice-président. Six ans plus tard, il est pourtant celui qui a planifié la destitution de la présidente. Négociant avec les députés et aidé par Eduardo Cunha, dignitaire du PMDB et président de la Chambre aujourd'hui suspendu pour corruption dans l'affaire Petrobras, il n'a pas eu de mal à trouver une majorité suffisante pour pousser Dilma Rousseff vers la sortie.

Un fils du Liban

Né au Brésil, il est le fils d'un couple d'immigrés libanais venu s'installer dans un pays plein de promesses. Un destin très courant: les Brésiliens d'origine libanaise sont estimés entre 6 et 7 millions de personnes, sur une population de 200 millions d'habitants.

Les Libanais ont commencé à s'installer au Brésil dès la fin du XIXe siècle. Le génocide des Arméniens de 1915, qui touchait également les maronites, et la guerre civile (1975-1990) ont hâté cette immigration, concentrée à Rio de Janeiro et Sao Paulo. La communauté libanaise constitue une élite influente dans le pays, qui est une destination obligée du patriarche maronite, lors de ses visites à sa diaspora de fidèles.

Pour ses communautés arabes (outre les Libanais, nombre de Syriens et Egyptiens ont émigré dans le pays) et son soutien à l'État palestinien, le Brésil jouit d'une image favorable au Moyen-Orient, même si sa diplomatie internationale reste limitée.

Pour l'heure, la nomination de Michel Temer a suscité des scènes de joie au Liban, surtout à Btaaboura, village chrétien du nord, où la mère du président brésilien est née. Ce dernier s'y était rendu deux fois, en 1997 et en 2011. «Nous sommes très fiers de lui», a déclaré le maire, Bassam Barbar, à l'Agence France-Presse.



JTK

dimanche 1 mai 2016

Eté 1942 : le général de Gaulle en Syrie et au Liban dans le contexte des difficiles relations avec les Britanniques. Deuxième partie - Les clés du Moyen-Orient

Eté 1942 : le général de Gaulle en Syrie et au Liban dans le contexte des difficiles relations avec les Britanniques. Deuxième partie - Les clés du Moyen-Orient

Le voyage de de Gaulle en août-septembre 1942 : la « résolution de la France de faire front aux manœuvres et de ne pas se laisser déposséder » au Levant par les Britanniques

Dans le contexte de sa venue au Moyen-Orient, de Gaulle arrive le 11 août à Beyrouth, en provenance du Caire, pour cinq semaines. Catroux analyse ainsi ce voyage en Syrie et au Liban : « la longueur relative de ce séjour avait sa signification, et elle était préméditée, car si le général avait seulement désiré s'informer personnellement de l'état des choses en Syrie et au Liban, quelques jours lui auraient suffi. Ce qu'il entendait marquer par la durée de sa présence, alors que tant de problèmes l'appelaient ailleurs, c'était sa résolution, c'est-à-dire la résolution de la France de faire front aux manœuvres et de ne pas se laisser déposséder (1) ».
Ce voyage de cinq semaines a un double objectif : tenter de susciter des marques de sympathie de la part de la population et des dirigeants politiques ; démontrer aux Britanniques et à l'opinion internationale que la France libre est unanimement reconnue au Levant, même si elle n'est pas reconnue en tant que gouvernement officiel sur la scène internationale. C'est d'ailleurs un pari risqué que tente de Gaulle, car il n'était pas évident que son voyage suscite l'adhésion populaire. Les événements prouvent que c'est une réussite, et la réaction britannique renforce également ce constat.

Le 12 août, lendemain de son arrivée à Beyrouth, de Gaulle rend visite au président libanais Naccache. Puis, accompagné par Catroux, il marche dans la capitale où se presse une foule « sympathique », massée le long des trottoirs et de la place des Canons, et arrive au Petit Sérail, palais du gouvernement libanais, où il s'entretient avec le président du Conseil Sami Bey Solh (2). De Gaulle visite ensuite l'hôpital militaire, puis inspecte les troupes françaises avant de se rendre au centre d'accueil médical créé par la générale Catroux (3). Le 15 août, il assiste en l'église Saint-Louis à une messe célébrée par Mgr Rémy Leprêtre, délégué apostolique, puis rend visite au patriarche Arida dans la montagne libanaise et prononce quelques mots par lesquels il rappelle l'attachement indéfectible qui unit le Liban à la France (4).



JTK

mercredi 30 mars 2016

Après la reprise de Palmyre, la reconstruction en question

Après la reprise de Palmyre, la reconstruction en question



« 80 % de l'architecture » du site de Palmyre n'auraient pas été touchés par l'Etat islamique

Après la reconquête, dimanche 27 mars, de Palmyre par les troupes gouvernementales syriennes, appuyées par l'aviation russe, l'heure est à l'évaluation des dégâts causés par dix mois d'occupation de la cité antique par l'organisation djihadiste Etat islamique (EI). Selon Maamoun Abdulkarim, le directeur des antiquités et musées de Syrie (DGAM), joint par téléphone à Damas, « 80 % de l'architecture du site archéologique n'ont pas été touchés : la colonnade, l'agora, le théâtre, les ruines des bains [de l'empereur Dioclétien], les temples de Nébo et d'Allat », comme le montre une vue aérienne prise par un drone russe.

« Après les destructions des temples de Bêl et de Baalshamin [en août 2015], de l'arc de triomphe et d'une dizaine de tours funéraires, la cinquantaine de fonctionnaires restés sur place ont mobilisé la population, affirme le directeur, pour faire savoir à Daech [acronyme arabe de l'EI] qu'il y aurait des manifestations si les destructions continuaient. Elles se sont arrêtées. »

Le site archéologique de Palmyre, le 27 mars 2016.

« Fouilles clandestines »

Archéologue lui-même, M. Abdulkarim ajoute que « la destruction du temple de Bêl a désolé les Palmyréniens. Je n'étais pas seul dans ce combat, un combat culturel pour la sauvegarde de l'héritage de tous les Syriens, patrimoine de l'humanité. » Il n'empêche : après les destructions, les pillages ont continué, reconnaît-il. « Il y a eu beaucoup de fouilles clandestines, les tombeaux ont été pillés, mais nous n'avons pas de détails. »
Outre la citadelle arabe qui a été endommagée dans les combats, le musée archéologique a été saccagé. Quatre cents sculptures avaient été évacuées avant l'arrivée de l'EI. Intransportables car trop lourds, les statues et hauts-reliefs ont été renversés, les têtes coupées, les visages martelés, à la manière du saccage perpétré au Musée de Mossoul, en Irak, début 2015. « C'est dramatique, le musée est dans un état lamentable », se désole Michel Al-Maqdissi, le responsable des fouilles et des études archéologiques de Syrie de 2000 à 2012, qui travaillait encore dans l'enceinte du temple de Bêl en 2011.
Oasis en plein désert, entre l'Euphrate et la Méditerranée, l'ancienne Tadmor biblique était devenue, au tournant de notre ère, du Ier siècle avant J.-C. au IIe siècle après J.-C., une cité prospère. Sur les marches de l'empire romain d'Orient, Palmyre était la plaque tournante d'un opulent commerce caravanier, comme Hatra en Irak, détruite par l'EI en 2015.
Les tribus sémitiques, à la tête de caravanes de centaines de dromadaires – comme en témoignent les dessins sur le vif de Louis-François Cassas, en 1785, premier Français à s'aventurer dans ce désert –, convoyaient la soie, les épices, les pierres précieuses, venues de Chine et d'Inde, et l'encens d'Arabie qui s'arrachaient à prix d'or à Rome. Ce sont les tribus palmyréniennes qui financèrent la construction en pierre de taille de l'antique cité, mariant le vocabulaire gréco-romain aux codes sémitiques.

Déminage du site

Peut-on parler, déjà, de reconstruction ? L'heure est au déminage du site. « On voit des explosifs un peu partout », rapporte M. Al-Maqdissi. L'état des édifices dictera la suite. Le Lion, énorme pièce de 15 tonnes qui trônait dans le jardin du musée, a été renversé, mais tous les éléments sont là, prêts à être remontés. C'est le cas, aussi, de l'arc de triomphe.
Pour les deux principaux sanctuaires, Bêl et Baalshamin, c'est une autre affaire. L'archéologue se fait prudent : « Cela va prendre un temps fou. Il faut se donner le temps de la réflexion, faire l'inventaire et l'état des lieux. » Reconstruire la cella – l'édifice dédié au culte – du temple de Bêl ? « Impossible, répond-il. C'est une folie, elle a explosé. » Les djihadistes avaient tellement bourré le temple de dynamite que l'explosion a réduit en morceaux le saint des saints dédié à Bêl, le Seigneur.

Le temple de Bêl, à Palmyre. En haut, en 2014, avant sa destruction par l'Etat islamique. En bas, le 27 mars, après la reprise de la ville par l'armée syrienne.

M. Al-Maqdissi rappelle que, dans les années 1930, pendant le mandat français, l'architecte Robert Amy avait restauré, sous la conduite d'Henri Seyrig – père de l'actrice Delphine Seyrig et grand archéologue –, la cella, qui était alors debout. « Et cela a pris dix ans. Palmyre, ce ne sont pas les mausolées de Tombouctou en brique crue [détruits par les djihadistes d'Ansar Eddine en 2012]. C'est comme les bouddhas de Bamiyan en Afghanistan [détruits en 2001 par les talibans], on ne peut les reconstruire. Il faut voir les choses très tranquillement, avec sagesse. L'Unesco va-t-elle envoyer des experts et trouver l'argent pour réaliser ce programme ? », interroge l'archéologue.
Maamoun Abdulkarim, lui, avance un délai de cinq ans pour la reconstruction. Mais il reconnaît les limites de l'exercice. « Dans le cas des deux temples de Bêl et Baalshamin, on va évaluer le pourcentage de pierres réutilisables et les blocs à remplacer, dit-il. La porte du temple de Bêl est debout, comme le podium. On verra jusqu'à quel niveau reconstruire les édifices. C'est le travail des experts, avec la ratification de la commission scientifique. » Une réunion est déjà prévue à Paris, en sa présence, à l'Unesco, le 1er avril.


Cette image du théâtre de la cité antique saisie par un drone russe a été dévoilée, dimanche 27 mars, par la télévision officielle de Moscou. L'appui russe aux forces syriennes a été décisif pour reprendre la ville.

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Cette image du théâtre de la cité antique saisie par un drone russe a été dévoilée, dimanche 27 mars, par la télévision officielle de Moscou. L'appui russe aux forces syriennes a été décisif pour reprendre la ville.
VGRTK/AFP
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jeudi 25 février 2016

Sur la question de l’Inventaire général du patrimoine,

Patrimoine: Entretien avec Joumana Chahal Timery, Président de l’ASPT

«  L’Association pour la Sauvegarde de Tripoli » (ASPT) créée en avril 2009 à Paris, est une association culturelle, loi 1901, à but non lucratif dont les objectifs sont de « sauvegarder, promouvoir et faire connaître le patrimoine libanais en l’occurrence celui de Tripoli, 1ère ville sur la côte est de la méditerranée en nombre de vestiges et 2e après le Caire en patrimoine mamelouk ».
Sur la question de l’Inventaire général du patrimoine, il s’agit selon elle, de« faire connaître le patrimoine pour le reconnaître. C’est une étude typologique, artistique et historique du patrimoine. En France, et dans tous les pays qui ont à coeur de préserver leurs patrimoines, il existe un service, comme celui  où je travaille, qui grâce à un travail scientifique assure la connaissance et la documentation du patrimoine dans des bases de données nationales afin de garantir leur pérennité et leurs mémoires en cas de démolitions. A cet effet, nous avons déposé un projet  d’Inventaire général du patrimoine libanais au ministère de la culture au Liban resté jusqu’à aujourd’hui irrecevable. N’ayant pas l’habitude de baisser les bars, nous travaillons sur un nouveau dossier afin de le faire passer ». Cette demande émane de plusieurs années de travail et d’études, et de recommandations actées suite aux colloques organisés à l’hémicycle du Conseil régional d’Ile De France et en partenariat avec lui.
Quant à la sensibilisation, Mme Timery constate que les libanais ne connaissent pas leur patrimoine. Il faut donc les sensibiliser. Mais quoi de mieux que de le faire sur les bancs d’écoles.  Un projet a donc été mis sur papier et écrit de A à Z afin de montrer à l’élève qu’il vit dans un pays très hautement patrimonial et que ce patrimoine pourrait être une richesse extraordinaire personnelle ou même collective, que le patrimoine est désormais le pétrole des pays pauvres. Notre ville est la plus pauvre du Liban. Il faut donc sensibiliser la population à la valeur et aux possibilités qu’offre le patrimoine à un pays sur le plan du tourisme et de l’économie sans parler de l’aspect culturel.
Ce projet a été élaboré à l’initiative et en  collaboration avec l’association Patrimoine sans frontières et est une marque déposée. Il a été adapté aux programmes libanais. Il est enseigné dans les écoles publiques à hauteur de deux heures hebdomadaires sur trois niveaux.( élémentaire, collèges et lycée). Nous suivons le projet pas à pas. Pour cela nous avons dû nommer une référante qui gère tous les problèmes et qui en réfère à notre équipe parisienne.
Il vient à point nommé combler un manque dans les programmes libanais, celui de  la matière de l’éducation civique,  nouvellement supprimée, puisqu’il traite de civisme, d’environnement et de patriotisme.
« Il s’agit d’un programme ludique qui consiste à faire découvrir à l’élève son environnement patrimonial personnel pour qu’il se sente plus riche, riche d’une culture et d’une histoire qui font qu’il commence à apprécier les belles choses. Ensuite dans la phase II, il passe du patrimoine personnel ou familial au patrimoine commun de sa classe, de son école, de sa ville de son pays »…
« A la fin de l’année on évalue et on fait un projet classe (expo, livre film etc…. au choix de l’école). »
Nous avons pu obtenir l’aval moral du Ministère de l’Education nationale et de son Directeur général Monsieur Fady Yarak que nous remercions et qui a été séduit par le projet. Aucune aide financière ne nous a été attribuée,  bien sur, nous savons tous que  le ministère ne dispose d’aucun budget pour ce genre d’initiatives.
Sur la question de la réalisation du projet, Madame Joumana Timery et son équipe, essayent d’impliquer des spécialistes :
« Nous avons aussi constitué un comité scientifique sur place formé par des universitaires, directeurs généraux d’éducation, directeurs d’écoles, documentalistes, conseillers municipaux chargé du patrimoine etc.;; et nous mêmes pour valider les connaissances. C’est vraiment un projet d’équipe. « 
« Nous avons emmené une équipe de professeurs formateurs français  pour former les enseignants car jusqu’à aujourd’hui le mot patrimoine « tourath » en arabe est une notion vague. « 
« Nous mêmes nous allons de temps en temps au Liban pour rencontrer les équipes et voir l’avancement. « 
« Il faut que cette année pilote soit probante pour qu’on puisse poursuivre le projet dans toutes les écoles et même l ‘étendre à tout le Liban; Ce sera une lourde tâche pour nous mais qui mérite qu’on sacrifie tout pour sa réussite car nous serions en train de former de nouvelles générations de libanais sensibles à la culture en leur inculquant aussi un sentiment de patriotisme basé sur la reconnaissance de la libanité. Le projet a aussi beaucoup d’autres avantages. Il est capable de régler d’énormes problèmes d’identité et de conflits inter religieux, inter générations et de régler peut-être même l’intégration des réfugiés. »
Pour le moment le projet séduit beaucoup. En espérant qu’il réussisse.
Sur la question de la valorisation:
L’ASPT a à coeur de faire connaître par tous les moyens ce précieux patrimoine libanais et pourtant si peu mis en évidence dans le tourisme culturel.
Pour cela l’ASPT joue le rôle de passeurs, en organisant des événements de toute nature. Mais elle rend hommage à ce patrimoine aussi dans des publications d’actes et d’ouvrages touristiques, en effectuant des visites culturelles guidées sur les lieux, ( vieille ville, foire internationale chef-d’oeuvre de l’architecte brésilien Oscar Niemeyer, gare terminus de l’Orient express etc….) Mais aussi sur les réseaux sociaux et dans les alertes lors des saccages, vols ou démolitions. Elle n’ a de cesse d’attirer l’attention sur les dangers que subit ce patrimoine peu entretenu et qui n’est pas considéré par l’état libanais comme une richesse à préserver.
« L’ASPT achemine de temps en temps aussi des fonds de bibliothèques et je pense que bientôt nous allons être en mesure d’ouvrir une bibliothèque publique à Tripoli. »
Nous organisons des conférences sur place  pour sensibiliser.
Nous  luttons contre les spéculations immobilières , nous militons pour empêcher les démolitions.
Le travail le plus importants que nous faisons est celui de la pression que nous exerçons sur le gouvernement pour créer des projets de lois pour le patrimoine. La dernière loi libanaise date de 1933!!
Un travail est donc commencé avec le ministère de la culture pour cela. Il a promis un comité de réflexion sur un projet de loi. On attend de voir.
« La conservation des monuments du passé n’est pas une simple question de convenance ou de sentiment. Nous n’avons pas le droit d’y toucher. Ils ne nous appartiennent pas. » John Ruskin (1819-1900)

Biographie :

Joumana Chahal Timery est Docteur ès-Lettres à la Sorbonne.
Son domaine de recherche, sa première passion fut  » La poésie lyrique de langue d’Oc et la poésie arabo-andalouse du XIe -XIIe siècle ». 28 ans de travail et de combat pour faire valoir ces influences mutuelles à travers des traductions et des rapprochements de poètes inédits. Elle avait 20 ans quand elle a débuté ses recherches dans ce domaine.
Après une formation dans le domaine de la conservation du patrimoine, elle travaille dans le service Patrimoines et Inventaire, en parallèle de  l’ASPT elle exerce une fonction de conservateur du patrimoine et mène  un ouvrage intitulé « Elisabethville ou la plage de Paris sur Seine » aux Editions SOMOGY publié par le Conseil régional d’Ile de France paru en 2015.
Elle est auteur de plusieurs articles dans des revues spécialisées de langue d’OC la France Latine et autres mais aussi dans des revues spécialisées dans le patrimoine patrimoine et de nombreux journaux et magazines libanais.
A son actif, plusieurs activités culturelles dont l’organisation de conférences au Sénat, à l’Institut du monde arabe, et des concerts, des expositions, mais aussi deux colloques internationaux à l’hémicycle du Conseil régional d’Ile de France
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The Literature of the Lebanese Diaspora


« The Literature of the Lebanese Diaspora » de Jumana Bayeh (édition I. B. Tauris, 277 pages) est en vente à la librairie al-Bourj
http://www.lorientlejour.com/article/947033/la-litterature-de-la-diaspora-libanaise-temoignage-et-identification.html

vendredi 5 février 2016

Antiquités. Le Liban au cœur du trafic

Antiquités. Le Liban au cœur du trafic

Antiquités. Le Liban au cœur du trafic

Le député Walid Joumblatt multiplie, ces derniers temps, les insinuations et les allégories. Ses tweets et ses déclarations sont truffés de métaphores et de paraboles, parfois claires, d'autrefois ambiguës. Lorsque le bey de Moukhtara utilise ce langage codé, c'est qu'il vit une profonde angoisse. On se souvient tous de ses moments de désespoir, en 2004, quand il avait dit préférer la condition d'«éboueur à New York» plutôt que la vie dans un Liban sous tutelle syrienne. Aujourd'hui, Walid Joumblatt annonce le retour de cette tutelle, renforcée par une «hégémonie» iranienne et protégée par «l'ours russe». Une ère nouvelle, qui sera couronnée, selon ses prédictions, par l'arrivée d'un nouveau président «sur un tapis persan». Le député du Chouf va plus loin. Il affirme que le Liban sera une province de la «Syrie utile», que Russes et Iraniens s'emploient à édifier sur les ruines de la Syrie d'hier. Les Etats-Unis et l'émissaire onusien en Syrie, Staffan de Mistura, sont, d'après lui, les complices de ce plan machiavélique, dont la principale victime est le peuple syrien.On pourra toujours reprocher à M. Joumblatt sa vision monoculaire des événements. Selon lui, le bien-être du peuple syrien passe par la défaite du régime face aux rebelles. Il oublie ou occulte le fait qu'une écrasante majorité de ces rebelles est composée d'islamistes extrémistes, allant d'al-Qaïda (le Front al-Nosra) à Jaïch al-Islam, en passant par Ahrar al-Cham, Haraket al-Mouthanna, Jaïch al-Rahman, Ansareddine, etc… Il est difficile de croire que ces fous de Dieu, dont le projet consiste à appliquer une version rétrograde de la charia, constituent pour le peuple syrien un espoir d'un lendemain meilleur. M. Joumblatt - et avec lui de nombreux hommes politiques - se pose-t-il la question de savoir quel serait le sort du Liban si la Syrie tombait sous le contrôle total de ces groupes, qui se réclament du salafisme-jihadisme? Ou bien alors navigue-t-il à vue d'œil, dans le sens où, pour lui, la priorité doit être de renverser le régime syrien, à n'importe quel prix, pour ensuite réfléchir à l'étape suivante? Si tel était le cas, il s'agirait d'une attitude extrêmement irresponsable, surtout que les faits ont prouvé que les extrémistes sont les premiers à remplir le vide laissé par la disparition du pouvoir central. C'est ce qui s'est passé en Libye, au Yémen, en Irak, en Somalie et ailleurs, et il n'y a aucune raison pour que la Syrie soit une exception à la règle.Les Américains et les Européens l'ont compris après beaucoup de réticences, d'hésitations et, surtout, de retard. C'est pour cela qu'ils soutiennent désormais le principe d'une solution politique en Syrie, qui préserverait les institutions de l'Etat et l'armée. Mais dans le même temps, ils ne veulent pas concéder une victoire totale à l'axe Russie-Iran, ce qui explique les difficultés rencontrées lors des négociations de Genève III, qui ont été reportées au 25 février. Cela n'en fait pas pour autant des «complices» de l'axe russo-iranien. Devant l'ampleur du désastre syrien (18 millions de déplacés et de réfugiés; des millions de migrants qui déferlent sur l'Europe, infiltrés, sans doute, par des milliers de terroristes; des risques de déstabilisation de tous les pays de la région), les Américains et les Européens n'avaient tout simplement plus le choix que de faire marche arrière. Il est tout à fait normal, dans ces circonstances, que ceux qui ont tenu bon empochent des dividendes politiques. En bon connaisseur des réalités sous-tendues par les rapports de force, M. Joumblatt le comprend très bien. C'est ce qui lui fait dire que le Liban s'apprête à passer sous la tutelle de la Russie et de l'Iran.  M. Joumblatt a attendu, longtemps, sur les rives du fleuve, mais les eaux n'ont pas charrié le cadavre de Bachar el-Assad. Son nouveau plan: prier pour que les réformateurs gagnent les prochaines élections en Iran. Et Vladimir Poutine, qu'en fera-t-il?



JTK