dimanche 30 mars 2014

«La Vierge et l’Enfant» sort de l’ombre et s’installe au Musée national - May MAKAREM - L'Orient-Le Jour


25/3/2014-«La Vierge et l'Enfant» sort de l'ombre et s'installe au Musée national

Fermée depuis 1975, la salle Igea a bénéficié d'une rénovation complète, financée par la Fondation nationale du patrimoine. Elle a été rebaptisée salle Maurice Chéhab (1904-1994), du nom du premier directeur général des Antiquités qui a marqué l'archéologie libanaise en organisant dès 1936 les structures du service des Antiquités, et dont la grande œuvre a été la fouille de Tyr et l'étude méthodique de ses monuments romains. Sans oublier que c'est aussi grâce à l'émir Chéhab – et, après lui, Camille Asmar – que les collections du musée ont été sauvegardées durant les années de guerre.
Papo Silène et la lionne de Chehim
Inaugurée le 29 août dernier par le ministre Gaby Layoun, en présence des deux enfants de l'émir, Walid et Ziad Chéhab, la salle abrite 22 pièces archéologiques dont certaines s'offrent au regard pour la première fois. Notamment le chapiteau en marbre qui ornait la basilique byzantine de Tyr; l'aigle en pierre calcaire datant de l'époque romaine, dévoilé lors des opérations de fouilles urbaines à Beyrouth, dans les années 90; ou encore le bas-relief sculpté dans le marbre de Papo Silène. Ivre mort, le ventre bedonnant, ce dernier est représenté avec son animal attribut: la panthère. À côté, sur une mosaïque provenant de Tyr, figure le même Papo Silène brandissant le canthare de vin et chevauchant sa panthère. Exhumé lors des travaux d'infrastructure menés dans le secteur de Zokak el-Blatt en 2010, le bas-relief avait servi de dalle pour une canalisation ottomane, révèle Anne-Marie Affeiche, conservatrice du Musée national.

Les explorations réalisées les vingt dernières années ont aussi livré de spectaculaires mosaïques, dont la Lionne qui décorait le chœur de la basilique de Chehim (VIe siècle). Elle a été dégagée en 1996 par une équipe d'archéologues polonais, libanais et français travaillant dans l'arrière-pays de Saïda. Un autre tapis de tesselles colorées décrit une scène nilotique, où sont représentés le dieu Nilos hissé sur un hippopotame et tenant une corne; un putto (enfant nu) gravant le niveau de la crue sur un nilomètre; et deux autres putti actionnant une barque au milieu de crocodiles, d'oiseaux et de poissons. Un paysage égyptien évocateur de prospérité et d'abondance. La pièce provient d'un quartier d'habitat romano-byzantin, comportant plusieurs maisons richement pavées en mosaïques, mis au jour au centre-ville, dans le secteur Starco, en 1994.
À l'honneur également, des mosaïques exposées par le passé mais qui n'avaient plus été vues du public depuis 1975, notamment la mosaïque relatant façon BD les conquêtes amoureuses de Jupiter (époque romaine) et celle du Bon Pasteur entouré des animaux du paradis. Cette pièce byzantine, découverte à Jnah dans les années soixante, garde trace d'un «œil de cible» qui rappelle les vestiges de la guerre civile et l'occupation du musée par une milice. L'ensemble de la collection a été nettoyé et consolidé par la spécialiste Isabelle Doumit Skaff et son équipe.
(Pour mémoire : Rempart contre l'amnésie, Beit Beirut figé comme Pompéi)
Le mécénat et l'application pour Smartphone
Un fait rare au Liban qu'Anne-Marie Affeiche souhaiterait centupler: le mécénat privé qui apporte sa contribution financière à la remise en état d'une statue ou objet parmi les tonnes de vestiges qui, faute de budget, dorment dans les dépôts de la DGA en attendant leur restauration. Celle de la fresque de La Vierge et l'Enfant a été rendue possible grâce à la générosité de May Mikati, épouse de l'ancien Premier ministre. La peinture qui avait subi des dégâts consécutifs au taux d'humidité tout au long des années de guerre ornait le mur nord d'une petite chapelle à nef unique mis au jour en 1942, à la rue des Banques lors de la construction d'un immeuble.

Alors que traditionnellement elle est vêtue de bleu, la Vierge est exceptionnellement en robe verte ; assis à ses côtés, un personnage en blanc au visage irrémédiablement illisible et dont les proportions apparaissent plus importantes que celles de la Sainte Vierge. Qui peut-il être? «L'historienne Ray Jabre pense qu'il s'agit du Saint Sauveur dont l'église n'a jamais été découverte à Beyrouth», rapporte Mme Affeiche. La peinture qui porte un petit tesson de céramique «glaçurée», typique de la période mamelouke, date du XIIIe siècle. L'iconographie fera l'objet d'une étude qui sera publiée dans la revue Baal, éditée par la DGA.
«Long et compliqué», selon Mme Affeiche, le travail de restauration a été exécuté par le spécialiste italien Giorgio Capriotti. «Respectant l'authenticité de la pièce, refusant d'imaginer les éléments manquants ou de traiter les lacunes picturales, Capriotti a employé la technique du traçage (tracegio) pour redessiner les lignes visibles.» La fresque a été ensuite montée sur un support «nid d'abeilles» tout à la fois léger et solide.
Par ailleurs, vous pouvez découvrir n'importe où, n'importe quand, la collection du musée avec les commentaires (en trois langues) de la visite grâce à l'application iPhone ou Smartphone financée par Antoine et Samia Meguerdiche. L'application sera disponible à partir du mois de mai.
(Pour mémoire : Et vogue la Bibliothèque nationale... à la dérive)
La coopération italienne au Liban
D'autre part, la collaboration entre la Direction générale des antiquités et le bureau de la coopération italienne au Liban se poursuit. Après la restauration en 2010-2011 des fresques de la tombe de Tyr, un chef-d'œuvre de l'art funéraire romain du IIe siècle de notre ère, les Italiens débloquent une nouvelle enveloppe pour étendre l'aménagement muséographique à tout l'étage du sous-sol. Le projet comprendra des installations illustrant les pratiques funéraires et leur évolution à travers les grandes périodes de l'Antiquité; une sélection de bijoux et vases en verre ou terre cuite provenant des fouilles récentes d'Achrafieh (zone des nécropoles) et une exposition de trente sarcophages anthropoïdes datés du VIe au IVe siècle avant J-C. Le parcours s'achèvera par la présentation d'un magnifique échantillon de vêtements remontant à l'époque mamelouke, trouvés en 1989-1991 dans la grotte de Assi el-Hadath, dans la vallée de la Qadisha. Rappelons que la grotte, explorée par le Groupe d'études et de recherches souterraines du Liban (GERSL), avait livré les premières momies (et peut-être les seules) du peuple maronite médiéval: trois femmes adultes, cinq fillettes (18 mois à quatre ans) et un nourrisson (quatre mois), naturellement momifiés, dormant d'un sommeil profond depuis 800 ans.
Pour mémoire
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Envoyé de mon Ipad 

samedi 22 mars 2014

Les jésuites au Liban et la Grande Guerre de 1914-1918 - Christian TAOUTEL et Pierre WITTOUCK s.j. - L'Orient-Le Jour

Rappel:Les jésuites au Liban et la Grande Guerre de 1914-1918

« On fait le pain avec l'eau de mer à Beyrouth (...) L'argent se prête à 40, 50 et 100 %. » Deux détails, parmi des dizaines d'autres, qui donnent une idée des conditions de vie dramatiques qui furent celles des Libanais durant la Première Guerre mondiale (1914-1918), encore appelée la Grande Guerre. Comme un vol de sauterelles, tous les malheurs du monde s'abattirent sur le Liban de l'époque.


À l'occasion du centenaire d'un conflit qui fit des millions de morts, une exposition de documents puisés dans les archives de la Compagnie de Jésus au Liban et les diaires (journaux rédigés quotidiennement) de nombreux pères jésuites est en préparation. Exhumés et parcourus par Christian Taoutel et Pierre Wittouck s.j., les documents révèlent de nombreuses pages oubliées de la vie quotidienne des Libanais durant cette période tragique, et de celle des missionnaires jésuites qui les accompagnèrent spirituellement et physiquement.


Les documents sont révélateurs. Les membres de la congrégation écrivent et agissent avec foi, dans l'intérêt avoué et explicite de protéger leurs élèves, leurs malades, leurs maisons, leurs églises, et finalement toute la population libanaise en ces circonstances tragiques. Certains diaires détaillent les terribles souffrances endurées par les habitants, en particulier à Beyrouth. Les témoignages dénoncent la brutalité des Ottomans et montrent à quel point la Grande Guerre renforça la cohésion et l'amour des jésuites pour leur ordre et le Liban.(*)


La guerre éclate
Le conflit éclate sous un prétexte : le 28 juin 1914, l'héritier de l'empire austro-hongrois et son épouse sont assassinés à Sarajevo par un anarchiste serbe. Imputé à la Serbie par le gouvernement autrichien, l'assassinat va déclencher la Première Guerre mondiale. Quand la guerre se déclare en Europe, l'Empire ottoman se rapproche naturellement de l'Allemagne et de l'empire d'Autriche-Hongrie, contre l'ennemi héréditaire russe. Il entre en guerre à l'automne 1914.
Frustré par les accords de 1861 convenus avec l'Europe instaurant au Liban la moutassarrifiya, accordant des privilèges administratifs et fiscaux à la Montagne libanaise, l'Empire ottoman se déchaîna : il fit arrêter et pendre de nombreux citoyens libanais et syriens, nationalistes et autonomistes, soupçonnés et accusés d'être pro-occidentaux.
Considérés comme « associés » aux puissances
européennes, les jésuites (majoritairement français à cette époque) subirent également les intimidations répétées des autorités ottomanes qui s'en prirent aux établissements et missions de la Compagnie.
Et très rapidement, le Liban sombra dans la famine...

La lettre de Georges Picot au Provincial des Jésuites à Beyrouth.


L'USJ évacuée...
Comme indiqué plus haut, le déclenchement de la Première Guerre mondiale entraîna la disparition de l'autonomie partielle acquise en 1861 grâce à la moutassarrifiya. Le 5 juin 1915, le dernier moutassarrif, Ohannès Kouyoumdjian Pacha, démissionne.


Toutefois, les exactions avaient déjà commencé. Le dimanche 8 novembre 1914, quelques jours après la rentrée scolaire, le commandant de la police et des gendarmes turcs ordonnent au recteur de l'Université Saint-Joseph, le père Gérard de Martimprey s.j., de « faire évacuer la maison en 2 heures et de lui en remettre les clefs ». Il y avait là 70 séminaristes, 300 élèves et 60 religieux, parmi lesquels des vieillards et des infirmes. Le jour même, le père recteur se rendit chez le wali de Beyrouth pour essayer d'obtenir un sursis, mais ce dernier lui répondit froidement : « Je suis fâché de ce qui vous arrive, mais vous avez le malheur d'être les alliés de nos ennemis traditionnels, et c'est la guerre... »


Dans une lettre émouvante et sévère, adressée le 15 novembre 1914 au consul général des États-Unis, le père Mc Court s.j. – agissant en tant que jésuite américain, comme supérieur légal provisoire de l'Université Saint-Joseph – semble complètement désemparé face à l'agression ottomane. Il prévient les autorités américaines que les Ottomans ont expulsé les jésuites de leur maison de l'Université Saint-Joseph et informe les autorités américaines des conséquences de cet acte :
« Ayant été expulsés de notre maison de l'Université Saint-Joseph, propriété de la mission et du Saint-Siège, nous sommes dans l'impossibilité de sauvegarder les nombreux objets de valeur... bibliothèque, matériel d'imprimerie, instruments de physique, musées et mobilier d'église... Et je crois de mon devoir de vous en prévenir et de vous prier d'en prévenir qui de droit, afin que, le cas échéant, chacun supporte la responsabilité de ses actes. »


Déportés en Grèce
Dans les jours qui suivirent, les prêtres des congrégations religieuses européennes sont obligés de quitter le pays. Ils sont rassemblés sur des bateaux et embarquent, sans rien emporter, pour la Grèce.
« Nous sommes sur un petit bateau construit pour une cinquantaine de personnes, presque 500 religieux et religieuses de toutes les congrégations, jésuites, maristes, lazaristes, dominicains, capucins, franciscains... Le voyage sera horrible, le prix aussi (...). Mais à peine le bateau eut-il levé l'ancre du port de Beyrouth qu'un joyeux Ave Maria s'échappa de toutes les bouches et tous les cœurs. Marie avait sauvé ses enfants de la main des barbares turco-allemands. »
« Les Ottomans réquisitionnent donc les hôpitaux et les institutions d'enseignement gérés par les missionnaires étrangers. Ce sont ainsi plus de 400 religieux et religieuses français qui quittent le Mont-Liban et Beyrouth. »


Le 22 février 1916, le provincial des jésuites, le père Claude Chanteur s.j., remet une copie de l'inventaire des possessions de la Compagnie de Jésus au Liban à l'abbé Séraphin Lagier (qui se charge de faire parvenir le document au ministère des Affaires étrangères en France). Un document manuscrit détaille la liste des biens, qui sont confiés aux Tabet et aux Sfeir, des familles résidant près de la maison de la Compagnie de Jésus à Beyrouth. Valises des prêtres, lampes, calices, livres et tapis, soutanes, uniformes et draps... autant d'objets du « patrimoine » de la mission jésuite, qui vont être dissimulés dans des maisons, risquaient moins d'être l'objet des perquisitions ottomanes.


Chapelles transformées en mosquées
En août 1916, la situation des jésuites est des plus mauvaises. L'USJ est occupée par le Croissant-Rouge ottoman et par la « Défense nationale ». Literie et mobilier ont été emportés. L'église Saint-Joseph de la Compagnie de Jésus a été fermée et l'une des chapelles aurait été transformée en mosquée. Une grande partie des manuscrits de la Bibliothèque orientale est envoyée à Istanbul.


Le bâtiment de la faculté de médecine est occupé par la faculté de médecine ottomane de Damas. La chapelle y a été transformée en mosquée. Les machines et instruments de l'imprimerie catholique ont été volés (le père Maalouf s.j. estime les pertes à 500 000 FF). Toutes les provisions cachées à Beyrouth ont été confisquées. Les lettres nous apprennent aussi qu'un agronome allemand, allié des Ottomans, a vendu aux enchères, à moitié prix, tout ce qui se trouvait à Bickfaya, Taanaïl et Ksara. Il faut rappeler que les pères jésuites (français) menacés avaient abandonné le domaine de Taanaïl pour rejoindre la résidence de Ksara (qui appartenait administrativement au Mont-Liban).


Dans la Montagne, on meurt de faim
En dehors de Beyrouth aussi, la guerre de 1914-1918 causera d'énormes dégâts aux jésuites. Abandonnée, la maison de Taanaïl est pillée, saccagée et incendiée. Les Turcs profitent de la situation et coupent tous les frênes du domaine déserté, ce bois étant recherché pour fabriquer les roues des porte-canons de l'armée ottomane.


Au collège Saint-Joseph de Antoura, chez les pères lazaristes, même son de cloche : « L'église, notre jolie église, est devenue cuisine. On fait les feux à la mode arabe sur les autels, et c'est pure barbarie gratuite, puisqu'il y a au collège une superbe cuisine pour alimenter 600 personnes. Mes confrères sont cachés dans la montagne où ils meurent de faim. »


À Ksara, la maison, les caves et l'observatoire sont entièrement saccagés et la bibliothèque dispersée. À Ghazir et à Bickfaya, les maisons sont très endommagées, les portes et les fenêtres démontées et emportées. À Homs et Alep, en Syrie, « il n'y a plus que les quatre murs des maisons ».

 Deux pages d'un diaire de l'époque.


Les pendaisons
Les archives des pères jésuites dévoilent aussi que plusieurs notables ont été pendus à cause de leurs sentiments francophiles. À Beyrouth, Joseph Béchara Hani et Philippe et Farid Khazen sont pendus sur la place publique. Ils meurent « courageusement et chrétiennement après avoir reçu les sacrements d'un prêtre maronite ». Ahmad Tabbara, propriétaire d'un journal, subit le même sort.


À Damas, Abdel Wahab el-Inglizi et Michel Pacha Moutran, condamnés comme traîtres à la patrie ottomane, sont promenés publiquement dans une charrette, fouettés et couverts de crachats et d'ordures. Tous les drogmans des consulats d'Alep, de Damas et de Tripoli, comme Espère Choukaire, du consulat anglais à Beyrouth, et Aziz Fiani du consulat russe de Beyrouth, sont déportés.


« Les patriarches maronites résidant à Dimane, ainsi que le patriarche syrien, ont été interrogés plusieurs fois par la cour martiale et ont été humiliés. Le Monseigneur Chebli, évêque maronite, a été déporté, condamné à mort par la cour martiale de Aley. L'évêque syrien de Gezireh ainsi que 34 prêtres catholiques ont été massacrés en 1915... »


Famine, misère et épidémies
À travers les diaires, on apprend que le pain se fit rare et souvent inexistant. Dans ses Mémoires, le patriarche maronite Élias Hoayek assure que le Liban « a perdu pendant la Grande Guerre plus du tiers de sa population en raison d'une famine organisée volontairement par l'ennemi ».
Le calcul politique ottoman consiste à affaiblir les Libanais en général, et les chrétiens en particulier, en les affamant au lieu de les massacrer comme en Arménie.
« Dès le 11 août 1914, chevaux, mulets, chameaux, tout est réquisitionné. Les chemins de fer eux-mêmes furent réservés aux transports militaires ottomans. Les locomotives (faute de houille) sont alimentées au bois de mûriers et des forêts libanaises... »
« À Beyrouth, les gens meurent de faim, on les ramasse dans les rues. » « En mai 1916, le déficit dans l'élevage du ver à soie atteint 85 %, les banques 50 % et l'argent se prête à 40, 50 et 100 %. »
« À Beyrouth, le kilo de farine coûte 2 francs 25. Le sucre 10 francs au minimum, le beurre 12 francs le kilo, l'huile, le riz, le café et le savon sont inabordables, le sel manque et on fait le pain avec l'eau de mer... »


Pour comprendre la famine dans les régions chrétiennes, un document rédigé par un père jésuite, le 13 novembre 1916, explique que les lois ottomanes de 1915 autorisant les gouverneurs ottomans à déporter en masse les populations ont poussé les chrétiens de Beyrouth à garder leur argent plutôt que de faire des provisions intransportables.
« Ceux qui n'ont pas de ressources ni de fortune ni de provisions sont condamnés à mourir de faim. Entre 40 000 (au minimum) et 60 000 personnes sont déjà mortes de faim au début de l'été 1916. »
« Les districts qui ont le plus souffert sont le Keserwan, le Metn et Batroun, où certains villages se vident littéralement. L'absence de médicaments, de médecins et de pharmaciens, tous réquisitionnés pour l'armée turque, est totale. Des épidémies de choléra, variole et typhus viennent s'ajouter aux malheurs de la population. »


Beyrouth-mouroir
« Beyrouth est transformée en mouroir, et seuls quelques secours aux affamés sont organisés par les Américains. Mais les Turcs les en empêchèrent très rapidement, de peur que la population ne s'attache aux Occidentaux », souligne un diaire.


Le 26 octobre 1916, une nouvelle loi ordonne l'appel général au service militaire, même pour ceux qui avaient payé le « bédél askariyé ». La Sublime Porte dénonce officiellement le traité de Berlin de 1878 et les accords qui garantissaient l'autonomie du Liban. C'est ainsi que les sujets en âge de servir vont être enrégimentés par la force contre les Alliés.
Dans un extrait de lettre du père Cattin s.j. datant du 18 septembre 1916, on peut lire : « On souffre de la cherté des vivres et du manque d'argent. L'abbé Mezarey, secrétaire de Monseigneur Doumani, a été pendu. »


M. Sarloutte, supérieur du collège lazariste de Antoura, dans une lettre datée du 7 septembre 1916, évoque la même tragédie : « La famine systématiquement organisée continue son œuvre. Le "rothol" de farine est vendu par les Turcs 12 francs, et si l'on s'avise de venir en acheter, le lendemain les Turcs, flairant de l'argent, en exigent 30 francs... Le collège est occupé par des officiers turcs, on y a installé 300 petits Arméniens dont les Turcs ont massacré les parents, et qui sont devenus turcs par la force. »


Les « espoirs » de Georges Picot
La guerre mondiale se terminera certes par la défaite des Allemands et de leurs alliés ottomans. Le Liban sera libéré et sera placé sous mandat français. On peut le deviner déjà en lisant l'extrait d'une lettre envoyée le 3 septembre 1915 par François Georges Picot, depuis l'ambassade de France à Londres. Dans cette lettre adressée au provincial des jésuites à Beyrouth, le célèbre signataire pour la France de l'accord Sykes-Picot avec la Grande-Bretagne (accord divisant les restes de l'Empire ottoman entre les puissances occidentales) écrivait :
« J'exprime mon espoir de voir bientôt la Turquie vaincue, et notre rentrée possible à Beyrouth, et, comme vous l'avez vu dans les journaux, notre drapeau flotte depuis trois jours sur l'île de Rouad, coin de terre syrienne au nord de Tripoli, affirmant l'avenir qui se prépare, cela calmera je l'espère l'intrigue des Libanais... »


Lettres, diaires, inventaires, notes personnelles : plusieurs milliers de documents poussiéreux et jaunis du siècle dernier témoignent de ces quatre années de guerre que les Libanais connaissent mal. Les témoignages écrits par des prêtres jésuites permettront de faire connaître et de transmettre aux générations futures le souvenir de ces années héroïques. Solidaires des Libanais durant ces années tragiques, les jésuites du Liban ont honoré de manière exemplaire leur devise : « Aimer et servir. » Espérons que ces récits parfois très pénibles sensibiliseront les lecteurs d'aujourd'hui aux souffrances des populations déplacées que le Liban accueille en ce moment, et les pousseront à faire preuve de générosité et d'altruisme, en souvenir du temps où eux-mêmes étaient affamés et dans le besoin.

(*) Dans le souci de conserver l'authenticité des documents, la syntaxe et l'orthographe des lettres et diaires n'ont été corrigés que très légèrement.

Pour mémoire

Jadis, au cœur d'un triangle d'or, il y avait... Choueir

Les Abillama face à leur histoire et à celle du Liban...


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lundi 17 mars 2014

Syrie: les tombes de l'antique Palmyre, proie des pilleurs - Le Nouvel Observateur

Syrie: les tombes de l'antique Palmyre, proie des pilleurs

Une partie de l'ancienne oasis de Palmyre, à 215 km au nord-est de Damas, désertée par les touristes, le 14 mars 2014  (c) Afp

Palmyre (Syrie) (AFP) - Le plus beau site de Syrie, l'antique Palmyre, porte des stigmates de récents combats mais ce sont surtout ses magnifiques tombes qui ont été la proie des pilleurs.

Située à 210 km au nord-est de Damas, la "perle du désert", inscrite par l'Unesco au patrimoine mondial de l'humanité, conserve toute sa beauté bien que le temple de Baal ait subi quelques flétrissures en raison des échanges d'artillerie entre l'armée et les rebelles.

"Les groupes armés se sont installés en février 2013 dans l'immense palmeraie au sud de Palmyre et ont occupé le site jusqu'à ce l'armée les en chasse en septembre de la même année", explique à l'AFP Mohammad al-Assad, 44 ans, fonctionnaire au service des Antiquités.

"A partir des vergers où ils se trouvaient, ils tiraient sur la ville et certains obus ont endommagé par endroits le temple situé au milieu", ajoute-t-il.

Le mur oriental du temple hellénistique de Baal, l'édifice le plus imposant de la cité, est marqué par plusieurs tâches blanchâtres, là où la pierre a été griffée par des éclats d'obus. Un tir de mortier a endommagé l'une des ouvertures, ainsi que le linteau reposant sur huit colonnes à fûts cannelés.

Le mur d'enceinte a souffert en plusieurs endroits. Trois piliers de la colonnade au sud du temple ont été démembrés, leurs chapiteaux corinthiens gisant à terre. Mais les autres monuments n'ont pas été touchés par les combats.

- 'Découpées à la tronçonneuse' -

D'après M. Assad, des rebelles ont mis à sac la maison des missions archéologiques jouxtant le temple, mais le plus grave a été le pillage des merveilleuses tombes.

A l'ouest de la cité, dans la Vallée des tombes, la nécropole s'étend sur un kilomètre. C'est là que les riches Palmyréniens avaient construit une série de monuments funéraires somptueusement décorés.

Au Musée de Palmyre, le directeur Khalil al-Hariri montre trois stèles calcaires et des parties de sarcophages sculptées en haut-relief de personnages et d'enfants. "Elles avaient été découpées à la tronçonneuse. Nous les avons récupérées il y a deux jours, dans le sous-sol d'une maison", explique-t-il.

Combien de tombes ont été pillées? Il n'en sait rien. "Il y a environ 500 tombes, dont seulement 200 ont été fouillées par les archéologues. C'est dans celles qui ne l'étaient pas que les pilleurs ont fait leur sale besogne", dit-il.

Son seul point de repère, c'est le butin retrouvé. "Depuis que l'armée a repris le contrôle de la région, j'ai récupéré 130 pièces, mais je suis incapable de dire à combien de tombes elles appartenaient car les voleurs ont pris soin de les refermer".

Outre les sarcophages, il y a des bustes de défunts en costume gréco-romain et des décorations murales de style palmyrénien.

Dans le discours officiel, ce sont les "hommes armés" ou "les terroristes" qui ont voulu délester le pays "en vendant à vil prix notre culture et nos racines".

En réalité, et M. Hariri le reconnaît à demi-mot, certains habitants ont profité du désordre pour mettre la main sur des pièces, d'autant qu'ils en connaissent la valeur.

- 'Subitement plus rien' -

"La police les a retrouvées ici, dans les maisons, les vergers ainsi que dans le reste du pays. Quinze ont même été découvertes à l'aéroport de Beyrouth, prêtes à s'envoler vers l'étranger", selon lui.

L'ONU a pressé les belligérants de protéger "le riche patrimoine culturel mis en lambeaux" par trois ans de guerre. Devant "le pillage systématique" des sites archéologiques, elle a recommandé aux professionnels du commerce de l'art et aux douanes "de se méfier des objets d'art syriens susceptibles d'avoir été volés".

Fayçal al-Cherif, chef de la municipalité, n'a plus vu un touriste depuis septembre 2011, soit six mois après le début de la révolte contre le régime de Bachar al-Assad.

"Il y en avait 250.000 par an, puis subitement plus rien. Sur les 85.000 habitants, 5.000 travaillaient dans l'hôtellerie, la restauration, possédaient des magasins, organisaient des balades dans le désert sous la tente, servaient de chauffeur ou de guide", déplore cet homme de 57 ans.

Les 16 établissements de la ville ont tous fermé. Quant au Zénobia, l'hôtel de légende construit dans les années 1920 par une aventurière française et situé dans le site archéologique, il a été pillé et à moitié brûlé.

"J'espère que la tourmente se terminera et que les touristes reviendront bientôt", soupire-t-il.



Envoyé de mon Ipad 

vendredi 14 mars 2014

La destruction du patrimoine culturel préchrétien, chrétien et islamique de la Syrie dépouille les gens d’un puissant héritage, alimente la haine et hypothèque toute tentative de réconciliation

123/32014-La destruction du patrimoine culturel préchrétien, chrétien et islamique de la Syrie dépouille les gens d'un puissant héritage, alimente la haine et hypothèque toute tentative de réconciliation


LA DESTRUCTION DU PATRIMOINE CULTUREL PRÉCHRÉTIEN, CHRÉTIEN ET ISLAMIQUE DE LA SYRIE DÉPOUILLE LES GENS D'UN PUISSANT HÉRITAGE,

ALIMENTE LA HAINE ET HYPOTHÈQUE TOUTE TENTATIVE DE RÉCONCILIATION


On trouvera ci-après la déclaration intitulée « Halte à la destruction du patrimoine culturel syrien » qu'ont publiée le Secrétaire général de l'ONU, M. Ban Ki-moon, la Directrice générale de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), Mme Irina Bokova, et le Représentant spécial conjoint de l'ONU et de la Ligue des États arabes pour la Syrie, M. Lakhdar Brahimi:


Tandis que le peuple syrien continue de subir des souffrances et des pertes incalculables, le riche patrimoine culturel du pays est mis en lambeaux.


Les sites du patrimoine mondial ont été gravement, parfois irrémédiablement, endommagés.  Quatre sont utilisés à des fins militaires ou ont été transformés en champs de bataille: Palmyre, le Crac des Chevaliers, l'église de Saint Siméon dans les villages antiques du nord de la Syrie, et la ville d'Alep (dont la citadelle).


Les sites archéologiques font l'objet d'un pillage systématique et le trafic de biens culturels a atteint des proportions sans précédent.


Selon certaines informations alarmantes, le patrimoine syrien est délibérément pris pour cible pour des raisons idéologiques.  Les œuvres d'art représentant des êtres humains sont détruites par des groupes extrémistes déterminés à faire disparaître ces traces uniques de la riche diversité culturelle de la Syrie.


Pas une seule strate de la culture syrienne —préchrétienne, chrétienne, islamique— n'est épargnée.


La destruction d'un patrimoine aussi précieux porte gravement atteinte à l'identité et à l'histoire du peuple syrien et de l'humanité toute entière et sape pour longtemps les fondements de la société.  La protection du patrimoine culturel, matériel comme immatériel, est indissociable de la protection des vies humaines et devrait faire partie intégrante de l'action humanitaire et des efforts de consolidation de la paix.


Aussi lançons-nous ensemble l'appel suivant:


Nous appelons toutes les parties à mettre immédiatement fin à la destruction du patrimoine syrien et à préserver la riche mosaïque sociale de la Syrie et son patrimoine culturel en protégeant les sites du patrimoine mondial qui s'y trouvent, conformément à la résolution 2139 (2014) adoptée le 22 février 2014 par le Conseil de sécurité.


Nous condamnons l'utilisation des sites culturels à des fins militaires et appelons toutes les parties au conflit à respecter les obligations mises à leur charge par le droit international, en particulier la Convention pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé signée à La Haye en 1954 ainsi que le droit international humanitaire coutumier.


Nous appelons tous les pays et tous les groupements professionnels intervenant dans les domaines des douanes, du commerce et du marché de l'art, mais aussi les particuliers et les touristes, à se méfier des objets d'art syriens, qui sont susceptibles d'avoir été volés, à vérifier l'origine des biens culturels qui pourraient avoir été importés, exportés ou offerts à la vente illégalement, et à adhérer à la Convention de l'UNESCO concernant les mesures à prendre pour interdire et empêcher l'importation, l'exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels signée en 1970.


Il faut que la sauvegarde du patrimoine culturel de la Syrie s'inscrive dans l'action que nous menons pour mettre fin à la violence et avancer vers la paix. La destruction des vestiges du passé dépouille les générations futures d'un puissant héritage, accroît la haine et le désespoir et hypothèque toute tentative de réconciliation.  Il est temps de mettre un coup d'arrêt à ces destructions, de construire la paix et de protéger notre patrimoine commun.


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mardi 4 mars 2014

دير مار مارون العاصي.. "زريبة" للمواشي!!!

دير مار مارون العاصي.. "زريبة" للمواشي!!!

من يقرأ تاريخ الموارنة يعرف أنّ صلة الوصل بين طريق النضال الطويل التي بدأها القدّيس مار مارون في سوريا وبين اعتناق سكّان جبال لبنان المذهب الماروني، كانت ذلك الدير المعلّق في الصخر على ضفاف نهر العاصي في الهرمل، والذي بناه أتباع مار مارون وتلامذته.

تُركّز الذاكرة الجماعيّة المارونية على الأماكن التي تنسَّكَ فيها مار مارون، ومحطّات النضال في لبنان، فيذكرون دائماً وادي قنّوبين (وادي القدّيسين) وكفرحي المقرّ الأوّل للبطريركية السريانية المارونية التي أسَّسها البطريرك الأوّل للموارنة مار يوحنا مارون «أبّ القوميّة اللبنانية»، كذلك يذكرون بكركي التي وقفت في وجه السلطنة العثمانية وانتزعت «لبنان الكبير» وواجهت الاحتلال السوري، فيما ينسون دير مار مارون على نهر العاصي الذي تحوّل بفضل إهمال القيّمين عليه، إلى «زريبة للماعز والغنم»، بعدما كان ممرّاً لانتشار الموارنة في جبال لبنان، ولبنان بأكمله.

تاريخ شعب

في ظلّ الاضطهاد البيزنطي للمذهب السرياني في سوريا ولأتباع القدّيس مارون خصوصاً، لجأ عدد من أتباعه الى محيط نهر العاصي وبنوا ديراً على إسمه، وبعدما نشروا الدين في الهرمل ومحيطه، اختار الراهب السرياني العجوز من أتباع مارون، إبراهيم القورشي، ترك الدير والانتقال الى منطقة العاقورة، فأقنع الوثنيّين في العاقورة وجبال الشمال من إهدن الى بشرّي وتنّورين والمناطق الجبلية بالمذهب السرياني الجديد، ليَتبعه عدد من رهبان دير العاصي ويكملوا البشارة، فأصبح المذهب الماروني هو الغالب على المنطقة الجبلية بدءاً من عام 453 م، ما ينافي مقولة أنّ أصل موارنة لبنان من سوريا، مع العِلم أنّ مجموعات مارونية نزحت من سوريا بعد الاضطهاد، لكنّ الأغلبية المارونية في لبنان هي من أصل جبلي.

واقع الدير

«ما أبعد اليوم من الأمس»، فهذا الدير الذي نشر المذهب الماروني في لبنان، ومنه بنى الموارنة البلد النموذجي في الشرق، يقتله الإهمال، من دون معرفة المسؤول أو تحديد المسؤولية، في وقت تدفع الرهبانية المارونية والرابطة المارونية وبكركي الأموال الطائلة لاسترجاع أراضٍ باعها تجّار مسيحيّون طمعاً بالمال، أو لإقامة مشاريع عمرانية أو تحسين مؤسّسات تابعة لهم، فعلى الرغم من أهمّية هذه المشاريع، إلّا أنّ أصحابها يضربون عرض الحائط تاريخ الموارنة وأبرز تحفة حفرَها الرهبان في أحلك الظروف.

واقع الدير مزرٍ، طريقه وعرة وصعبة، فالزفت لا يكاد يغطّي حجم سيارة صغيرة. لا يافطة أو لوحة تشير إلى موقعه، وكلّ من يريد الاستدلال إلى مدخله عليه اتّباع قساطل المياه على أوّل الطريق، ولحظة الوصول إليه يسيطر عليك العجب والذهول.

العجب من مدى الاستخفاف بالتحف التاريخية الدينية، والذهول من طريقة عمل الرهبان، وكيف نحتوا الصخور وبنوا ديراً لا تستطيع الماكينات الحديثة بناءَه حاليّاً. وقد وُضعت صخرة لقطع الطريق على بعد نحو 30 متراً من الدير، لكي لا يصل أحد إليه، لأنّ القيِّمين عليه لا يريدون أن تزيد عمليات التخريب، وبالقرب من الصخرة لوحة كُتب عليها بالسريانية والعربية كلمات تعبّر عن أهمّية الموقع.

التسلّق... للوصول

تتسلّق الصخور التي ترتفع نحو 10 أمتار عن الأرض للوصول الى مدخله الخلفي، الذي هو عبارة عن حجارة كبيرة عُقِدت على بعضها، فتدخل وترى الغُرف التي حُفرت داخل الصخور، إذ يبلغ طول الغرفة الأولى نحو 7 أمتار وعرضها نحو 3 أمتار، وقد كتبت على جدرانها شعارات مسيئة وأسماء أشخاص، بينما طُليت جدرانها بالأسود بسبب دخان حطب التدفئة، أمّا أرضه فهي منحدرة. ومن الغرفة الأولى تدخل الى الغرفة الخلفية التي هي أصغر مساحةً، وكلّ ذلك في «العتمة»، لأنّ المكان يفتقد للإنارة.

وبالقرب من الغرفتين، تلّة تراب في البهو المقابل، ووراءَهما حفرة مغطّاة هي «دهليز» حفرَه الرهبان للوصول إلى منبع العاصي لتأمين المياه في فترة الحصار. أمّا المدخل الأمامي فيرتفع عن الأرض نحو مترين، وشُيّد بصخور ضخمة، ويتميّز بغرفِه الصغيرة التي تعرّضت للأذى والتشويه.

يستعمل رعاة الماعز والغنم هذا الموقع الأثري التاريخي المقدّس ليحتموا من المطر في أيام الشتاء، فيما تحتاج القطعان إلى مكان بارد نسبيّاً تستريح فيه هرَباً من الحرارة المرتفعة في فصل الصيف، وبالتالي وقع خيارهم على المغارة الباردة صيفاً لأنّها في قلب الصخر ولا تصلها الشمس، فبات أهمّ معلَم مارونيّ إستراحةً للقطعان، من دون أن تبادر أيٌّ من المؤسّسات المارونية لإنقاذه، على رغم الوعود القديمة التي أُغدِقت.

المطرانية

يخضع هذا الدير لسلطة مطرانية دير الأحمر وبعلبك للموارنة التي يرأسها حاليّاً المطران سمعان عطالله، ما يعني أنّه من مسؤولية بكركي. وعند سؤال المطران عن هذا الإهمال غير المبرّر، يَصفن قليلاً ثمّ يجيب: «مزبوط في إهمال»، ويقول لـ»الجمهوريّة»: «هناك قصص وتنازع على ملكيّة الدير، ولا شيء نهائيّاً.

في البداية كان للرهبان، ثمّ انتقل لآل دندش وبعده لآل الأشقر، واستملكته الدولة التي طالبناها باسترجاعه، لكنّها أعطتنا حقّ استثمار واستملاك لسنة يجب تجديدها دائماً، ما يعني أنّنا لا نستطيع بناء مشروع كبير في غياب أيّ شيء ثابت. لكنّنا شهدنا حلحلة أخيراً وبدأنا الإعداد مع المهندسين لإعادة صيانة الدير وترميمه، إلّا أنّ المصاعب التي تواجهنا كثيرة، وتحاول بكركي مساعدتنا».

ويلفت عطالله إلى أنّ «وضع المسيحيّين صعبٌ جدّاً في الهرمل وعددُهم إلى تناقص حادّ، بعدما كانت المنطقة مُنطلقاً للموارنة من العاصي، لكنّنا بنينا كنيسة في وادي الرطل في جرود الهرمل ونقيم قدّاساً فيها كلّ أسبوعين، حتى يتمسّك الأهالي بأرضهم، ولكي نساعدهم على الصمود».

مسؤولية مشتركة

لا يمكن تحميل المطران عطالله وحدَه مسؤولية حال الخراب التي وصل إليها دير العاصي، لأنّ النخر في بنيته بدأ منذ أعوام عدّة، فالكنيسة المارونية تتحمّل مجتمِعةً مسؤولية إهمال ذاكرة الموارنة وتشويه معالمها، إذ لا يكفي أن تبني كنائس تدفع عليها ملايين الدولارات في مناطق معيّنة، وفي المقابل لا تهتمّ بأديرةٍ تاريخية.

فمن الناحية الاقتصادية ترتكز السياحة الدينية على الأديرة الأثرية لا على الكنائس الحديثة، ومهما صرفت الملايين على البناء الحديث، فلن يكون للموارنة تحفة بحجم دير مار مارون على العاصي. كذلك، فإنّ الأخطر هو ضرب الوجود المسيحي في الهرمل والبقاع، واقتناع الكنيسة المارونية بذلك، بحجّة أنّها منطقة بعيدة، فهذا المنطق ينهي التمدّد الماروني، في وقت عمل البطريرك مار يوحنا مارون على توسيع القومية المارونية، ومدَّ البطريرك الياس الحويك حدود لبنان الكبير إلى حيث يوجد موارنة، فضمّ قرى الشريط الحدودي وعكّار والبقاع.

ما يحتاجه دير العاصي هو وضع خطّة إنقاذية سريعة، وبذلُ كلّ المستطاع لإعادة صورته الطبيعية، وهذه المهمّة أسهل بكثير من مهمّة مَن بناه بإيمان.

فالأموال في البطريركية المارونية متوافرة بكثرة حاليّاً، لكنّها تحتاج إلى القرار والإيمان اللذين كانا موجودين لحظة بنائه... فالحفاظ على الإرث المارونيّ حفاظٌ على لبنان بكامله، والموارنة يرفضون المَسّ بأيّ معلَم دينيّ أثريّ لأيّ من الطوائف، فكيف هي الحال بالنسبة إلى معالمهم الخاصة، لا سيّما وأنّ الإهمال صادر عن القيّمين على هذه المعالم؟!


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vendredi 28 février 2014

À toi, mon Liban - L'Orient-Le Jour

À toi, mon Liban

À toi qui m'as fait grandir. À toi qui m'as montré que la vie n'était pas rose. À toi qui m'as montré qu'entre noir et blanc, le gris a une infinité de tons.
Je me retrouve loin de toi aujourd'hui. Je suis à des kilomètres, avec des continents et des océans qui nous séparent. Mais je ne cesse de penser à toi, je ne cesse de me dire que tu aurais besoin de moi, que je pourrais t'aider...
Tu te demandes sûrement pourquoi j'ai décidé de te quitter. Tu te dis sûrement que je suis encore une de ces lâches personnes qui ont choisi leur confort et qui n'ont pas pris la peine de te donner une chance. Tu te dis sûrement que je ne suis pas digne de ton nom.
Je te dis, moi, que tu me manques, mais que tu m'as trop souvent fait mal. Tu m'as trop souvent privée de mes proches, tu m'as trop souvent pris mes proches. Tu m'as trop souvent déçue. Tu m'as trop souvent montré que tu n'étais pas assez mature.
Je ne sais plus si je devrais parler de toi de la sorte, ou plutôt de ton peuple. J'ai été éduquée, depuis mon plus jeune âge, par des parents et des professeurs qui n'ont sans cesse répété que j'étais ton futur, que ton indépendance et ta paix tenaient entre mes mains et celles de ma génération. J'ai toujours voulu grandir vite pour pouvoir te sauver, pour éviter que tu te blesses encore. J'ai grandi dans l'espérance qu'un jour tu iras mieux. Mes aînés ont grandi aussi, et comme moi, ils ont grandi dans cette idée. Mais personne n'a jamais rien fait. La seule chose qui s'est passée est que tu es tombé encore plus bas. Ne veux-tu pas te relever une fois pour toutes et rester debout ?
Comment trouver un avenir auprès de toi, sachant que chaque jour tu me prends mes proches et que je risque à n'importe quel moment de disparaître ? Sachant que j'ignore si ce soir je rentrerai dîner à la maison ou même si je rentrerai ce soir dîner avec toute la famille réunie ?
Je ne sais plus quoi te dire lorsque je vois la génération de l'avenir manifester dans tes rues en brûlant des pneus, en insultant tes politiciens et tes chefs de parti. Je ne sais plus quoi te dire quand ces mêmes personnes vont élire ces mêmes politiciens à chaque fois.
J'ai été éduquée avec des valeurs. Une d'elles m'a appris qu'une erreur répétée n'était plus une erreur. J'ai été éduquée dans des valeurs chrétiennes qui m'ont appris que lorsque l'on me gifle sur la joue gauche, je dois tendre la joue droite. Mais ma raison me dit : combien de fois vas-tu avoir mal ? Combien de gifles vas-tu recevoir ?
Tu me manques.Tes ruelles, ton odeur du café turc moulu de bon matin. Tes bonnes mana'ïche chaudes venues directement du furn et cette odeur de zaatar, tes knéfés et tes douceurs arabes, le vacarme de tes rues, tes klaxons pendant l'heure de la sieste, tes plages et montagnes, ta jeunesse dans les rues de Mar Mikhaël et de Gemmayzé... Jusqu'à tes trottoirs où l'on ne peut pas marcher à cause des excréments des chiens, l'odeur particulière de la pollution, tes problèmes d'électricité et d'eau, les jurons que l'on entend et que l'on prononce quand on conduit... Oui, tout ça me manque.
Mais tu m'as chassée. Tu m'as fermé la porte au nez, me disant que tu ne voulais plus être aidé. Tu m'as prouvé que, d'année en année, tu tombais de plus en plus.
Aujourd'hui, ton drapeau ne devrait contenir que du rouge, symbole de tout le sang de tes innocents que tu perds chaque jour.
À travers ces mots, je veux que tu saches que malgré ma déception, malgré mon départ que je ne peux te demander de me pardonner, je serai toujours là attendant le jour où tu décideras de te relever, et je serai la première à te faire avancer. Je ne t'ai pas abandonné, je te donne une chance, et je te donnerai toujours une dernière chance parce que je sais qu'au fond, tu veux mon bien, tu veux m'inculquer des valeurs encore plus fortes que celles que tu m'as déjà enseignées. Je le sais quand je vois cette minorité qui court de tous côtés pour t'aider.
Je le sais quand je vois tous ces jeunes se mobiliser pour reconstruire des quartiers que je ne sais qui a détruits.
Je le sais quand je vois tes fils et filles qui s'appliquent à trouver tes plus beaux sites et coins, et à en parler dans les médias. Je le sais quand je vois tes jeunes qui ne perdent pas le sourire.
Je le sais parce que tu me manques, que je ne cesse de penser à toi, je ne cesse de prendre de tes nouvelles et que j'ai toujours, au fond de moi, cet espoir qui me dit qu'un jour je reviendrai et que je t'aiderai à guérir. Je le sais, tout simplement, parce que, malgré les blessures et les cicatrices, je suis plus forte que ceux de ma génération qui vivent à l'étranger. Je le sais parce que ce que j'ai vécu avec toi m'a rendue plus forte, plus mature, plus solide.
J'attends juste le moment où tu accepteras de te faire aider. Je t'aime et je ne cesserai de t'aimer. Je reviendrai, je te le promets. Donne-moi ta main, fais-moi confiance et ensemble, nous te guérirons. Ensemble, nous hisserons tes voiles et nous naviguerons. Ensemble, nous saluerons haut ton cèdre enraciné dans tes belles montagnes.
Tu me manques, je t'aime et je t'attends.



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samedi 22 février 2014

Mon Liban à moi - L'Orient-Le Jour 21/2/2014

Mon Liban à moi n'est plus. Il est en train de s'enfoncer dans un marasme absolu, dans une violence abjecte à plusieurs niveaux et dans une déliquescence politique malgré l'apparence d'un renouvellement.
Mon Liban à moi est cependant un grand et beau pays. Petit par sa taille mais si fort par son esprit, par son histoire, par ses habitants, toujours souriant en dépit des difficultés du quotidien, par ses paysages bibliques, par sa nourriture fabuleuse, par sa mer chaude et accueillante... Par tant de choses qu'on oublie trop souvent.
Ce Liban que j'ai connu n'est plus. À la place s'installent en son sein des nébuleuses plus bêtes les unes que les autres, faisant régner la terreur sans raison valable, faisant trembler sa population qui n'a rien demandé, transformant une atmosphère jadis sécurisée en terrain de jeu pour monstres sans foi ni loi. Et en tuant par centaines trop d'innocents. À la place s'y installent des polémiques douteuses, au sujet d'un sein de trop, mal placé ou trop en vue, au lieu de révoltes qui seraient les bienvenues contre des faits divers bien trop nombreux et provoquant la mort inutile de mères de famille sans défense. À la place, ce pays qui pouvait être si tolérant se transforme en table de ping-pong où la religion remplace la balle éjectée sans arrêt d'un côté puis de l'autre, n'arrivant jamais à s'en détacher.
À quand un pays où la religion aide à vivre les êtres humains dans la sphère privée et non à mourir sur la place publique ? À quand une véritable tolérance où les différences constitueraient une richesse absolue et un partage intelligent du savoir ? À la place, ce pays réputé pour la solidarité à toute épreuve de son peuple se transforme en un État où une femme en chaise roulante se voit interdire de voyager à cause de son handicap, où une très belle sportive qui n'a rien demandé se voit jugée comme si elle avait commis un crime contre l'humanité, où des milliers de personnes n'arrivent pas à se soigner, à s'éduquer et à vivre en paix tout simplement.
Quand vas-tu te réveiller, mon Liban ? Ne crois-tu pas que tu t'es assez laissé aller et laissé faire ? Ne crois-tu pas que toutes ces initiatives privées, certes honorables, pour t'aider à aller mieux et t'aider à enfin t'unifier sont finalement inutiles ? Ne crois-tu pas qu'il est temps d'arrêter de tendre le bâton pour te faire battre ? De donner de la matière à tes voisins et tes détracteurs à travers le monde ? Ne crois-tu pas qu'il est temps une fois pour toutes de donner un bon coup de pied à tous ces emmerdeurs ?
N'as-tu pas envie de retrouver une réelle sérénité ? Une joie de vivre comme ce fut le cas, même si de manière éphémère, il n'y a pas si longtemps ?
N'en as-tu pas assez de voir tes enfants partir ? De voir tes personnes âgées dépérir ? De voir tes voitures sauter, tes enfants se faire tuer, tes richesses s'évaporer ?
Mon cher Liban, je ne te reconnais plus. Quand vas-tu me revenir ? Je pense à toi tous les jours en espérant te revoir comme je t'ai aimé. En espérant te voir te relever et chasser pour de bons les parasites non désirés. La solution est en toi et en personne d'autre.
Mon Liban à moi, s'il te plaît, n'oublie jamais de te battre pour exister.



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lundi 6 janvier 2014

Une carte participative pour recenser le patrimoine libanais - Anne ILCINKAS - L'Orient-Le Jour

L'un après l'autre, maisons traditionnelles et immeubles anciens disparaissent du paysage beyrouthin, victimes collatérales de la frénésie immobilière qui sévit dans la capitale libanaise. Pour garder une trace de ce patrimoine disparu ou en danger, l'Association pour la Protection du Patrimoine Libanais (APPL) vient de lancer une carte participative sur Internet visant à recenser les sites menacés, qu'ils soient naturels ou bâtis. L'objectif : sensibiliser les citoyens à la sauvegarde du patrimoine libanais, tout en constituant une base de données, des archives sur le sujet.


« La situation du patrimoine libanais est on ne peut plus lamentable, juge Pascale Ingea, présidente de l'association fondée en 2010. Il a en grande partie été détruit. Nous travaillons pour préserver ce qui reste. Mais le plus difficile, c'est de changer les mentalités, car tout le monde participe à la destruction du patrimoine, par ignorance souvent. C'est pour cette raison que nous cherchons à impliquer le citoyen dans la préservation des bâtiments traditionnels et des sites naturels. »
Chacun est donc invité à participer au projet en soumettant un rapport. Une photo d'un site, son emplacement, une description, un lien qui renvoie vers l'information... En quelques minutes, le tour est joué. À la manière de Wikipedia, la carte est enrichie et modifiée en permanence par les internautes en quelques clics, directement sur le site Internet, ou à travers une application pour Smartphone, Ushahidi.


Jusqu'à présent, 30 rapports ont été soumis, concernant des sites naturels – des bâtiments historiques, anciens et plus modernes, des sites archéologiques et religieux – et leur état de conservation : détruit, menacé, restauré, préservé...


« On nous signale des sites à risque, puis tout est vérifié par nos équipes », explique Pascale Ingea. Alertée, l'association peut ensuite agir. En 2013, l'APPL a par exemple présenté des recours auprès du Conseil d'État pour contester la décision de démantèlement de l'hippodrome romain de Beyrouth situé sur la parcelle 834 à Wadi Bou Jmil. Elle est aussi intervenue auprès de la municipalité de Beyrouth pour faire cesser des travaux de démolition de l'escalier Massaad ou d'un bâtiment traditionnel à Rmeil. Elle a porté plainte contre le ministère de la Culture suite à sa décision qui a entraîné la destruction de la maison Medawar (Amin Maalouf) à Badaro...
« Nous avons transmis beaucoup de dossiers aux tribunaux, précise la présidente de l'APPL. Des avocats volontaires nous aident. Au moins, nous tentons quelque chose, nous mettons des bâtons dans les roues de tous ceux qui essayent de détruire le patrimoine. »


L'association souhaite faire participer les municipalités et les encourager à poster sur la carte interactive les maisons traditionnelles, églises et mosquées situées sur leur territoire. Pascale Ingea espère provoquer un effet boule de neige, pour que le plus grand nombre soit mobilisé.
« Plus nous serons nombreux, plus notre force en matière de lobbying sera importante, et plus nous pourrons faire pression sur les parlementaires et les hommes politiques en général afin qu'ils votent des lois pour préserver le patrimoine libanais. Bien sûr, cela va prendre du temps, mais si nous ne travaillons pas, si nous baissons les bras, alors ce n'est plus la peine de rester au Liban. »

Pour mémoire

Des taxis gratuits à Beyrouth pour la nuit du Nouvel An

Bernard Mourad se mue en sauveur de vies avec son application mobile mySOS

Au Liban, une initiative recyclage intelligente et design

La flore du Liban désormais à portée de clic

Avec vos vieux vélos, vous pouvez faire le bonheur des enfants défavorisés au Liban

Cofondée par un Libanais, SportEasy, l'appli qui monte, qui monte...

Un Américain d'origine libanaise à la tête d'une instance de régulation bancaire



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vendredi 13 décembre 2013

Ahmad Faris al-Chidyaq ou la soif de progressisme - Les clés du Moyen-Orient

AHMAD FARIS AL-CHIDYAQ OU LA SOIF DE PROGRESSISME ARTICLE PUBLIÉ LE 09/12/2013

Chidyaq est une figure de la Nahda moins célèbre aujourd'hui que ses contemporains. Pourtant, il n'a pas été une figure secondaire de ce mouvement progressiste. À l'inverse de Tahtawi, ou de Khayr al-Din, il n'a pas reçu d'éducation musulmane dans son enfance, né dans une famille maronite libanaise.

Il ne sera donc pas une figure du réformisme musulman. Il ne vivra pas la religion comme un objet de pensée, mais plutôt comme un marqueur identitaire, et il en changera deux fois au cours de sa vie, se faisait tour à tour protestant puis musulman. C'est avant tout par l'effort qu'il a employé à introduire le concept de « socialisme » dans la langue arabe d'une part et à défendre les droits des femmes d'autre part, qu'il est resté célèbre.

Une enfance troublée par les conflits politico-religieux

Ahmad Faris al-Chidyaq est né en 1804, à Achkout, sur le Mont Liban, au sein d'une famille maronite qui avait donné aux gouverneurs de la région de nombreux conseillers. C'est ainsi, dans l'univers des notables maronites du Liban, que grandit Chidyaq. Pourtant, son enfance n'est pas de tout repos, et est marquée par de nombreux déplacements. Sa famille a en effet beaucoup souffert de l'injustice qui caractérisait au XIXe siècle le système des semi-féodaux. Un premier conflit politique coûte en effet la vie à son grand-père, avant que son père ne trouve la mort à Damas, lui aussi à la suite d'un différend politique. Si ces affaires étaient politiques, leur dimension religieuse est bien présente, et l'on peut dans une certaine mesure considérer que son père et son grand-père sont morts en raison de leurs croyances. Ces épreuves ont profondément marqué et affaibli Chidyaq. C'est ainsi que l'on peut comprendre sa décision de quitter le pays après une ultime affaire qui coûtera la vie à son frère cette fois-ci. Ce dernier, à la suite d'une rencontre avec un missionnaire américain, fait le choix de se convertir au protestantisme. Il est excommunié sur le champ, et retenu dans un Monastère où il trouve la mort dans des circonstances douteuses, en 1830. Profondément blessé par cette nouvelle perte, Chidyaq fait le choix de se convertir lui aussi au protestantisme, puis de quitter le Liban pour se rendre en Egypte.

Entre l'Egypte, Malte et l'Europe : le voyageur érudit et curieux

Au Caire, il enseigne l'arabe à des Américains de passage et obtient un certain succès à la cour de Muhammad 'Ali, puisqu'il succède à Tahtawi à la tête du journal officiel. Il y étudie également les fondements du fiqh [1]. à l'université d'Al-Azhar. En 1834, il entreprend un nouveau voyage, à Malte, où il séjourne à l'occasion de voyages réguliers, et enseigne l'arabe, jusqu'en 1848. C'est à cette date qu'il se rend en Europe, à la suite d'une invitation qu'il reçoit de la part d'un orientaliste, Samuel Lee. Ce dernier entreprend en effet à Cambridge une vaste entreprise de traduction de la Bible en arabe, à laquelle Chidyaq accepte de participer. Il fit du Royaume-Uni une seconde patrie, puisqu'il devint citoyen britannique et épousa en secondes noces une Anglaise, après la mort de sa première épouse, Egyptienne. Pourtant, il n'obtiendra pas le poste d'enseignement qu'il souhaitait et choisit alors de se rendre à Paris en 1855.
C'est dans cette ville, encore empreinte de l'esprit de 1848, que Chidyaq découvre le progressisme politique dans le socialisme. Il s'y intéresse avec passion, et fait sienne cette doctrine politique qu'il choisit d'introduire dans le monde arabe. Il offre au mot « socialisme » une traduction arabe à travers le néologisme Ishtirâqiyya.
En 1859, il se rend à Tunis, sur invitation du Bey. C'est au cours de ce séjour qu'il entreprend une seconde conversion religieuse, et se fait musulman, prenant le nom de « Ahmad ». À Tunis, participe à la publication du journal officiel. Sa période tunisienne sera de courte durée puisqu'il répond ensuite à l'invitation du sultan ottoman, et se rend à Constantinople.

La défense la langue arabe

C'est à Constantinople qu'il passera les dernières années de sa vie, impliqué dans les travaux de l'imprimerie du sultan et dans la publication d'un hebdomadaire en langue arabe, soutenu financièrement par les autorités égyptiennes et tunisiennes, qui trouvent à travers ce canal un moyen de soutenir la culture arabe qu'elles jugent menacée par la place grandissante de la langue turque.
Chidyaq est très impliqué dans la défense de la langue et de la culture arabes, ce qui en fait l'un des pionniers de la littérature arabe moderne. Il ne se contente pas de participer à des traductions ou publications de journaux, et s'engage dans un vaste travail d'écriture. Il produit ainsi une œuvre importante, qui est aujourd'hui considérée comme l'une des plus importante de la littérature arabe. Un de ses livres majeurs s'intitule Soulever le voile. Il s'agit d'une réflexion sur les créations artistiques européennes prenant pour fondement l'Orient, qui se trouve être un Orient mythifié. Il s'attaque aux « orientalistes », qu'il juge incompétents, se faisant un ancêtre lointain de l'œuvre d'Edward Saïd.

La jambe sur la jambe : un manifeste pour la libération des mœurs

Parmi toute son œuvre, le livre qui marquera le plus la postérité demeure La jambe sur la jambe pour connaître Faryaq, qu'il publie à Paris, en 1855, au cours de sa période parisienne et socialiste, qui sera très féconde sur le plan intellectuel. Il s'agit d'un livre emblématique de la modernité arabe, aussi bien sur la forme que sur le fond. D'un point de vue formel, le texte frappe par le mélange des genres. C'est un ouvrage qui se situe entre l'autobiographie et la fiction. Le nom du personnage « Faryaq » est construit à partir du nom de l'auteur lui-même puisqu'il provient de la réunion de la première syllabe de son prénom (Faris) et de la dernière syllabe de son nom (Chidyaq
).
Sur le fond, ensuite, le livre étonne par son caractère extrêmement subversif. La partie autobiographique est assez érotique, comme le laissait penser le titre de l'ouvrage. Il raconte son périple européen sous une forme fictionnelle, en adoptant un point de vue très libertin. Ce livre aurait pu demeurer amusant, et étonnant, mais il ne se contente pas de surprendre par sa crudité. Il surprend également par la puissance subversive des passages qui abordent la question de la place des femmes dans les sociétés arabes, et de leurs droits.
On trouve ainsi la mise en scène d'un débat en Faryaq et son alter ego féminin Faryaqa. Cette dernière revendique avec raison un certain nombre de droits, que Chidyaq énonce de sorte à les rendre parfaitement légitimes. Qualifier sa pensée de « féministe » est anachronique, et nous ne tomberons pas dans cet écueil. Il n'en demeure pas moins que Chidyaq revendique une égalité totale des sexes, dans tous les domaines. Ainsi, il soutient vigoureusement le droit des femmes à travailler et à obtenir leur indépendance financière. Il prône la reconnaissance de leur faculté à raisonner et à intervenir dans les affaires politiques. Si cet ouvrage est demeuré si célèbre, c'est également du fait de la liberté avec laquelle Chidyaq revendique également des droits charnels pour la femme. Il énonce explicitement un droit des femmes au plaisir sexuel, et pose le droit pour une femme mariée d'avoir des relations extraconjugales si son mari ne remplit pas ses devoirs conjugaux. Si l'on se souvient que c'est dans un ouvrage de 1855 que Chidyaq énonce cela, l'on se trouve presque confronté à une incompréhension, tant le caractère progressiste de ses propos contraste avec l'idée que l'on se fait d'un XIXe siècle arabe. Cela est d'autant plus remarquable qu'au cours de ses conversions religieuses, au protestantisme, puis à l'islam, Chidyaq n'a jamais renié ses ouvrages.

Voilà donc un homme surprenant, traversé par les diversités religieuses, et culturelles, qui fait figure de libre-penseur véritable. Tantôt Libanais, tantôt sujet britannique, il nait chrétien, vit protestant, et meurt musulman, après avoir parcouru l'Egypte, la Tunisie, le Royaume-Uni et la France, où il s'est essayé au socialisme, sans jamais avoir de fonction politique véritable. Un signe de la difficulté que l'on a à classer Chidyaq est l'embarras que ses contemporains ont eu lors du rapatriement de sa dépouille au Liban, à sa mort en 1887. Comment enterrer cet homme qui a connu de multiples appartenances ? C'est finalement sur sa terre natale qu'il est inhumé, au cours d'une cérémonie multireligieuse, pendant laquelle sont prononcées des prières chrétiennes et musulmanes. Sa sépulture est quant à elle dépourvue de symboles religieux.

Bibliographie

- Faris Chidyaq, La jambe sur la jambe, 1991, Phébus.
- Boutros Hallaq, « L'humanisme à l'heure de la Nahda, Ahmad Faris al-Chidyaq », in. Nicole Hatem, Annie Ibrahim, Lumières orientales et Orient des Lumières, 2010, L'Harmattan.
- Cours de Samy Dorlian, « Histoire des idées politiques dans le monde arabe », ENS, 2012

[1Le droit islamique



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mardi 10 décembre 2013

La flore du Liban désormais à portée de clic - Anne ILCINKAS - L'Orient-Le Jour

Œ9/12/2013-La flore du Liban désormais à portée de clic

Botanistes, écologistes, généticiens des plantes et amateurs libanais de plantes peuvent se réjouir. Les informations sur la flore libanaise étaient dispersées et généralement inaccessibles. Ce n'est plus le cas. Le Département Sciences de la Vie et de la Terre de la Faculté des sciences de Université Saint-Joseph de Beyrouth vient de lancer son site Internet sur la flore du Liban (www.lebanon-flora.org), une encyclopédie collaborative en libre accès, qui recense 40 à 50% des espèces présentes au Liban, précisant pour chacune d'entre elles identité taxonomique, état de conservation, distribution géographique...

D'après les dernières études (Tohmé et Tohmé 2006), plus de 2600 espèces de plantes à fleur sont répertoriées dans le pays, et parmi elles 103 sont endémiques. Mais aucun inventaire complet n'ayant été dressé, le nombre total d'espèces de plantes devrait plutôt avoisiner les 3000.

Sur Lebanon Flora, l'internaute peut faire des recherches par nom d'espèce, scientifique ou commun, par couleur ou distribution géographique. Le site donne aussi des informations sur les périodes de floraison.

« Le projet date de 2007, explique Magda Bou Dagher-Kharrat, directrice du laboratoire. Nous avons voulu partager toutes les données sur la flore libanaise que nous avons pu récolter lors de nos sorties de terrain. L'intérêt est de les fédérer pour faire avancer la science et sensibiliser à la conservation des plantes. Le but est aussi de valoriser notre flore, une véritable richesse naturelle. »

En effet, la flore du Liban est riche, mais menacée, « à court terme, par l'urbanisation, la diminution des forêts et des écosystèmes naturels, et à plus long terme, par le réchauffement climatique, qui est problématique, surtout pour les espèces endémiques de haute altitude qui ne pourront pas migrer plus haut », explique l'universitaire, qui a reçu en 2008 le prix Unesco - L'Oréal pour son projet, portant sur l'évaluation et la valorisation de la flore du Liban.

Le Liban fait partie du bassin méditerranéen, un des 34 points chauds (hotspots) de la biodiversité, ces zones géographiques, terrestres ou marines, possédant une grande richesse de biodiversité particulièrement menacée par l'activité humaine. La définition de ces "points chauds" donnée par Conservation International (2004) est celle d'une zone qui contient au moins 1500 espèces de plantes vasculaires (qui possèdent des vaisseaux conducteurs) endémiques et qui a perdu au moins 70 % de sa végétation primaire.

« Au Liban, beaucoup d'espèces restent encore à découvrir, précise Magda Bou Dagher-Kharrat, sans compter toutes celles qui ont déjà disparu avant d'être répertoriées. La base de données est évolutive et participative. Nous faisons appel à toute personne qui a des photos de plantes géoréférencées (c'est-à-dire comportant la date et le lieu de la prise de vue) pour les télécharger sur le site et enrichir ainsi la base de données. Le réseau de botanique francophone, Tela Botanica, partenaire du projet, mettra prochainement à disposition son "Carnet en ligne" adapté à la flore du Liban afin que les botanistes de terrain puissent télécharger leurs photos sur le site. Des experts issus de la communauté scientifique libanaise et internationale vérifieront les données, chacun intervenant dans son domaine d'expertise, qu'il soit spécialiste des orchidées ou des conifères par exemple. »

Parallèlement à ce travail visant à mettre en ligne le premier site répertoriant la flore libanaise, Magda Bou Dagher Kharrat et son équipe souhaitent créer des micro réserves, à Ehmej (Jbeil), Baskinta (Mont-Liban) et Sarada (Nabatieh), pour y protéger la flore. « On vient de commencer à préparer le cadre législatif, précise la professeur spécialiste en biologie moléculaire des plantes. Le site internet nous aidera aussi à mettre en place les Zones Importantes pour les Plantes (ZIP), des endroits au Liban où la diversité est riche et menacée, des zones prioritaires de conservation. » Non moins de 207 ZIP ont été déterminées par des botanistes et des scientifiques du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord, et parmi elles, 20 se trouvent au Liban. 

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mercredi 20 novembre 2013

Retour du Liban au Comité du patrimoine mondial de l’Unesco - L'Orient-Le Jour


21/11/2013-Retour du Liban au Comité du patrimoine à l'Unesco
 

À la suite d'une campagne électorale menée par l'ambassadeur Khalil Karam, délégué permanent du Liban auprès de l'Unesco et de son équipe, le Liban a été élu dès le premier tour, par 86 voix, au Comité du patrimoine mondial de l'Unesco.
Composé de 21 pays membres, le Comité du patrimoine mondial est responsable de la mise en œuvre de la Convention du patrimoine mondial. Il détermine l'utilisation du Fonds du patrimoine mondial et décide de l'inscription des sites sur la liste du patrimoine mondial, le programme le plus prestigieux de l'Unesco.
Le Liban compte cinq sites classés sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco : Baalbeck, Anjar, Tyr, Byblos et la vallée de la Qadisha avec les cèdres du Liban. Cette inscription suppose la préservation et le respect d'une réglementation stricte que le Comité est chargé de superviser. Le manquement à ses obligations peut entraîner la mise en péril du site ou sa radiation de la liste.
Le Liban, qui avait déjà siégé à ce Comité de 1993 à 1997 et de 2001 à 2005, sera représenté par l'architecte urbaniste Jad Tabet. Par cette élection, il est fier de pouvoir contribuer à la conservation et à la mise en valeur des sites mondiaux de l'Unesco.


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mardi 22 octobre 2013

Si le Liban m’était conté | Opinions | L'Orient-Le Jour

Si le Liban m'était conté
Avant de créer la terre, le Seigneur fit d'abord le Liban comme prototype de perfection... Il est de fait que notre Liban présente un contraste étrange avec le reste du Moyen-Orient. Il ne ressemble à aucun de ses proches voisins, ne vote ni ne réagit comme eux.
Dans une région caractérisée par des déserts plats, brûlants et sans eaux abondantes, ses forêts encore oasis de fraîcheur, avec ses montagnes de plus de 3000 mètres, ses eaux abondantes, ses forêts encore verdoyantes malgré les incendies. Son manteau de neige abondante est d'une telle profusion que le pays depuis plusieurs décennies est devenu un centre de sports d'hiver. On peut se croire en Suisse ou sur la Riviera et l'on n'est point surpris de s'entendre dire que, selon une légende libanaise, c'est là que se trouvait le paradis terrestre et non sur ce territoire aujourd'hui tellement désolé de l'Irak où, généralement, on le situait. Jamais les habitants de l'antique Phénicie n'ont rompu les liens qui, depuis les croisades, les unissent à l'Occident et aujourd'hui à l'Orient. Les habitants du Liban se disent arabes, parlent l'arabe et font partie de la Ligue arabe au même titre que les autres habitants des pays arabes. Le Liban est l'État du Proche-Orient où prédominent la chrétienté et l'islam, deux grandes communautés vivant ensemble, en union, la main dans la main.
De tous les pays arabes, le Liban est sans contexte le plus cultivé. Il est aussi le premier sur le plan culturel et le plus évolué sur le plan technique et commercial. Les femmes libanaises étaient les premières de tout le Moyen-Orient à obtenir le droit de vote. Le Liban possède, en outre, des bâtiments d'une architecture si hardie qu'on vient de l'étranger les étudier, immeubles ultramodernes construits après les années de guerre. Sa démocratie, de style occidental, est, en dépit de quelques imperfections, la mieux établie du monde arabe.

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Aucun autre sol au monde n'est sans doute plus riche en souvenirs historiques. Ici vécurent nos plus prestigieux ancêtres libanais, ceux qui s'appelaient cananéens, ainsi que les nomme également la Bible, et dont la plupart des historiens n'ont retenu que le nom ultérieur de «Phéniciens». Dans cet étroit mais opulent couloir s'élèvent nos métropoles: Tyr, Sidon et Byblos. Contiguë à cette bande côtière se trouve la région haute, rocailleuse, désolée et magnifique dont la Bible chante si souvent les louanges : les monts du Liban. À la neige qui les couronne, le pays tout entier doit son nom (qui procède de la racine verbale sémitique «laban», «être blanc») et les Libanais se disent encore, non sans fierté, «fils de la montagne». Et c'est sur ses flancs que croissait — et croît encore – le symbole national, le fameux cèdre du Liban auquel ce pays doit sa première mention dans l'histoire (on en trouve trace dans les hiéroglyphes égyptiens, vers l'an 2650 avant J-C, lorsqu'un pharaon fit venir de Phénicie 40 navires chargés de cèdres), la première chose que de nos jours demandent à voir les touristes étrangers.
Au-delà de cette montagne s'étend cette merveilleuse et haute vallée qu'est la Békaa, célèbre depuis le début des temps historiques pour son incomparable fertilité. On dit que Caïn et Abel y vécurent et la légende libanaise veut que l'arche de Noé s'y soit arrêtée. On vous y montrera même la tombe du patriarche.
La couche, la moins importante, stérile et désolée, produit bien peu. Mais c'est sur son territoire que court la frontière qui sépare le Liban de la Syrie et c'est là que naît le Jourdain, le fleuve sacré.
Baalbeck (l'ancienne Héliopolis), qui se dresse comme une cité de rêve au cœur de la vallée plate et riche de la Békaa, a de tout temps été une ville sainte. Selon la légende elle fut bâtie par Caïn centre trente-trois ans après la création et elle était peuplée de géants dont les péchés furent la cause du déluge. Ses temples magnifiques, dédiés à Jupiter, à Vénus, à Mercure, furent construits par les empereurs romains dès les Ier et IIe siècles après J-C. On dit d'eux, avec tout juste une légère pointe d'exagération, qu'ils étaient «les plus émouvants de tous les vestiges romains, y compris Rome elle-même». Ces ruines majestueuses constituent le plus étonnant des théâtres, où se déroule le Festival annuel de Baalbeck, qui chaque année (sauf exception en 2013) attire une foule plus en plus nombreuse. Les plus célèbres orchestres, musiciens et troupes théâtrales d'Europe y jouent dans l'incomparable décor de ces temples subtilement éclairés dans la nuit orientale.
Byblos (l'actuelle Jbeil) est aujourd'hui une petite ville côtière qui prétend être le lieu de la terre le plus anciennement habité en permanence. Les archéologues, en fouillant son sol, ont successivement mis au jour les traces de quantité de civilisations pour découvrir finalement des ruines datant d'au moins trois mille deux cents ans avant l'ère chrétienne. C'est du nom de cette ville que nous vient le mot «Bible». Byblos était célèbre jadis pour les papyrus qu'elle exportait et les Grecs avaient pris l'habitude de nommer «biblion» tous les livres en papyrus. Et, par un détour étymologique, l'appellation «le Livre» est devenu «la Bible».
L'Occident doit une incroyable quantité de bienfaits à cette minuscule bande côtière. Les Phéniciens en effet lui ont légué l'usage de la longitude, de la latitude et des cartes marines, ainsi que l'emploi de la pourpre pour les personnes de haut rang et probablement aussi la culture de l'olivier et de la vigne. Ils lui ont également transmis un système de numération duodécimal qui emploie 12 comme base au lieu de 10 et dont on retrouve trace dans les «12 pouces du pied de mesure», dans les «12 mois de l'année», «les 12 pence du shilling anglais». Ils ont même donné son nom à l'Europe, car, selon la mythologie, Europe était une princesse phénicienne.
Mais le plus important des dons que nous fit cette région de la terre, nous le retrouvons dans chacune des lettres que nous lisons et écrivons présentement: l'alphabet. Par ailleurs, le christianisme prit très tôt racine dans ce pays. Le Christ, se dirigeant vers le Nord, vint jusqu'à Sidon, ville près de laquelle «il chassa les démons du corps d'une jeune fille». Tyr se vantait de posséder la première communauté chrétienne qui ait reçu la visite de saint Paul, auteur des Épîtres, base de la théologie.
Depuis quatre mille ans les habitants de ce pays ont la réputation d'être avant tout des commerçants. Personne au monde, s'émerveillaient à dire les étrangers vivant à Beyrouth, ne peut battre un Libanais en affaires!
Les Libanais réussissent si bien dans le métier d'intermédiaire qu'ils répugnent à engager de gros capitaux à longue échéance pour un revenu relativement modeste, ce qu'exigerait par exemple l'équipement industriel du pays. C'est pourquoi le Liban ne possède que des industries légères : alimentation, confiserie, habillement, brasserie, grande quantité d'usines textiles, cimenterie, etc.
«Jetez une pierre sur n'importe quelle foule à Beyrouth, prétend un dicton, et vous êtes sûr d'atteindre au hasard un religieux ou un moine.» Il est de fait qu'il n'existe probablement pas de pays aussi petit qui présente une mosaïque aussi fantastique de religions, de rites et de sectes.
C'est, en dehors de Rome, la seule ville qui entretient une véritable armée d'archevêques, d'archimandrites, d'ulémas, d'imams et de patriarches. Le Liban est aujourd'hui la plaque tournante et la charnière du Moyen-Orient.

Sylvain THOMAS



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vendredi 18 octobre 2013

Le Liban : géographie d’un Etat multiconfessionnel - Les clés du Moyen-Orient


LE LIBAN : GÉOGRAPHIE D'UN ETAT MULTICONFESSIONNEL ARTICLE PUBLIÉ LE 16/10/2013

Ce premier article de notre dossier sur le Liban s'attache à la cartographie des confessions religieuses.

Cette tâche n'est pas chose aisée, du fait de l'absence de recensement officiel depuis les années 1930, absence elle-même due au caractère multiconfessionnel du pays. La publication de données démographiques pourrait en effet entrainer des revendications de la part de certaines confessions et ainsi briser l'équilibre très fragile établi depuis la fin de la guerre civile (1975-1990). Pour cerner la répartition des confessions sur le territoire libanais (III), il est d'abord nécessaire de se pencher sur les racines historiques du multiconfessionnalisme (I), puis d'adopter un regard critique vis-à-vis des statistiques (II).

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Carte : Répartition des confessions religieuses au Liban sur la base des listes électorales de 2000


I – Les origines du multiconfessionnalisme

• Les origines historiques : Mont-Liban et villes côtières

La répartition des confessions religieuses est en grande partie liée à l'histoire et à la topographie du territoire libanais.

Les maronites, chrétiens d'Orient ayant refusé de s'inféoder au rite byzantin s'installent dès le Vème siècle dans les montagnes du Liban. Après les croisades, ils s'ouvrent sur l'Occident (ralliement à Rome au XIIème siècle). Cependant, ils gardent leurs particularités, comme le rite en langue syriaque ou arabe, et la localisation dans le Mont-Liban. Ils partagent d'ailleurs cet espace montagneux avec la communauté druze, qui pratique un rite dérivé de la branche ismaélienne, elle-même dérivée du courant chiite. Les Druzes se sont réfugiés dans la région du Chouf, au Sud du Mont-Liban, fuyant les persécutions réalisées contre les branches hétérodoxes de l'Islam, et ont développé une société féodale complexe. Enfin, la troisième communauté présente dans les montagnes est la communauté chiite. Ces trois communautés vivent en symbiose et connaissent leur apogée au XVIème siècle, avec l'avènement de ce qu'on pourrait voir comme la première entité politique libanaise : l'Emirat druze des maanides, qui culmine sous l'émir Fakhreddine (1590-1635).

A côté de cette société des montagnes, refuge des religions hétérodoxes, Georges Corm (1986) relève l'existence d'une société des villes en tous points opposée. Les villes situées sur le littoral de l'actuel Liban sont sous administration directe de l'Empire ottoman, et ne bénéficient pas de l'autonomie relative de la région montagneuse enclavée. Ces villes sont majoritairement peuplées par des sunnites et des grecs orthodoxes, comme toutes les villes du Moyen-Orient. Les villes ne commencent à accueillir des habitants des montagnes qu'à la fin du XIXème siècle.

C'est avec le mandat français après la Première Guerre mondiale, et la constitution du « Grand Liban » (le Liban actuel) que les villes côtières vont être rattachées à la montagne. C'est à partir de là que le confessionnalisme va s'institutionnaliser et devenir un fondement de la vie politique libanaise. Cela va accentuer les tensions au sein du pays, pour aboutir à la guerre civile, ce que nous verrons dans un prochain volet. Pour G. Corm, cette institutionnalisation du confessionnalisme, loin de permettre la coexistence pacifique entre les communautés, est le signal de la ruine du Liban. Désormais, le confessionnalisme sera un argument utilisé abondamment par les familles et les clans en lutte pour le pouvoir. Par ailleurs, il va contribuer à créer des représentations erronées, d'une part parmi les Libanais, engendrant la haine de l'autre, et d'autre part au sein de l'opinion mondiale, ayant des visions manichéennes simplificatrices.

• Un multiconfessionnalisme institutionnalisé

Sous le mandat français, une Constitution est promulguée en mai 1926. Celle-ci met en place un régime républicain, avec une Chambre des députés dont les sièges sont répartis en fonction des communautés. En novembre 1943, dans le contexte de l'attente de l'indépendance (accordée par la France en 1936 mais pas encore effective), le président maronite nouvellement élu, Becharra el-Khoury, et son président du Conseil sunnite, Riad es-Solh, engagent une réflexion qui aboutira au « Pacte national ». Celui-ci répartit les fonctions politiques et administratives entre les différentes confessions. Ainsi, le président de la République sera maronite, le président du Conseil, sunnite, et le président de la Chambre des députés, chiite. Le Pacte national est remis en cause avec la violente guerre civile, qui éclate en 1975.

Les élections se déroulent donc sur une base confessionnelle. Depuis les accords de Taëf (22 octobre 1989), conclus pour mettre fin à la guerre civile et réconcilier le pays, le Parlement se compose de 128 députés, 64 chrétiens et 64 musulmans. Parmi les députés chrétiens, il y a 34 députés maronites. Les députés musulmans comportent 27 chiites et 27 sunnites. Le territoire libanais est divisé en circonscriptions, les caza, remplacées partiellement par les mouhafazas (circonscriptions de plus grandes tailles) à partir des élections de 1992. Dans chaque circonscription, des places de députés sont réservées pour chaque communauté. Par exemple, les électeurs du caza du Chouf (Sud de Beyrouth) doivent élire trois députés maronites, deux députés druzes, deux députés sunnites, et un député grec catholique. Ainsi, il s'agit pour chaque député d'une confession de convaincre les électeurs de toutes les autres confessions, ce qui, pour Debié et Pieter (2003), augmente le clientélisme et favorise la mainmise de grandes familles sur la politique locale. Le découpage des circonscriptions est aussi dicté par des stratégies électorales liées aux confessions. Par exemple, dans le Sud-Liban, deux mouhafazat ont été réunis pour permettre l'élection plus facile de la liste Hezbollah-Amal (partis chiites).

II – Un imbroglio statistique

Avant d'étudier la répartition des confessions au Liban, il faut souligner la grande incertitude qui entoure l'évaluation de la population. Toutes les conclusions seront donc à prendre avec prudence et regard critique.

• L'absence de recensement

La principale raison de l'absence de recensement au Liban est la suivante : dans un pays où l'équilibre confessionnel fragile s'est déjà rompu, provoquant une guerre civile sanglante, de nouveaux comptages de la population risqueraient de mettre au jour la dichotomie entre la représentation confessionnelle et la situation démographique réelle du pays. Cela risquerait de provoquer le mécontentement de certains groupes, qui se sentiraient mal représentés, et les tensions seraient susceptibles de ressurgir.

Dans leur Atlas du Liban (2007), Eric Verdeil et ses collaborateurs recensent les différents comptages de la population depuis le mandat français. Trois comptages ont été réalisés sous le mandat français, dont le seul recensement de l'histoire du Liban, en 1932 (excluant les Libanais émigrés). Après cette date, plus aucun recensement n'a été réalisé. Les chiffres reposent sur des extrapolations ou des sondages. Sous la présidence de Fouad Chéhab, des enquêtes sont réalisées, comme celle de 1970, qui estime la population à partir de la population résidente. Après la guerre, deux enquêtes réalisées à un an d'intervalle (1996 et 1997) donnent des résultats très différents (écart de près de 25% pour la mesure de population totale : 3 millions d'habitants pour la première, et 4 millions pour la deuxième). Les études réalisées par des universités dans les années 2000 divergent également.

Les divergences dans ces évaluations s'expliquent de plusieurs manières. D'abord, les résidences principales n'ont pas bien été recensées, ce qui affecte la mesure de la population totale. Ensuite, le poids de l'émigration est difficile à cerner. Enfin, le poids de l'immigration constitue une incertitude de taille, tout comme celui de l'immigration.

• Un moyen alternatif mais avec des limites : les listes électorales

Si le recensement n'existe pas au Liban, des données partielles renseignent sur l'évolution de la structure confessionnelle du pays. Parmi celles-ci, les données électorales sont les plus pertinentes.

Il faut cependant garder à l'esprit les limites de ces données. Celles-ci ne recensent que les Libanais inscrits sur les listes électorales.
- Par conséquent, les moins de 21 ans (n'ayant pas le droit de vote), ne sont pas comptés. Cela constitue un biais non négligeable, notamment pour les populations musulmanes, qui ont a priori une structure par âge plus jeune que les populations chrétiennes. Par ailleurs, les immigrés qui ne possèdent pas la nationalité libanaise ne sont pas inscrits sur les listes, et donc ne sont pas comptés dans les estimations. Cela concerne surtout les Palestiniens qui sont arrivés par vagues en 1949 (Première guerre israélo-arabe), 1967 (Guerre des Six-Jours) et 1970 (Septembre noir en Jordanie), les Syriens, mais aussi les nouvelles migrations économiques, comme celles des Philippines, employées comme personnel domestique dans les grandes villes.
- A l'inverse, des Libanais peuvent encore être inscrits sur les listes et avoir émigré. Cela engendre un biais, notamment pour les populations chrétiennes et arméniennes, qui ont le plus quitté le Liban. Si elles ne se sont pas désinscrites des listes, elles sont encore comptées dans les évaluations.

III – Géographie confessionnelle du Liban

Malgré les imperfections de la base de données électorale, on peut tenter de localiser les minorités. On remarque que celles-ci occupent des territoires assez différenciés dans l'espace, lié à l'héritage historique développé précédemment. Toutefois, elles s'enchevêtrent : un territoire n'est jamais homogène du point de vue de la confession ; il y a toujours une confession majoritaire et une/des confession(s) minoritaire(s). Nous nous basons ici sur la base de données électorale de l'année 2000, qui est traitée par E. Verdeil dans l'Atlas du Liban.

• Une répartition différenciée non homogène

Les sunnites sont très présents dans les grandes villes. Ils sont nettement majoritaires à Saïda et Tripoli, et forment le premier groupe confessionnel à Beyrouth. En milieu rural, ils sont principalement regroupés dans l'Akkar, à l'extrême nord et dans le Sud de la Bekaa (plaine comprise entre Mont-Liban et l'Anti-Liban). Les chiites sont très concentrés dans le Sud du pays (Jabat Amil) et dans le Nord de la Bekaa, autour de Baalbek. Ils sont traditionnellement absents des villes, sauf à Beyrouth et sa banlieue, où la communauté est importante. Le peuplement druze se concentre au Sud du Mont-Liban, dans le Chouf et la région d'Aley, comme à ses origines. Les Druzes sont aussi présents sur les piémonts du mont Hermon, dans la partie Sud de l'Anti-Liban. Les Alaouites sont peu nombreux au Liban. Ils sont présents dans le Nord du pays, dans la continuité de leur principal foyer, le Jabal Ansariyeh (côte nord-ouest de la Syrie).

Les communautés chrétiennes sont aussi fortement concentrées. Les maronites sont fortement implantés sur le versant occidental du Mont-Liban. Ils sont majoritaires sur l'espace allant du nord de Beyrouth à Zhgorta, tandis qu'ils se mélangent avec les druzes dans la périphérie Est et Sud de Beyrouth, avec les grecs-orthodoxes dans la région de Zhgorta et de Baabda, et avec les chiites aux alentours de Jezzine. Les Eglises grecques sont le plus souvent minoritaires sur leur territoire. Les Grecs orthodoxes forment traditionnellement de fortes communautés dans les grandes villes littorales (Tripoli, Beyrouth). Sinon, ils sont présents dans le Mont-Liban central, à côté des Druzes et Maronites, au Sud Est du pays et dans l'extrême nord (Akkar). Les Grecs catholiques melkites sont présents dans les villes de Zahleh, Saïda et Tyr, et dans une moindre mesure à Beyrouth. En milieu rural, ils sont éparpillés dans le Sud du Mont-Liban, autour de Jezzine, et dans le Nord de la Bekaa. Enfin, les communautés arméniennes (arrivées majoritairement d'Anatolie après la Première Guerre mondiale, où elles ont fui les massacres perpétrés par les Turcs), sont concentrées à Beyrouth et dans la Bekaa centrale.

• Mobilité des populations : émigration, exil, retour

Il ne faudrait pas voir les communautés implantées dans leur territoire local de façon immuable. Celles-ci sont mobiles. Outre l'émigration des populations, la guerre civile a provoqué des déplacements forcés de populations à l'intérieur du territoire. A Beyrouth, de forts mouvements de population ont été enregistrés : la population musulmane a migré vers Beyrouth-Ouest, tandis que la population chrétienne s'est installée dans les quartiers Est et Nord. Il en résulte une forte homogénéisation confessionnelle de la ville, alors séparée par une ligne de démarcation. Le clivage a suivi la guerre : en 1994, seuls 10% des déplacements effectués dans la ville franchissaient l'ancienne ligne de démarcation. Cela met en évidence les barrières qui sont restées dans les mentalités. La guerre a aussi touché le Chouf (Sud du Mont-Liban) lors de la guerre de la Montagne (1982-84), opposant les Druzes aux Phalanges chrétiennes. Dans le Sud Liban, l'avancée de l'armée israélienne a entrainé la venue d'un fort contingent de chiites vers les banlieues de Beyrouth. Le reste du Liban est aussi marqué par les mouvements de population, même s'ils sont moindres : à Tripoli, de nombreux chrétiens se replient vers Zghorta ; dans la Bekaa, le clivage entre Zahleh et sa banlieue se durcit ; près de Baalbek, les villages chrétiens perdent aussi de leur population.

Après la guerre, le gouvernement a mis en place une « politique des déplacés », pour permettre à ceux qui avaient connu l'exode forcé pendant la guerre de retourner dans leur lieux de vie initiaux. Ses résultats n'ont pas été mesurés, faute de données sur la population. Cependant, une enquête d'une ONG, l'Institut libanais pour le développement économique et social (ILDES), semblerait montrer que la réalité du retour est faible, et ne concerne qu'environ 20% des populations déplacées pendant la guerre. Cette politique a été entachée de pratiques clientélistes, arbitraires dans la distribution des fonds, et d'un manque de transparence.

• L'évolution relative des différentes confessions

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Graphique emprunté à l'Atlas du Liban, Eric Verdeil dir. (2007), p. 81.

Sur le graphique, on voit l'estimation de l'évolution du rapport confessionnel. Avec toutes les réserves que l'on peut émettre sur les chiffres, la part de la population chrétienne aurait baissé de 60% en 1932 à 35 % en 2006, tandis que la part de la population musulmane aurait augmenté de 40% à 65%.

Bibliographie

- Georges CORM, Géopolitique du conflit libanais, Paris, La Découverte, 1986.

- Franck DEBIÉ et Danuta PIETER, La paix et la crise : le Liban reconstruit ?, Paris, PUF, 2003.

- Eric VERDEIL, Ghaleb FAOUR et Sébastien VELUT, Atlas du Liban, Institut français du Proche-Orient, CNRS Liban, 2007.

- « Le Liban », par Yara Khoury et Anne-Lucie Chaigne-Oudin,
http://www.lesclesdumoyenorient.com/Liban.html#empireottoman

Plus de détails sur les confessions :

- Les chrétiens d'Orient : http://www.lesclesdumoyenorient.com/Les-Chretiens-d-Orient-la.html puis http://www.lesclesdumoyenorient.com/Les-Chretiens-d-Orient-du-VIIeme.html

- Les Maronites : http://www.lesclesdumoyenorient.com/Maronites.html

- Les Druzes : http://www.lesclesdumoyenorient.com/Druzes.html

- Les Alaouites : http://www.lesclesdumoyenorient.com/Les-Alaouites-et-la-crise.html

- Les Sunnites et les Chiites : http://www.lesclesdumoyenorient.com/Sunnites-et-chiites-dans-l-Orient.html, http://www.lesclesdumoyenorient.com/Sunnites-et-chiites-a-l-epoque.html, http://www.lesclesdumoyenorient.com/Sunnites-et-chiites-a-l-epoque,1117.html



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