jeudi 11 mai 2017

Guillaume de Tyr - Histoire des Croisades

 

Histoire des CROISADES

par GUILLAUME DE TYR

 

COLLECTION

DES MÉMOIRES

RELATIVES

A L'HISTOIRE DE FRANCE

Depuis la fondation de la Monarchie Française jusqu'au 13e siècle;

avec une introduction, des suppléments, des notices et des notes;

PAR M. GUIZOT,

Professeur d'HISTOIRE MODERNE à l'Académie de PARIS.

 

A PARIS,

CHEZ J.-L.-J. BRIERE, LIBRAIRE,

RUE SAINT-ANDRE-DES-ARTS, No. 68.

IMPRIMERIE DE A. BELIN

1824

HISTOIRE

DES

FAITS ET GESTES

 

DANS LES REGIONS D'OUTRE-MER,

DEPUIS LE TEMPS DES SUCCESSEURS DE MAHOMET

JUSQU'A L'AN 1184 DE JÉSUS-CHRIST

 

Par GUILLAUME DE TYR

 

 

الحروب الصليبية

بقلم اسقف صور

المؤرخ غليوم الصوري

طبعة 1824 باريس

 

Note: These articles are presented for your information. The listing of these articles by Kobayat Website does not constitute an endorsement of all the material that may be found at any given time on all of them.

Les opinions exprimées dans les articles n'engagent que la responsabilité de leur auteur et/ou de leur traducteur. En aucun cas Kobayat Website ne saurait être tenue responsable des propos tenus dans les analyses, témoignages et messages postés par des tierces personnes.

 

TABLE DES MATIERES
 


  Tome I   

Notice sur Guillaume de Tyr 



LIVRE 1  Années 1095-1096

Etat de la Terre Sainte sous le joug des Infidèles. - Traitements que subissaient les pèlerins. - Séjour de Pierre l'ermite à Jérusalem. - Prédication de la Croisade. - Concile de Clermont. - Départ des premiers Croisés. - Expédition de Gautier sans avoir, - de Pierre l'ermite, - de Gottschalk. - Leurs désastres en Hongrie et dans l'Asie mineure.

 

LIVRE 2  Année 1096

Départ des Croisés sous les ordres de Godefroi, duc de Lorraine. - Arrivée Successive des divers corps à Constantinople. - Leurs débats avec l'empereur Alexis Comnène. - Les Croisés passent l'Hellespont et entrent dans l'Asie mineure.

 

LIVRE 3 

Siège et prise de Nicée. - Bataille de Dorylée. - Marche des Croisés dans l'Asie mineure. - Querelles de Tancrède et de Baudouin.

 

LIVRE 4 

Occupation d'Édesse par Baudouin. - Arrivée de la grande armée des Croisés devant Antioche. - Siège d'Antioche. - Famine et souffrances des Croisés.

 

LIVRE 5 

Combats autour d'Antioche. - Intelligences de Bohémond dans l'intérieur de la ville. - Prise d'Antioche.

 

LIVRE 6  Année 1098 

Arrivée de l'armée turque au secours d'Antioche. - Les Croisés sont assiégés à leur tour. - Famine dans l'intérieur de la place. - Abattement des Croisés. - Découverte de la lance merveilleuse. - Sortie des Croisés. - Défaite et déroute des assiégeants.

 

LIVRE 7  Année 1099 

Expéditions des Croisés aux environs d'Antioche. - Voyage de Godefroi de Bouillon à Édesse chez son frère Baudouin. - Querelles de Bohémond et de Raimond, comte de Toulouse. - Marche des Croisés en Palestine. - Prise de plusieurs villes. - Arrivée des Croisés devant Jérusalem.

 

LIVRE 8  Années 1098 -1099

Description de Jérusalem. - Les Croisés assiège la ville. - Leurs souffrances. - Progrès du siège. - Assauts successifs. - Prise de Jérusalem. - Massacre des Infidèles.

 

 

  Tome II   

 

LIVRE 9  Années 1099 -1100

Godefroi de Bouillon est élu roi de Jérusalem. - Détails sur son origine et son histoire avant la croisade. - Attaque du calife d'Égypte contre le nouveau royaume. - Victoire des Chrétiens. - Départ de quelques-uns des princes croisés pour l'Europe. - Élection du patriarche de Jérusalem. - Querelles entre le patriarche et le roi. - Mort de Godefroi.

 

LIVRE 10  Années 1100 -1104

Élévation de Baudouin, comte d'Édesse, au trône de Jérusalem. - Arrivée de nouveaux Croisés. - Prise d'Antipatris, Césarée et autres villes. - Nouvelle guerre avec les Égyptiens. - Défaite des Chrétiens. - Querelles de Baudouin et du patriarche Daimbert. - Conquêtes et échecs des Chrétiens en Mésopotamie.

 

LIVRE 11  Année 1104 -1117

Voyage de Bohémond en Europe; il confie le gouvernement d'Antioche à Tancrède. - Mort de Raimond, comte do Toulouse. - Nouvelle guerre avec les Égyptiens. - Mort do Bohémond dans la Pouille. - Prise de Tripoli et de Béryte. - Mort de Tancrède. - Construction des forts de Toron et do Mont-Réal. - Expédition de Baudouin en Égypte. - Sa mort.

 

LIVRE 12  Années 1118 -1124

Baudouin du Bourg est élu roi. - Mort d'Alexis Comnène. - Institution de l'ordre des Chevaliers du Temple. - Guerre des Chrétiens contre les divers soudans turcs dont ils sont environnés. - Le roi Baudouin est fait prisonnier. - Arrivée d'une flotte de Vénitiens en Palestine.

 

LIVRE 13  Années 1125 -1131

Description et siège de Tyr. - Tentatives des habitants d'Ascalon contre Jérusalem. - Prise de Tyr. - Baudouin 2 recouvre sa liberté. - Foulques, comte d'Anjou, arrive en Palestine. Baudouin lui donne en mariage sa file Mélisende. - Histoire de la principauté d'Antioche. - Mort de Baudouin 2.

 

LIVRE 14  Années 1131 -1137

Foulques d'Anjou monte sur le trône. - Son intervention dans les affaires de la principauté d'Antioche. - Querelles intérieures des Chrétiens. - Leurs guerres avec Sanguin (Zenghi), sultan d'Alep. - Raimond de Poitou arrive à Antioche et épouse Constance, fille de Bohémond 1. - Expédition de l'empereur Jean Comnène en Syrie. - Il assiège Antioche. - Pacification.

 

LIVRE 15  Années 1138 -1141

Histoire de la principauté d'Antioche. - Querelles du prince Raimond avec le patriarche de cette ville. - Élévation de Manuel Comnène à l'empire d'Orient. - Mort du roi Foulques.

 

LIVRE 16  Années 1144 -1148

Avènement de Baudouin 3. - Mort de Sanguin; son fils Noradin lui succède. - Expédition des Chrétiens pour s'emparer de Bosra. - Croisade de l'empereur Conrad et de Louis-le-Jeune. - Son mauvais succès. - Arrivée des deux rois en Palestine.

 

 

  Tome III   

 

LIVRE 17  Années 1146 -1153

Assemblée d'Accon (S. Jean d'Acre). - Siège de Damas par Baudouin 3, Conrad et Louis-Ie-Jeune réunis. - Mauvais succès de cette expédition. - Départ de Conrad. - Brouillerie du roi Baudouin avec sa mère Mélisende. - Guerres continuelles des Chrétiens contre Noradin. - Cession du comté d'Édesse à l'empereur Manuel Comnène. - Siège et prise d'Ascalon par les Chrétiens.

 

LIVRE 18  Années 1154 -1162

Querelles de Renaud de Châtillon, prince d'Antioche, avec le patriarche de cette ville. - Origine et ambition des chevaliers de l'Hôpital. - Troubles civils de l'Égypte. - Continuation des guerres contre Noradin. - Mort de Baudouin 3 à Béryte.

 

LIVRE 19  Années 1163 -1166

Élévation d'Amaury, frère de Baudouin 3, au trône de Jérusalem. - Caractère de ce prince. - Ses conversations avec Guillaume de Tyr. - Expéditions d'Amaury en Égypte. Histoire de Syracon (Chyrkouh), lieutenant de Noradin et oncle de Saladin. - Ambassade des Chrétiens au calife d'Égypte. - Description du palais du Caire. - Nouvelle expédition des Chrétiens en Égypte. - Siège et prise d'Alexandrie.

 

LIVRE 20  Années 1167 -1173

Nouvelle expédition en Égypte. - Élévation de Saladin. - Tremblement de terre en Syrie. - Les Assissins ou Ismaéliens; Leur origine et leurs moeurs. - Mort de Noradin. - Mort du roi Amaury.

 

LIVRE 21  Années 1173 -1179

Avènement de Baudouin 4, ou Le Lépreux. - Il avait été élevé par Guillaume de Tyr. - Histoire du comte de Tripoli. - Conquêtes progressives de Saladin sur les Chrétiens. - Alliance des Grecs et des Chrétiens de Jérusalem pour envahir l'Égypte. - Elle demeure sans résultat.

 

LIVRE 22  Années 1179 - 1183

Fâcheux état du royaume de Jérusalem. - Guillaume de Tyr revient de Constantinople où il avait été envoyé en ambassade. - Troubles de l'empire grec. - Brillante expédition de Saladin en Mésopotamie. - Imposition extraordinaire établie pour la défense du royaume. - La maladie du Roi croissant toujours, Gui de Lusignan est nommé régent. - La régence lui est retirée. - Couronnement de Baudouin 5 encore enfant.

 

LIVRE 23 

Douleur de l'historien à la vue des désastres de son pays. - Animosité du roi Baudouin 4 contre le comte de Joppé. - La régence du royaume est donnée au comte de Tripoli. - Fin de l'ouvrage de Guillaume de Tyr.

 

Continuation de l'Histoire des Croisades de Guillaume de Tyr, par Bernard Le Trésorier.

 

 

Contact Webmaster Elie :

elie@kobayat.org

Back to Crusades - Croisades

These articles are presented for your information. The listing of these articles by Kobayat Website does not constitute an endorsement of all the material that may be found at any given time on all of them.

Les opinions exprimées dans les articles n'engagent que la responsabilité de leur auteur et/ou de leur traducteur. En aucun cas Kobayat Website ne saurait être tenue responsable des propos tenus dans les analyses, témoignages et messages postés par des tierces personnes.

http://www.kobayat.com/data/documents/crusades/guillaume_de_tyr/index.htm


Envoyé de mon iPhone JTK 

vendredi 17 mars 2017

COMPTE RENDU DE L’OUVRAGE LE CÈDRE ET LE CHÊNE. DE

COMPTE RENDU DE L'OUVRAGE "LE CÈDRE ET LE CHÊNE. DE GAULLE ET LE LIBAN, LES LIBANAIS ET DE GAULLE",
SOUS LA DIRECTION DE CLOTILDE DE FOUCHÉCOUR ET KARIM ÉMILE BITAR
ARTICLE PUBLIÉ LE 15/03/2017
Compte rendu de Mathilde Rouxel

D'une densité aussi imposante que sa richesse documentaire, l'ouvrage dirigé par Clotilde de Fouchécour et Karim Émile Bitar, Le Cèdre et le chêne. De Gaulle et le Liban, les Libanais et de Gaulle publié aux éditions Geuthner, livre les analyses des plus grands spécialistes de la question pour discuter des relations diplomatiques qui ont lié de Gaulle et le Liban durant plus de quarante ans, de 1929 à 1970. À travers près d'une trentaine d'articles d'universitaires ou d'anciens ministres ainsi que de nombreux documents annexes (chronologies, témoignages, reproduction d'archives), cet ouvrage apparaît comme une somme importante pour penser la complexité de la question orientale durant cette période historique charnière, qui voit se succéder le mandat, l'indépendance et la poursuite de liens diplomatiques privilégiés entre la France et le Liban après 1946. Illustrée, cette somme permet par ailleurs une contextualisation picturale féconde à la lecture de l'ouvrage.
Une somme riche et précieuse
Comme l'indique la quatrième de couverture, « Charles de Gaulle a vécu deux ans au Liban, avec sa famille, de 1929 à 1931. Il est alors affecté à l'État-Major des Troupes du Levant dans une République libanaise encore sous mandat. La Seconde Guerre mondiale le voit revenir à deux reprises au Liban en 1941 et 1942 ; il y affirme les positions de la France Libre ». Ceci explique sans doute en partie l'attachement du général de Gaulle au Liban, conduisant à la création de liens réciproques entre les Libanais et le général, point d'ancrage de ce livre d'histoire.

L'objectif de cet ouvrage est de repenser les traces constitutives de la mémoire collective autour de la construction de l'État libanais. En croisant le point de vue d'historiens, d'anciens hommes politiques, de témoins de l'époque ou encore d'écrivains, tant libanais que français, il permet d'avoir une vision d'ensemble sur l'unité cohérente de la politique du premier président de la Ve République française au Liban, mais aussi de questionner les divergences de discours, notamment la question de la « bataille de l'indépendance », abordée sous différents angles contradictoires par l'historiographie libanaise. On suit le personnage avant même ce bouleversement français, puisque de Gaulle est impliqué dans la diplomatie avec le Liban dès 1931, lorsqu'à l'occasion de la remise des prix à l'Université Saint-joseph de Beyrouth, le politicien français scelle par un discours l'alliance volontaire de deux nations souveraines. On y comprend son rôle à la tête des Deuxième et Troisième Bureaux (Renseignements et opérations) pour la constitution d'un projet national pour le Liban lors de son passage en 1929-1931 (p. 67) : ses fonctions de commandant, ces années-là, font l'objet de la première partie du livre (p. 26-95). S'en suit la question de la marche vers l'indépendance, qui traite de la période qui s'étend de 1939 à 1946 (p. 96-307) et qui revient tant sur l'installation de la France Libre en 1941 que sur le voyage de de Gaulle en 1942 au Liban et en Syrie, que sur la rupture de novembre 1943 qui conduit à la flottante indépendance sans traité avec la France pendant les années 1944-1946. Une troisième partie discute les relations de l'État français à l'État libanais jusqu'à la mort de de Gaulle en 1970, étudiant ainsi le mandat de Charles Hélou et les relations diplomatiques entretenues avec la France de l'après-guerre. L'ouvrage s'achève sur la quatrième partie qui offre une réflexion sur l'héritage gaulliste au Liban et ouvre des perspectives sur l'avenir des relations entre les deux Etats ; s'il est encore très respecté des Libanais, le Général de Gaulle fait figure d'exception pour un peuple qui n'a pas toujours vu dans ses successeurs de vrai soutien au Liban. La conclusion de Karim Émile Bitar, co-directeur de l'ouvrage, appelant à questionner « ce que le Liban peut apprendre du général de Gaulle » (p. 489-505) permet d'ouvrir des perspectives pour un pays à l'avenir toujours hanté par le spectre des 15 ans de guerre civile.

À travers le personnage politique de de Gaulle et son intervention au Liban, le lecteur peut ainsi suivre l'essentiel de l'histoire récente du Liban, portée par les figures essentielles de la scène politique et intellectuelle de l'époque. Les auteurs témoignent de l'importance de certains personnages comme le général Edward Spears, chef de la mission britannique en Syrie en 1941-1942 et ministre plénipotentiaire en Syrie et au Liban de 1942 à 1944 (la « mission Spears », voir Clotilde de Fouchécour, p. 245-276) ou des chefs d'État comme Émile Eddé (à la tête du Liban de 1936 à 1941) ou du militant pour l'indépendance et président du Conseil des ministres libanais (1943-1945 puis 1946-1951) Riad el-Sohl. Les relations entre de Gaulle et les présidents Fouad Chéhab ou Charles Hélou sont retracées avec toutes leurs nuances.

Des sources et des analyses riches issues de tous les horizons
Cet ouvrage s'ordonne en regard d'archives de textes fondamentaux qui rythment la chronologie suivie par le plan du livre. Les discours prononcés par de Gaulle pendant la guerre (« Discours au Cercle de l'Union Française du 26 juillet 1941 » (p. 148), « Déclaration de de Gaulle du 5 août 1941 à Beyrouth » (p. 155), « Discours du Général de Gaulle prononcé à Beyrouth au Cercle de l'Union Française le 28 août 1942 » (p. 216), ou les discours prononcés à Radio Levant en 1942 (p. 218-220)) côtoient les éditoriaux de Georges Naccache, fondateur de L'Orient en 1925 (aujourd'hui L'Orient-Le Jour), les lettres de Fouad Chéhab à de Gaulle (p. 335) ou les souvenirs de Camille Aboussouan (p. 395). On découvre également que la critique portée par le patriarcat maronite sur la laïcité française amena le général de Gaulle à changer ses alliances diplomatiques. Par ailleurs, les extraits publiés des « mémoires de Béchara el-Khoury » (p. 291-294), premier président du Liban indépendant, sont enrichis par le témoignage de son second fils, Michel el-Khoury, qui relate l'historique des relations entre son père et le général de Gaulle (p. 299-305). L'ouvrage présente également de façon inédite une liste de plus de 600 personnes engagées pour la France libre depuis le Liban.

L'intérêt de cet ouvrage est qu'il sait interroger, également, l'attitude des Libanais face à cet homme politique français d'envergure – et ce également pour l'histoire récente du Liban, pays sur lequel de Gaulle exerça une influence considérable. Des archives, telles les « Souvenirs du Général Fouad Chéhab » (p. 87), la « Réception du discours [du 3 juillet 1931 à l'Université Saint-Joseph de Beyrouth] du Commandant de Gaulle » (p. 93-94), ou les réactions de Ghassan Tuéni (p. 374), de Georges Naccache (p. 375) ou de Charles Hélou (p. 378) à la mort de de Gaulle en 1970, ou des articles académiques, comme celui d'Ahmad Beydoun sur « La bataille du Levant (1941) dans les mémoires d'acteurs arabes et européens » (p. 161-174), permettent de reconstituer la perception de l'intervention gaulliste au Liban.

Cet ouvrage répond ainsi à un manque : celui d'une histoire trop méconnue de la construction du Liban et de l'historique de ses liens avec la France. Le général de Gaulle, pensé comme figure centrale de cette histoire de la diplomatie franco-libanaise, permet de mobiliser tout un pan de l'histoire du Levant, de l'implication du peuple libanais dans la Seconde Guerre mondiale et les conditions de son indépendance ; il offre également des pistes pour réfléchir à l'avenir de cette alliance, dont il s'agit aujourd'hui de préserver les fruits.

Le Cèdre et le chêne. De Gaulle et le Liban, les Libanais et de Gaulle, sous la direction de Clotilde de Fouchécour et Karim Émile Bitar, éditions Geuthner, Paris, 2015, 548 p.
http://www.lesclesdumoyenorient.com/Compte-rendu-de-l-ouvrage-Le-Cedre-et-le-chene-De-Gaulle-et-le-Liban-les.html


Envoyé de mon iPhone JTK

Compte rendu de l’ouvrage Le Cèdre et le chêne. De Gaulle et le Liban, les Libanais et de Gaulle, sous la direction de Clotilde de Fouchécour et Karim Émile Bitar - Les clés du Moyen-Orient

Compte rendu de l'ouvrage Le Cèdre et le chêne. De Gaulle et le Liban, les Libanais et de Gaulle, sous la direction de Clotilde de Fouchécour et Karim Émile Bitar - Les clés du Moyen-Orient

COMPTE RENDU DE L'OUVRAGE LE CÈDRE ET LE CHÊNE. DE GAULLE ET LE LIBAN, LES LIBANAIS ET DE GAULLE, SOUS LA DIRECTION DE CLOTILDE DE FOUCHÉCOUR ET KARIM ÉMILE BITAR ARTICLE PUBLIÉ LE 15/03/2017

D'une densité aussi imposante que sa richesse documentaire, l'ouvrage dirigé par Clotilde de Fouchécour et Karim Émile Bitar, Le Cèdre et le chêne. De Gaulle et le Liban, les Libanais et de Gaulle publié aux éditions Geuthner, livre les analyses des plus grands spécialistes de la question pour discuter des relations diplomatiques qui ont lié de Gaulle et le Liban durant plus de quarante ans, de 1929 à 1970. À travers près d'une trentaine d'articles d'universitaires ou d'anciens ministres ainsi que de nombreux documents annexes (chronologies, témoignages, reproduction d'archives), cet ouvrage apparaît comme une somme importante pour penser la complexité de la question orientale durant cette période historique charnière, qui voit se succéder le mandat, l'indépendance et la poursuite de liens diplomatiques privilégiés entre la France et le Liban après 1946. Illustrée, cette somme permet par ailleurs une contextualisation picturale féconde à la lecture de l'ouvrage.

dimanche 18 décembre 2016

De nouvelles salles accessibles au public au musée national de Beyrouth - Les clés du Moyen-Orient

De nouvelles salles accessibles au public au musée national de Beyrouth - Les clés du Moyen-Orient
Olj 18/12/2016-
 l'exposition de trois momies, Mayam, Yasmine et Sadaka. Elles font toutes trois partie des huit momies découvertes dans la grotte d'Asi el-Hadath, lors des fouilles menées entre 1989 et 1991. 
http://www.lesclesdumoyenorient.com/De-nouvelles-salles-accessibles-au-public-au-musee-national-de-Beyrouth.html

Un musée presque centenaire

Le site officiel du Musée national de Beyrouth (1) offre un historique de ces collections exceptionnelles conservées dans ce bâtiment égyptisant, et dont la collecte a commencé en 1919, durant la Grande Guerre, sur l'initiative du commandant Raymond Weill. Les premières antiquités regroupées par cet officier sont d'abord exposées dans une salle de l'immeuble des Diaconesses allemandes, préludant à l'ouverture de l'un des musées considérés les plus riches du Moyen-Orient. La collecte de fonds destinée à la mise en œuvre de la construction d'un musée dédié à cette histoire antique nationale débute en 1923. Le projet des architectes Pierre Leprince Ringuet et Antoine Nahas sont retenus ; les travaux débutent en 1930 et s'achèvent en 1937. Officiellement inauguré en 1942, le musée regroupe alors toutes les antiquités recueillies sur le territoire libanais.
En trente ans, avant le début de la guerre civile et la fermeture du musée en 1975, les fouilles réalisées à travers tout le pays ont considérablement enrichi les collections.

Le musée pendant la guerre civile libanaise (1975-1990)

D'abord simplement fermé au public au début des hostilités, le musée, placé sur la ligne de démarcation et sujet à de violentes attaques, sert rapidement de caserne durant les quinze ans de la guerre civile libanaise. Des mesures de protections sont prises au plus vite face à l'escalade de violence : les petits objets exposés dans les vitrines sont retirés et cachés au sous-sol, les mosaïques au sol sont protégées par une couche de béton et les pièces trop volumineuses sont recouvertes de sacs de sable. L'intenable situation de 1982 engage la Direction générale des Antiquités à renforcer encore la protection de ces dernières œuvres : des chapes de béton sont coulées sur des structures en bois encadrant sarcophages et statues.

On se souvient peut-être à cet égard des images filmées par le cinéaste libanais Bahij Hojeij qui rendait hommage dans son film Le Musée National, défi à l'oubli (sorti en 1996) à ce monument remarquable. Le cinéaste était présent avec sa caméra lorsque ces chefs d'œuvre furent libérés de leurs coques : les pans de béton tombent de part et d'autre des sarcophages dans un nuage de poussière qui dévoile, en se dispersant, des sculptures d'une finesse remarquable. Le film suit la restauration du musée, en mettant parallèlement en scène le personnage d'une jeune touriste munie d'un guide, qui tente de retrouver la splendeur passée de ce musée exceptionnel.

Lorsque la guerre prend fin en 1991, le musée est en effet dans un état dramatique : criblé d'impacts d'obus, laissant voir de larges plaies béante, le bâtiment laisse l'eau s'infiltrer et endommager les pièces protégées dans le musée. Les miliciens qui occupaient les lieux pendant les combats avaient laissé sur les murs les traces de leur passage. Le fait que le musée ait été construit sur une nappe phréatique a augmenté le risque d'humidité dans le bâtiment : au sous-sol, elle atteignait près de 90% (2). Des bombardements avaient par ailleurs provoqué un incendie dans une aile adjacente du musée, entrainant la disparition de matériel archéologique et de documents bibliographiques.
Les premières mesures de restauration du musée sont prises en 1995, et concernent d'abord une réfection du bâtiment lui-même, qu'il s'agit d'isoler à nouveau, d'éclairer et de protéger. Sa première réouverture est célébrée le 25 novembre 1997 ; il ferme à nouveau ses portes en juillet 1998, pour encore un an et demi de travaux de réfection et de modernisation de la muséographie.

Collections

Les collections s'étendent principalement depuis l'ouverture du musée en 1999 sur deux étages, et présentent des pièces datant de la préhistoire à l'Empire ottoman. Des collections préhistoriques, on recense une riche collection d'outillage lithique, pourtant rare au Paléolithique inférieur (1M-150 000 avant J.-C.). L'apparition d'objets en cuivre, notamment dans la région de Byblos, témoigne de la première sédentarisation sur le sol libanais. L'âge du bronze, qui annonce la fin de l'ère préhistorique, marque l'avènement de l'apparition de l'écriture et d'une civilisation urbaine. Des tombes royales retrouvées à Byblos (notamment le sarcophage du roi Ahiram, sur lequel se trouvent gravées des inscriptions en caractères phéniciens) annoncent l'enracinement d'une culture du commerce maritime : des relations se développent avec l'Egypte et avec le monde syro-mésopotamien, des cités fortifiées font leurs apparitions, mises au jour par les fouilles archéologiques. De nombreuses statuettes retrouvées sur les chantiers sont exposées au public.

L'âge du fer est au Liban celui des dominations assyriennes et perses ; c'est aussi celle de l'apogée de la civilisation phénicienne, dont Sidon fait figure de capitales. Les collections présentent des bijoux en or et en pierres précieuses, de la céramique - dont les formes aux influences multiples attestent des relations importantes entretenues avec les cités du bassin méditerranéen, notamment la Grèce antique -, mais aussi des sarcophages ou des éléments d'architecture qui permettent de prendre conscience du carrefour culturel qu'était à cette époque le Liban : l'art perse, égyptien, grec se mêlent pour la création d'objets d'une grande finesse et d'une grande richesse.

La conquête d'Alexandre le Grand sur le roi perse Darius III en 333 av. J.-C. provoque une hellénisation de la Phénicie. Sur le plan artistique, l'influence grecque est remarquable dans l'art funéraire (stèles, sarcophages) ou la statuaire, qui s'applique désormais à représenter les dieux grecs. La culture locale reste pourtant très ancrée : si l'influence grecque, dont témoigne la statue de Vénus retrouvée lors des fouilles du centre-ville de Beyrouth, reste prégnante dans la région jusqu'au premier siècle av. J.-C., les statuettes en terre cuite, moins précieuses, proposent dans leur esthétique des formes plus expressives, qui dépasse le simple symbolisme religieux apporté par l'art hellénistique. De cette intégration et cette adaptation de l'art grec par les Phénicien résulte une symbiose culturellement riche, qui s'illustre particulièrement dans la région de Sidon (site de Boustan ech Cheikh) et de Tyr (Oumm el-'Amed).

La conquête romaine menée par Pompée en Méditerranée a conduit à l'annexion en 64 av. J.-C. de la Phénicie à l'empire romain. Le règne d'Auguste permet l'extension dans la région de la pax romana (3). Cette paix permet le développement de cités comme Tyr, Béryte, Baalbek, qui connaissent une véritable période de prospérité. Les villes s'étendent, les monuments religieux et civils se multiplient ; de riches nécropoles ont dévoilé des murs peints de style romain du IIe au IVe siècle ap. J.-C., représentant les divinités et les scènes de la mythologie romaine. Si de nombreux philosophes romains viennent vivre à Byblos ou Tyr, l'élite intellectuelle locale reste néanmoins influencée par la culture grecque - comme l'expose l'art statuaire, au décor encore très inspiré de l'art grec -, dont ils parlent la langue.

À la mort de Théodose en 395 ap. J.-C., les villes libanaises sont intégrées à l'empire d'Orient, se convertissent au christianisme (religion officielle depuis 392) et détruisent les temples sur l'ordre de l'empereur. Des basiliques viennent les remplacer, dont certaines parties sont exposées au musée national : un chancel (partie d'architecture mobile qui protège l'endroit où se trouve l'autel dans une église) atteste ainsi du revirement culturel opéré dans le pays à l'époque byzantine. Le pays gagne en richesse et est célébré pour la finesse de sa maîtrise de l'artisanat. La dernière partie des collections présente l'art né de la conquête arabe du Liban (635-637) par Abu 'Ubayda. Durant les siècles qui suivent se succèdent les Abbassides, les Fatimides, les Seldjoukides, les Ayyoubides et les Mameloukes ; chaque dynastie se distingue dans les collections par leur artisanat notamment de joaillerie, la collection mamelouke étant la plus conséquente. La présence mamelouke (1099-1289), dont l'architecture de la ville de Tripoli est sans doute le témoin le plus probant, a favorisé l'émergence d'un art et d'une architecture islamiques au Liban.

Octobre 2016 : ouverture au public du sous-sol du musée

La grande nouveauté d'octobre 2016 est l'ouverture au public des 700 m² du sous-sol du musée, consacrés aux rites et aux pratiques funéraires. 520 pièces archéologiques viennent témoigner des rites et des croyances locales, de la préhistoire à l'ère ottomane. Les éléments les plus impressionnants sont une série de trente-et-un sarcophages anthropoïdes, jusque-là jamais exposés au public : en marbre blanc de Paros, datant du VIe au Ve siècle, représentatif de l'art funéraire phénicien, ils proposent dans leur style une synthèse entre la pratique égyptienne du sarcophage anthropoïde et le modèle de la statuaire grecque pour la figuration des traits humains. Des traces de polychromie sont encore visibles. Selon la conservatrice du musée Anne-Marie Afeiche, cette collection de sarcophages de ce type est « la plus grande collection au monde » (4). L'autre événement : l'exposition de trois momies, Mayam, Yasmine et Sadaka. Elles font toutes trois partie des huit momies découvertes dans la grotte d'Asi el-Hasath, lors des fouilles menées entre 1989 et 1991. Il semble que ces momies sont les premières du peuple maronite médiéval : trois femmes, cinq jeunes filles et un nourrisson fuyant le massacre des Mamelouks s'étaient réfugiés dans cette grotte et y sont décédés. Le faible taux d'humidité a ralenti la décomposition de leur corps et des tissus : des études sont désormais menées sur les habits qui les vêtent, ceux-ci présentant l'intérêt exceptionnel d'être présenté en contexte, pour la première fois au Moyen-Orient. La visite se clôt sur trois remarquables stèles ottomanes de 1830, découvertes à Wadi Abou Jmil.

L'ouverture de ce nouvel espace a su drainer de nouveaux visiteurs. Comme l'annonçait Anne-Marie Afeiche à l'AFP, « c'est une leçon de courage et d'espoir puisque quarante-et-un ans après la fermeture du musée en 1975, nous sommes aujourd'hui dans la possibilité de recevoir des visiteurs aux trois étages » (5). Le musée national avait lancé en 2014 son application mobile destinée à mettre en valeur son patrimoine : projet alors inédit au Moyen-Orient, elle offrait gratuitement, pour téléphones mobiles et tablettes, un « parcours libre et autonome » (6) au cœur du musée, proposant des explications historiques et esthétiques pour plus de 130 objets exposés. Avec l'ouverture du sous-sol du bâtiment, le musée a su intéresser encore davantage de public, et peut proposer aux Libanais une nouvelle lecture de l'histoire ancienne et moderne du pays.

Notes :

(1) Site officiel du musée national de Beyrouth : http://beirutnationalmuseum.com/histoire.htm
(2) Voir commentaire du film de Bahij Hojeij, Le musée national, défi à l'oubli, 1996.
(3) La Pax Romana (« paix romaine ») désigne la longue période de paix (du Ie siècle au IIe siècle apr. J.-C.) imposée par l'Empire romain sur les régions contrôlées.
(4) Anne-Marie Afeiche, citée par May Malarem, « La plus grande collection au monde de sarcophages anthropoïdes désormais à Beyrouth », L'Orient Le Jour, 08/10/2016, http://www.lorientlejour.com/article/1011563/la-plus-grande-collection-au-monde-de-sarcophages-anthropoides-desormais-a-beyrouth.html
(5) Anne-Marie Afeiche, citée dans « Le musée national de Beyrouth révèle des vestiges exceptionnels », i24news, 03/11/2016, http://www.i24news.tv/fr/actu/international/moyen-orient/129246-161103-le-musee-national-de-beyrouth-revele-des-vestiges-exceptionnels
(6) Paul Khalifeh, « Liban : le Musée national de Beyrouth lance son application mobile », RFI, 08/09/2014, http://www.rfi.fr/moyen-orient/20140908-le-musee-national-beyrouth-lance-son-application-mobile



Envoyé de mon iPhone

Autour d’« Historia » hors-série consacré au Liban (déc.-janv. 2016) - L'Orient-Le Jour

Autour d'« Historia » hors-série consacré au Liban (déc.-janv. 2016) - L'Orient-Le Jour

Autour d'« Historia » hors-série consacré au Liban (déc.-janv. 2016)

Bahjat RIZK

Ce matin, plusieurs kiosques à Paris sont tapissés par la couverture du dernier numéro d'Historia hors-série consacré au Liban. Ce numéro, à l'initiative heureuse du ministre de la Culture libanais, propose une histoire succincte et synthétique du Liban, des Phéniciens à nos jours, à travers cinq parties (une Antiquité dorée, chrétienté et islam, l'Empire ottoman, vers l'indépendance et le Liban contemporain) et une trentaine d'articles accessibles et articulés, rédigés par des chercheurs universitaires et des conférenciers divers, libanais et français.
Certes, ce numéro ne peut à lui tout seul épuiser toute la complexité de l'histoire libanaise (d'autant plus que l'histoire elle-même, science humaine, est de manière intrinsèque, dialectique), mais il a le mérite de suggérer des pistes de réflexion. Sans une histoire commune collective, à la fois affective et raisonnée, un groupe humain ne peut poursuivre longtemps, dans le temps et l'espace, son expérience identitaire, tant culturelle que politique. Ces pages sont donc autant de repères objectifs pour permettre aux Libanais (toutes communautés confondues) de retrouver leurs spécificités, d'en prendre conscience, de les intérioriser, de les partager et de les transmettre, en tant que patrimoine commun.
Pour ma part, j'ai eu un double bonheur à contribuer modestement à deux articles dans ce numéro. Tout d'abord à un niveau affectif, Historia pour moi, comme pour d'innombrables générations de lecteurs, correspond à un rêve d'enfant. Ma mère l'achetait régulièrement et au début de la guerre, sous les bombes, la seule chose qui pouvait me rassurer, c'était d'en dévorer les pages, à la lumière de ma torche (à cause des coupures d'électricité et avant l'apparition généralisée du système de générateurs). Certes je m'abîmais les yeux mais parvenais rapidement à surmonter mes peurs, car le voyage à travers l'histoire nourrit l'esprit et le libère, permet de transcender l'actualité, de la relativiser et de l'encadrer à nouveau. Devant la violence du monde, l'histoire comme la géographie nous fournissent des repères de rationalité.
Par ailleurs, cette année marque le 500e anniversaire de la naissance de l'émirat du Mont-Liban (1516-1842) qui constitue le fondement politique de l'expérience libanaise. Dans cet espace géographique atypique, à la fois ouvert (Méditerranée), continu et paradoxal (côte, montagne, plaine, montagne), verdoyant, fertile (chaîne du Mont-Liban et Békaa) et enclavé (chaîne aride de l'Anti-Liban), l'émirat a joué un rôle structurant qui a forgé au fil du temps l'identité libanaise, le pluralisme culturel et les libertés publiques. Le système politique libanais « est comme un mélange tempéré d'aristocratie, de monarchie et de démocratie » (Volney – 1787 Voyage en Égypte et en Syrie).
Les deux articles qui m'ont été confiés couvrent la seconde période de l'émirat (1634 à 1840) – la première partie (1516-1634) étant traitée brillamment par le professeur Issam Khalifé –, autrement dit la période de deux siècles qui s'étend de la chute de Fakhreddine II le Grand, fondateur du Grand Liban (1590-1835), à la chute de Bachir II le Grand, fondateur de l'État libanais moderne (1788-1840), ainsi qu'un portrait spécial de ce dernier (dont le 250e anniversaire de la naissance tombe l'année prochaine, né en 1767 à Ghazir).
Bachir II eut à gérer, pour le meilleur et le pire, durant plus d'un demi-siècle, les ambitions démesurées et la rivalité des divers pachas ottomans dont dépendait le Liban (Tripoli, Damas et surtout Akka-Saïda créé en 1660, pour contrôler la montagne libanaise), celles des différents chefs féodaux libanais y compris à l'intérieur de sa propre famille, celles du puissant voisin égyptien (Mehmet Ali qui s'était quasiment séparé du sultan ottoman et avait établi sa propre dynastie, 1833-1952), ainsi que les nouvelles ingérences occidentales et orientales, qui avaient débuté avec l'expédition de Napoléon et se poursuivent toujours aujourd'hui, renforcées par les différentes révolutions successives des moyens de communication. Sans oublier les trois sursauts populaires (communes –
Ammyia de 1820, 1821 et 1840) qui marquent une sorte de révolution sociologique transcommunautaire, inédite et pionnière en Orient, contre le système patriarcal (clergé et féodalité). Une sorte de printemps arabe au Liban, il y a deux siècles.
Il est à souligner que durant la plus grande partie de l'émirat, le clivage n'était pas communautaire mais sur base ethnique tribale, entre la kaysiyya (tribus venant d'Arabie-Nord) et la yamaniyya (tribus provenant du Sud-Yémen). Ce clivage pluricommunautaire tout aussi féroce se transformera après la bataille de Aïn Dara (1711), où la yamaniyya fut défaite et s'expatria en Syrie, en un clivage clanique joumblattis et yazbakis (tous les deux issus de la kaysiyya), jusqu'à l'affrontement entre Bachir II Chéhab et Bachir Joumblatt (1823-1825) où l'aspect communautaire, malheureusement et insidieusement, prévalut.
Cela nous renseigne sur l'évolution du discours idéologique, qui peut conserver toute sa violence et mobiliser, au-delà du paramètre identitaire qu'il emprunte (paramètres d'Hérodote : race, langue, religion et mœurs). Les paramètres identitaires sont donc nécessaires pour structurer et organiser les groupes humains, mais une fois idéologisés, ils rejoignent inéluctablement un processus de conquête du pouvoir et de violence. L'expérience libanaise variable permet de mieux appréhender ce rapport fluctuant et forcé entre l'identité et l'idéologie.
Certes, après Bachir II, il y aura tout le passage entre le double préfectorat (1843-1860, caïmacamiyatayn), le gouvernement direct et autonome ottoman du Mont-Liban (1860-1918, moutassarrifiya), la déclaration du Grand Liban (1er septembre 1920), le mandat français et la première Constitution (1926), l'indépendance libanaise (1943), l'expérience du chéhabisme (le président-émir-général Fouad Chéhab [1958-1964] est le descendant à la quatrième génération du frère unique et aîné de Bachir II, Hassan, resté dans le Kesrouan ; il tentera lui aussi de renforcer les institutions à l'instar de son arrière arrière-grand-oncle), la guerre civile (1975-1990), la seconde Constitution de Taëf (1989) et le Liban d'aujourd'hui.
En assumant la continuité de leur histoire commune, les Libanais affirment à nouveau la poursuite de leur projet politique commun et leur modèle de société, à la fois dynamique, divers et unifié. Il ne s'agit pas donc uniquement d'une répartition arbitraire, capricieuse ou sectaire des portefeuilles ministériels entre les différents chefs communautaires, mais d'une vision à long terme de l'histoire, de la géographie, du système politique, de sa raison d'être, de sa rationalité et de sa viabilité.
Depuis déjà 500 ans, ce projet politique s'est construit au fil du temps, à travers des personnes éclairées et audacieuses, qui l'ont porté et transmis. C'est une expérience unique et inédite au cœur de l'Orient (vivre-ensemble et libertés publiques). Des ouvrages remarquables l'ont longuement relatée, décrite et analysée (l'ouvrage collectif de plus de 1 000 pages sous la direction de l'ambassadeur Boutros Dib, les travaux de l'ambassadeur Adel Ismaïl, les écrits de l'érudit Fouad Ephrem Boustany, de Hareth Boustany, de maître Fouad Boustany, de Josette Saleh et de tellement d'autres encore...).
Ce numéro d'Historia hors-série est un événement et une nouvelle occasion pour la compréhension du Liban, de son passé et de son avenir. C'est au nouveau mandat présidentiel et aux Libanais de bonne foi et de bonne volonté de la saisir.

Bahjat RIZK

Retour à la page "Nos Lecteurs ont la Parole"

vendredi 2 décembre 2016

Comment l’histoire explique l’actualité d’Alep. Partie 3. La destruction du patrimoine culturel de la ville et des monuments dans le conflit en Syrie depuis 2011 : zone ouest et zone est, un patrimoine contrasté - Les clés du Moyen-Orient

Comment l'histoire explique l'actualité d'Alep. Partie 3. La destruction du patrimoine culturel de la ville et des monuments dans le conflit en Syrie depuis 2011 : zone ouest et zone est, un patrimoine contrasté - Les clés du Moyen-Orient

COMMENT L'HISTOIRE EXPLIQUE L'ACTUALITÉ D'ALEP. PARTIE 3. LA DESTRUCTION DU PATRIMOINE CULTUREL DE LA VILLE ET DES MONUMENTS DANS LE CONFLIT EN SYRIE DEPUIS 2011 : ZONE OUEST ET ZONE EST, UN PATRIMOINE CONTRASTÉ ARTICLE PUBLIÉ LE 17/11/2016

Lire la partie 1 : Comment l'histoire explique l'actualité d'Alep. Partie 1. Alep, ville pérenne dans l'Histoire

Partie 2 : Comment l'histoire explique l'actualité d'Alep. Partie 2. Quelles raisons historiques peuvent-elles expliquer que la ville soit un enjeu aujourd'hui ?

Quel patrimoine ?

Les listes du patrimoine officiel, essentiellement constituées de monuments, ont été généralement élaborées par des spécialistes d'origine occidentale ou formés en Occident, en fonction de critères esthétiques ou scientifiques qui pourraient être discutés. Cette conception du patrimoine diffusée progressivement dans le monde avec les colonisations occidentales, peut avoir occulté d'autres formes, moins matérielles, intégrant le mode de vie et les pratiques, mais aussi une reconnaissance globale de la ville comme patrimoine, par les « récits de villes » plutôt que des monuments isolés. Les « récits de villes », descriptions topographiques et historiques qui existent pour Alep au moins depuis le XIIe siècle, évolutives, mises à jour en fonction des auteurs qui souhaitent intervenir, suggèrent qu'une entité urbaine est un patrimoine en soi, à la fois matériel et immatériel, idée pratiquée aussi dans d'autres cultures orientales (David 2015 en ligne et 2016 éd. papier).

Pour comprendre la véritable extension des destructions récentes du patrimoine alépin, qui va bien au delà des atteintes au patrimoine institutionnel, il faut d'abord préciser ce qu'est le patrimoine reconnu et revendiqué par la société (David et Boissière 2014) dans ce contexte. Il faut aussi tenir compte du fait que la ligne qui partage la ville entre quartiers de l'est et quartiers ouest traverse le centre de la ville et notamment les quartiers anciens et le territoire classé patrimoine mondial par l'Unesco. Une première conséquence est le dépeçage du patrimoine et donc une perte du sens de l'unité de la ville qui faisait patrimoine en soi, et d'autre part une diversification des moyens de destruction mis en oeuvre du fait de l'inventivité propre à chacun des deux camps, chacun ayant ses propres raisons de détruire intentionnellement et souvent systématiquement des éléments de ce qui constituait le patrimoine commun.

L'essentiel des destructions n'est pas le fait de dommages collatéraux des combats ou de destructions dues aux armes des combats de rues, de la guérilla, mais à l'emploi de moyens spéciaux, adaptés à ces objectifs de destruction. La guerre en cours est donc aussi une guerre du patrimoine, parallèle à la guerre des armes et des armées, mais elle ne semble pas secondaire et même par certains de ses aspects, cette guerre du patrimoine peut être principale. L'indifférence apparente de la population face aux destructions peut refléter le fait que ce patrimoine institutionnel, qui a été plus ou moins imposé officiellement, n'est qu'un aspect du patrimoine, qui n'est pas parfaitement reconnu et accepté. Il est clair que la perception du patrimoine institutionnel par les rebelles peut être très différente de celle des proches du régime, de son armée et des fonctionnaires de la Direction Générale des Antiquités et des Musées. Les rebelles ne sont sans doute pas tous des Alépins mais par leur origine sociale et régionale souvent rurale, ils sont proches des néocitadins chez qui ils se sont installés dans les quartiers de l'est. Les armées du régime ont rarement un lien avec la ville et peuvent être constituées de non citadins originaires de régions lointaines, mais ils doivent théoriquement tenir compte des directives des fonctionnaires de la DGAM, garants du point de vue institutionnel et souvent personnellement engagés dans leur statut de protecteurs du patrimoine.

De plus, les hommes de l'armé du régime et leur matériel sont souvent installés par principe tactique dans des lieux sensibles, supposés ne pas être attaqués et détruits, monuments du patrimoine, quartiers densément habités, institutions sensibles, jardins et terres agricoles fertiles et fragiles, et pratiquent de longue date l'utilisation d'une forme élargie du « bouclier humain ». On a toujours vu autour de Damas des chars d'assaut camper dans les vergers d'oliviers et à Alep depuis le début de la guerre actuelle, des bâtiments confortables situés dans la zone historique, classés patrimoine mondial comme l'hôtel Carlton dans l'ancien hôpital National au pied de la citadelle ou la madrasa Khosrowiyé construite par Sinan vers 1530, sont choisis de préférence. La Citadelle et la Grande Mosquée, proches de la ligne de front, d'intérêt stratégique, sont aussi des lieux sacrés de l'identité alépine et nationale et ont été des objectifs disputés pendant des années ou rapidement occupés par des militaires du régime.

Un retour au passé proche peut instruire : dans les années 1970-1980, à l'époque où les premiers zonages de protection du patrimoine ont été élaborés à la Municipalité, les interdictions de détruire ou de modifier le tissu ancien et les monuments dans ces zones qui couvraient déjà plusieurs hectares, on été ressenties par des habitants comme une ingérence du pouvoir dans les biens et les privilèges privés reconnus depuis des siècles. L'idée d'expropriation pour utilité publique était très étrangère aux pratiques anciennes, et avait été introduite d'abord par l'administration ottomane à Istanbul pour réaliser des remembrements et des reconstructions après les incendies au XIXe siècle. Le mandat français avait proposé l'expropriation pour faire des percées dans le tissu urbain mais en avait peu réalisé du fait de leur coût et de leurs conséquences sociales et économiques et aussi des réticences municipales. Ces méfiances existaient dans les périodes de troubles de la fin des années 1970 à Alep : des milices armées du pouvoir étaient appelées par certains proches politiquement, pour se protéger contre l'ingérence de la Direction des Antiquités et de la Municipalité qui souhaitait protéger des destructions des monuments du patrimoine nouvellement désignés mais devant être rasées par un promoteur. Et certaines grandes percées à travers la vieille ville qui devaient être réalisées pour des raisons de sécurité politique (contre les Frères musulmans) ont finalement été annulées au cours des années 1980.

Des exemples ponctuels significatifs de destruction du patrimoine

Les premières atteintes au patrimoine institutionnel remontent à l'automne 2012, peu après l'entrée des rebelles à Alep, un an après le début du conflit syrien.

- Fin septembre 2012. Maison Zamariya à Jdeidé. Dans la zone classée « patrimoine mondial » par l'Unesco. Parmi les premières maisons historiques détruites, elle avait été restaurée en vue d'investissements touristiques. Belle maison de taille moyenne dans un quartier chrétien ancien, construite au XVIIIe siècle, transformée en hôtel et restaurant dans les années 1990. Occupée par les rebelles lors de leur entrée dans la ville par le nord en 2012, utilisée comme QG, puis attaquée par les forces du régime qui chassent les rebelles. Des photos diffusées sur internet le 26 septembre 2012 montrent les dégâts provoqués par les combats : pas de destruction du gros oeuvre mais sans doute le pillage du décor de boiseries anciennes et des aménagements touristiques. Les photos diffusées quelques jours plus tard, (1er octobre 2012) montrent les bâtiments presque totalement détruits, et incendiés, sans doute en vue de camoufler un pillage ?

- Les vendredi 28 et samedi 29 septembre 2012, les souks centraux sont incendiés et partiellement détruits et bombardés, en l'absence des commerçants et sans doute après pillage. Le souk de l'or notamment est entièrement détruit.
D'après les commerçants, il n'y a pas d'armée à l'intérieur des souks mais seulement des rebelles. « Les soldats tirent à partir de barrages positionnés à l'extérieur des souks, comme les quartiers historiques de 'Aqabé en hauteur et al-'Awamid ou encore près de la mosquée des Omayyades ».

- Mi octobre 2012, atteintes et pillages à la Grande mosquée et 3 octobre, bombe (camion piégé) contre le Nadi debbat, cercle des officiers dans le centre-ville.

- Février 2013, photos diffusées de la destruction de l'ancienne municipalité ottomane, qui a du avoir lieu plus tôt, en octobre 2012. Destruction par des combats sur un front, opposant les deux belligérants ; pas de dynamitages souterrains.

- Mercredi 24 avril 2013, le minaret de la Grande mosquée, de 1099 s'effondre. Rebelles et armée du régime s'accusent mutuellement de l'avoir détruit.

- Le 8 mai 2014, l'hôtel Carlton, au pied de la Citadelle, ancien hôpital National ottoman construit à la fin du XIX siècle, est dynamité à partir d'un souterrain et presque totalement détruit. Il était utilisé comme une base militaire par le régime.

- Eté 2014, la mosquée/madrasa Khosrowiya est totalement détruite par les rebelles (dynamitages souterrains). Mosquée ottomane impériale construite par Sinan au XVIe siècle. École religieuse confrérique (voir article de Thomas Pierret 2014), elle était une école religieuse et une base militaire du régime.

- Décembre 2015, la maison Ghazalé et le quartier de Jdeidé (place al-Hatab, Waqf Ipchir Pacha et Bahram Pacha, etc.). Une image satellite diffusée par Digilal Globe inc/Asor CHI donne un état des lieux de la zone très largement détruite par des dynamitages souterrains et des bombardements d'artillerie. Cette zone qui se trouve sur une ligne de front, historiquement et culturellement très riche, coeur des quartiers chrétiens historiques, est détruite par les coups du régime et des rebelles. La maison Ghazalé, restaurée par la DGAM entre 2007 et 2011 avait été pillée en 2012, au début des conflits, pour un vol organisé des boiseries peintes anciennes.

- 15 août 2016 (diffusion des photos par mail), très belle maison ancienne dite Khan al-Daraj, début XVIIe ou avant ? Restaurée et devenue le Waraqa Center, centre culturel et spirituel, bibliothèque, aménagé avant la guerre par des Alépins entrés dans l'opposition. Détruite par bombardements aériens ou par des obus par le régime ?

Les choix des objectifs de destruction par les belligérants

Les plus grosses destructions du patrimoine monumental institutionnel à Alep sont le fait des rebelles, par dynamitage souterrain. Les objectifs visés sont d'abord des monuments ou des quartiers, où sont installés des hommes du régime, généralement des militaires, mais il s'agit aussi dans la ville ancienne de lieux protégés par la Direction des Antiquités et des Musées ou gérés par la Direction des Waqf-s, (biens de mainmorte musulmans), et de locaux publics à usage religieux musulman, presque tous anciens. Ces biens sont en général des monuments historiques classés depuis longtemps, ayant fait ensuite partie du patrimoine mondial classé par l'Unesco ; beaucoup de mosquées ont été détruites ainsi. D'autres locaux ou espaces dynamités, vraisemblablement par les rebelles, étaient des aménagements touristiques réalisés ou en projet comme l'ensemble situé au pied sud de la Citadelle et la partie du quartier de Jdeidé autour de la place al-Hatab et des waqf-s ottomans de Bahram Pacha et Ipchir Pacha, donc des investissements privés ou du mécénat international, les interventions de la fondation Aga Khan, et des investissements allemands et du programme GTZ, ou des programmes de la politique urbaine pratiquée par la Municipalité. Certains de ces lieux, comme l'hôtel Carlton, la madrasa Khosrowiyya, le futur grand hôtel en cours d'aménagement dans l'ancien Sérail français, étaient effectivement occupés par des petits effectifs de l'armée du régime. La plupart des bâtiments dynamités dans cette zone étaient aussi des immeubles ou des institutions propriétés de l'État à l'origine, datant du mandat français ou de l'époque ottomane (beaucoup du XIXe siècle).

Les destructions très étendues par dynamitage souterrain dans le quartier de Jdeidé visaient surtout l'espace public aménagé, revalorisé, contexte d'investissements touristiques privés ou étatiques importants, ainsi que des waqf-s ottomans du XVIe et XVIIe siècles, futurs sites d'investissements touristiques. L'origine des pillages et les impacts d'obus sur les musées des maisons Ghazalé et Atchiqbach n'est pas précisément déterminée. Situés sur la ligne de front, ces deux bâtiments appartenant à la Direction des Antiquités ont été pillés, notamment les boiseries peintes et des objets. Les explosifs ou les projectiles utilisés ne semblent pas être des dynamitages souterrains ni des bombardements aériens, mais peuvent être des impacts d'obus de mortiers ou de chars, donc venus de l'un ou l'autre des belligérants. Les destructions du patrimoine attribuées aux rebelles peuvent être aussi des provocations du régime pour faire accuser les rebelles.

Beaucoup de ces actions sont filmées de façon très professionnelle depuis différents points hauts. Les vidéos signées par des groupes rebelles, souvent Jabhat al-Islamiyya, sont mises en ligne et constituent des formes de publicité.

Au contraire, l'essentiel des destructions par le régime ne concerne pas les quartiers anciens et le patrimoine institutionnel, généralement considérés comme des expressions du régime ou des propriétés de l'État, mais le bombardement des quartiers populaires de l'est, souvent avec des dispositifs explosifs à fragmentation. On sait que ces bombardements peuvent être accompagnés de l'utilisation de gaz de combat. Les objectifs visés sont les rebelles installés dans ces quartiers et sans doute intentionnellement les habitants, que nous avons définis précédemment comme des citadins mal intégrés et souvent méprisés…, mais qui étaient aussi des conservateurs du mode de vie et des traditions populaires et avant tout des habitants non belligérants. Beaucoup sont partis.

Patrimoine matériel et immatériel

Les objectifs des rebelles sont idéologiques et visent le régime, sa corruption et son despotisme criminel, dans certaines de ses expressions. Les destructions par le régime au contraire visent l'espace matériel de la vie quotidienne des habitants. Il s'agit d'entraver la perpétuation des familles, de punir ceux qui aident les rebelles, de pousser à la désorganisation et à l'exode en coupant les racines comme dans la campagne on coupe les arbres, on incendie les maisons, on détruit les récoltes, les provisions, pour rendre difficile ou impossible le retour. Enfin, les objectifs militaires des destructions par bombardements dans ces quartiers impénétrables pour les chars et autres véhicules d'artillerie sont aussi stratégiques et anti guérilla.

Même si le niveau de gravité ou de caractère criminel de ces actions peut être mesuré, le bilan doit être global puisque l'objectif est la destruction de la ville prise globalement, même si les quartiers de l'ouest tenus par le régime, véritable camp retranché, sont restés longtemps à l'abri des projectiles et des autres moyens, relativement faibles, de destruction des rebelles, comme en témoigne la carte produite par UNOSAT/UNITAR (Percentage of buildings damaged, Aleppo, Syria. UNOSAT, UNITAR, synthèse 01-02 2016), ou les images de localisation des check points autour de ces quartiers, qui interdisent par exemple l'entrée des véhicules piégés.

Cette guerre est une guerre à la ville et à la vie et par là, une guerre au patrimoine le plus essentiel et le plus ordinaire, celui des boutiques et des espaces d'approvisionnement, du quartier et de la ruelle partagés par toute une société de voisinage et enfin de la maison, bien au delà du patrimoine culturel institutionnel : la ville, espace de vie, n'est pas patrimoine de la même façon qu'un site archéologique ou des objets dans un musée. Les destructions par le régime touchent ainsi plus gravement le tissu domestique, économique et l'espace public populaire dans leur charge immatérielle, symbolique ou plus simplement les pratique sociales et vitales. Dans les quartiers de l'est, c'est l'ensemble de ce dispositif populaire moderne, qui ne semble pas patrimonial, où le matériel est le support et le cadre de la vie dans lequel s'inscrit fortement le quotidien des gens, qui est ciblé et détruit dans des logiques qui laissent à penser qu'une ville différente verra le jour après la guerre, coupée des héritages et qu'elle ne se reconstruira pas sur les mêmes bases et les mêmes logiques.

Sélection bibliographique :

Boissière Thierry et David Jean-Claude (dir) 2014, Alep et ses territoires Fabrique et politique d'une ville 1868-2011, 25 articles (20 auteurs), IFPO (Institut Français du Proche-Orient), Damas-Beyrouth janvier 2014 590 pages.

Boissière Thierry et David Jean-Claude (dir.) 2014, Alep et ses territoires : Fabrique et politique d'une ville (1868-2011). Nouvelle édition [en ligne]. Beyrouth - Damas : Presses de l'Ifpo, 2014 (généré le 29 septembre 2014). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/ifpo/6621> . ISBN : 9782351595275.

Boissière Thierry et David Jean-Claude 2014, « La destruction du patrimoine culturel à Alep : banalité d'un fait de guerre ? » 2014, Confluences Méditerranée 89, 163-171.

Boissière Thierry et David Jean-Claude 2014c, « Guerre contre l'État, guerre contre la ville : Alep, otage des combats en Syrie », 2014, Moyen-Orient 24, octobre-décembre, 84-91 (carte p. 89).

David Jean-Claude 1996, "Les territoires des groupes à Alep à l'époque ottomane. Cohésion urbaine et formes d'exclusion". Revue du Monde Musulman et de la Méditerranée, 79-80, Biens communs, patrimoine collectif et gestion communautaire dans les sociétés musulmanes, 1996, Aix-en-Provence : 225-254.

David Jean-Claude 1997a, "Urbanisme contemporain et tradition en Syrie", Sciences sociales et phénomènes urbains dans le Monde Arabe. Fondation Abdel Aziz al-Saoud. Casablanca, 1997 : 185-191.

David Jean-Claude 2014 « Production et qualification de l'espace urbain ;
 entre informel et corruption », Alep et ses territoires Fabrique et politique d'une ville 1868-2011. Dir .Thierry Boissière et Jean-Claude David, IFPO (Institut Français du Proche-Orient), Damas-Beyrouth janvier 2014 179-196.

David Jean-Claude 2014 « 
Valorisation du patrimoine mondial alépin.
Valeur d'usage et référence identitaire,
 attraction touristique, vitrine du nouveau centre », Alep et ses territoires Fabrique et politique d'une ville 1868-2011. Dir .Thierry Boissière et Jean-Claude David, IFPO (Institut Français du Proche-Orient), Damas-Beyrouth janvier 2014 393-417.

David Jean-Claude 2015 « Décrire la ville, écrire le patrimoine », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée [En ligne], Etudes libres inédites, mis en ligne le 03 juillet 2015, URL : http://remmm. revues.org/9151

David Jean-Claude 2016 « Décrire la ville, écrire le patrimoine », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, n° 139, juin 2016, 193-204.

Delaistre Anne-Fleur et Roussel Cyril et alii 2014, « La frontière turco-syrienne dans la province d'Alep : un nouvel espace de circulation », in Alep et ses territoires Fabrique et politique d'une ville 1868-2011. Dir .Thierry Boissière et Jean-Claude David, IFPO (Institut Français du Proche-Orient), Damas-Beyrouth janvier 2014 265-279.

Hivernel Jacques 2001, « La madâfa de bâb al-Nayrab, un repaire dans la ville, un relais dans l'espace », Espaces et sociétés 2001/1 n°108, 253-316.

Hivernel Jacques 2004, « La vengeance de sang dans un quartier d'Alep : entre justice privée et justice d'État », Droit et Culture p. 147-166.

Kawakbi Salam 2016, Entretien avec Salam Kawakibi, « Syrie : Une vie politique à inventer sous les bombes », Confluences Méditerranée 2016/3 (N° 98), p. 115-123

Kawakbi Salam 2016, http://www.cairn.info/revue-confluences-mediterranee-2016-3-page-115.htm

Méouchy Nadine 2014, « Les temps et les territoires de la révolte du Nord (1919-1921) », in Alep et ses territoires Fabrique et politique d'une ville 1868-2011. Dir .Thierry Boissière et Jean-Claude David, IFPO (Institut Français du Proche-Orient), Damas-Beyrouth janvier 2014 265-279.

Meouchy Nadine 2016, "Etat et société dans la Syrie d'aujourd'hui. Une histoire d'impensés et d'impasses", Bozzo Anna, Luizard Pierre-Jean, dir., Vers un nouveau Moyen-Orient ? Etats arabes en crise entre logiques de division et sociétés civiles. 147-172.

Pierret Thomas 2014, « Le clergé sunnite alépin : provincialisation et affirmation de l'élément tribalo-rural », in Alep et ses territoires : Fabrique et politique d'une ville (1868-2011). Nouvelle édition [en ligne]. Beyrouth - Damas : Presses de l'Ifpo, 2014 (généré le 29 septembre 2014). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/ifpo/6621> . ISBN : 9782351595275.

Pierret Thomas 2014, « Le clergé sunnite alépin : provincialisation et affirmation de l'élément tribalo-rural », in Alep et ses territoires Fabrique et politique d'une ville 1868-2011. Dir .Thierry Boissière et Jean-Claude David, IFPO (Institut Français du Proche-Orient), Damas-Beyrouth janvier 2014 265-279.

Sakkal Salwa 2014, « Croissance et contrôle de l'espace. L'informel et l'urbanisme, la municipalité et l'État » in Boissière Thierry et David Jean-Claude (dir.) Alep et ses territoires Fabrique et politique d'une ville 1868-2011, Nouvelle édition [en ligne]. Beyrouth - Damas : Presses de l'Ifpo, 2014 (généré le 29 septembre 2014). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/ifpo/6621> . ISBN : 9782351595275

Sakkal Salwa 2014, « Croissance et contrôle de l'espace. L'informel et l'urbanisme, la municipalité et l'État » in Boissière Thierry et David Jean-Claude (dir.) Alep et ses territoires Fabrique et politique d'une ville 1868-2011, IFPO (Institut Français du Proche-Orient), Damas-Beyrouth janvier 2014 197-227.

Sauvaget Jean 1941, Alep, essai sur le développement d'une grande ville syrienne des origines au milieu du XIXe siècle.



Envoyé de mon iPhone

samedi 12 novembre 2016

L’unité des chrétiens pour renouveler le projet du Grand Liban - L'Orient-Le Jour

L'unité des chrétiens pour renouveler le projet du Grand Liban - L'Orient-Le Jour

L'unité des chrétiens pour renouveler le projet du Grand Liban

En 1990, nous avons perdu la guerre pour deux raisons : la guerre fratricide pour le pouvoir dans nos régions et une déviation des fondements de la cause.
Notre défaite a été scellée par l'accord de Taëf qui a introduit un déséquilibre majeur entre chrétiens et musulmans, tout en reconnaissant aux Syriens un rôle mandataire.
De 1990 à 2005, le déséquilibre a été total : la seconde République n'en était plus une. Durant l'occupation syrienne, nous avons été systématiquement affaiblis surtout à travers les différentes lois électorales. Tous les fondements de la République – institutions, administration, éducation nationale, armée, organes sécuritaires et économiques – ont été sapés. Sous le couvert du traité de fraternité avec la Syrie, le Liban a été endetté, racketté et la corruption a été institutionnalisée pour devenir systématique ;
sans parler des scandales boursiers qui ont éclaté.
Pour abattre notre résistance et nous punir d'avoir osé leur résister toutes ces années, tous les moyens ont été utilisés : le meurtre, la persécution physique et morale, l'emprisonnement, l'exil et l'enlèvement. Cela n'a fait qu'ancrer plus profondément la cause dans notre âme et renforcer notre détermination à nous libérer ; ce qui s'est produit en 2005.
En 1994, le ministre de l'Intérieur a amplifié le déséquilibre démographique avec le décret de naturalisation n° 5247 du 20 juin de cette année-là. Plus tard, nous avons appris du même ministère, que 202 000 étrangers avaient été naturalisés, dont 151 000 musulmans (parmi lesquels 109 000 sunnites). En réalité, pas moins de 400 000 étrangers ont été naturalisés dont 70 000 Palestiniens, alors même que la Constitution interdit l'implantation. Il faut rendre la nationalité libanaise aux Libanais (comme on a enfin commencé à le faire cette année) et non l'octroyer aux étrangers.
Depuis cette époque, nous contribuons aux recettes du Trésor libanais à hauteur de 62 % alors qu'il ne nous est alloué que 12 % du budget de l'État en salaires et en services pour nos régions (source : Labora). Nous avons donc plus de devoirs, mais moins de droits. C'est inacceptable !
De 2005 à 2016, le déséquilibre s'est poursuivi : une nouvelle ère a commencé au Liban avec le retrait des troupes syriennes en 2005 et au Moyen-Orient avec le début des révolutions arabes en 2011. Mais elle est bouleversée par trois facteurs :
1. Le conflit entre sunnites et chiites au Liban et dans la région
Ce conflit a pris de nouvelles proportions et s'est même transformé en une miniguerre civile au Liban (le 7 mai 2008). Si elle s'était prolongée, elle aurait inévitablement débordé jusque dans nos régions, où nous aurions été des dommages collatéraux surtout dans les régions chrétiennes frontalières !
2. La guerre en Irak et en Syrie
La détérioration de la situation en Irak et en Syrie a poussé les principales puissances régionales et internationales à desserrer leur étau sur le Liban, mais leur conflit se cristallise. Nous assistons à l'exode massif des chrétiens d'Irak et de Syrie. Quant au Liban, il est submergé par plus de 2 millions de réfugiés syriens en plus de 650 000 réfugiés palestiniens (en comptant ceux qui ont fui la Syrie) !
3. De nouveaux accords « Sykes-Picot » en perspective !
L'engagement militaire international en Syrie et en Irak laisse présager l'émergence d'un nouveau Moyen-Orient dans le futur bien que nul n'en connaisse encore réellement les contours, notamment en ce qui concerne les frontières des États et les systèmes politiques de ceux-ci. Il est inconcevable que ce nouveau remaniement se fasse à l'insu du Liban. Pour cela, nous avons besoin d'un chef d'État, véritablement chef de l'exécutif, à même d'imposer le Liban à la table des négociations régionales !
Saisissons l'occasion pour rééquilibrer le partenariat interlibanais : en raison de tout ce qui précède et parce qu'il y a tant à faire, il est vital pour nous Libanais en général et chrétiens en particulier de nous réveiller et de nous unir !
Face aux énormes déséquilibres politiques, économiques, démographiques et sociaux, il ne nous est plus permis de tergiverser, de réfléchir « petit » et de mettre toute notre intelligence dans des tactiques politiciennes. Nous devons transcender nos susceptibilités et nos divisions stériles pour nous unir derrière la cause !
Il faut saisir l'opportunité de l'élection d'un président représentatif, fruit d'une entente interchrétienne, le soutenir et renforcer la présidence de la République. Le nouveau président se doit d'être rassembleur car c'est seulement ainsi que nous pourrons relever ce grand défi !
Œuvrons ensemble :
- d'une part, sur l'échiquier régional, afin de garantir la place du Liban à la table des négociations qui redéfinira le nouveau Moyen-Orient ;
- et, d'autre part, sur l'échiquier national, afin de renforcer notre rôle, rétablir une vraie parité politique et participer activement au renouvellement du projet d'État du Grand Liban de demain.
Il y a près de 100 ans, le Grand Liban basé sur les valeurs de la liberté est né grâce à l'initiative des chrétiens. Aujourd'hui, ils sont appelés à remplir le même rôle historique : bâtir un nouveau modèle libanais et une nouvelle formule politique mettant un terme définitif à la lutte pour le pouvoir entre les différentes communautés religieuses. Nous voulons vivre avec nos coreligionnaires au Liban et en Orient en toute liberté, égalité, citoyenneté, sécurité et dignité !
Comme l'a dit le pape Benoît XVI, il faut que le Liban redevienne le « pays phare de la région ».
Je conclurai par ces quelques mots de Bachir : «Je suis sûr et confiant de la victoire. » Cette victoire est celle de ce nouveau Grand Liban auquel nous avons rêvé et que nous pouvons et devons aujourd'hui réaliser ensemble.

lundi 7 novembre 2016

Pour nos évêques c’est la République et la nation qui ont le devoir de s’adapter aux cultures et religions importées, dont l’islam

Pour nos évêques c’est la République et la nation qui ont le devoir de s’adapter aux cultures et religions importées, dont l’islam .
Le conseil permanent de la Conférence des évêques de France a publié, le 13 octobre, une lettre intitulée « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique ». En résumé, ce texte plaide pour une redéfinition du contrat social et du contrat républicain « permettant à tous les Français de vivre ensemble sur le sol du territoire national, ce qui ne semble plus aller de soi »« Il convient donc pour l’avenir de notre société de redéfinir ce que c’est d’être citoyen français. » Sans être vraiment nommée, c’est bien de la difficulté de l’intégration de l’islam dans la République qu’il s’agit. 
Pour nos évêques c’est donc la République et la nation qui ont le devoir de s’adapter aux cultures et religions importées, dont l’islam, et non l’inverse.
Devant tant de béatitude, il fallait s’attendre à une récupération par l’islam politique. C’est ainsi que le Conseil théologique musulman de France, celui des « Frères musulmans » de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), a écrit le 1er novembre à la Conférence des évêques de France pour saluer son magnifique plaidoyer du vivre ensemble et lui proposer de jeter les bases des états généraux du vivre ensemble.Ce qui est intéressant c’est le contenu très politique de cette réponse, qui piège les évêques de France. Pour expliquer notre mal-vivre ensemble sont évoquées : d’abord la violence des conflits dans le monde « qui ne sont pas circonscrits, s’exportent et créent de la méfiance jusque dans les contrées les plus lointaines », que certains jouent « à les attiser à des fins, semble t-il, purement électoralistes »… Ensuite, le conflit en Syrie avec ses migrants qu’il est nécessaire d’accueillir religieusement (surtout s’ils sont musulmans, car rien n’est dit sur les chrétiens d’Orient), « car l’homme est un éternel voyageur ». Merci pour les terroristes infiltrés. Certains de nos responsables politiques sont également stigmatisés, qui manquent aux obligations de leur charge en ne magnifiant pas l’unité des enfants de notre peuple.Autrement dit, haro sur ceux qui dénoncent et combattent les dérives de l’islam radical dans notre pays. Mais c’est aussi la faute à Robert Ménard et ses panneaux dénonçant l’invasion des migrants dans sa commune, des états-major russe et américain, dont les déclarations font penser que nous sommes à la veille d’un conflit militaire mondial, et enfin de la laïcité qui n’a pas vocation à lutter contre les religions ni à « régenter la manière de s’accoutrer des Français ». Ce serait « un coup fatal porté à la stabilité et au vivre ensemble ». Nous y voilà, des menaces voilées contre ceux qui voudraient interdire le burkini ou le port du voile islamique dans l’espace public. Non, rien de politique dans tout cela, évidemment.Le conseil permanent de la Conférence des évêques de France se retrouve ainsi mal à l’aise. Soit il répond à cette demande œcuménique et sera taxé de connivence avec les Frères musulmans et de semer la zizanie au sein de l’islam en France, soit il n’y répond pas et sera traité de sectaire et manquant de sincérité, ne considérant pas l’UOIF comme un interlocuteur valable. Dans les deux cas, il est piégé. Politique et religion ne font pas bon ménage. Par ailleurs, nos évêques ne semblent pas vouloir prendre en considération le sondage réalisé le 16 septembre 2016 par l’institut IFOP pour le Journal du dimanche, indiquant que près d’un tiers des musulmans français (28 %) estiment que leurs valeurs sont « incompatibles » avec celles de la République.