dimanche 21 juin 2015

Du Liban patrie définitive - Mona FAYAD - L'Orient-Le Jour

Du Liban patrie définitive - Mona FAYAD - L'Orient-Le Jour

Du Liban patrie définitive

Mona Fayad.

Dans son récit sur deux des plus grandes périodes de l'histoire de l'humanité, pharaonique et mésopotamienne, le spécialiste de l'histoire de l'art E. H. Gombrich commente ainsi l'image saisissante que constitue cette suite de lettres de l'alphabet alignées sans aucune logique : « Je peux lire. » « N'est-ce pas extraordinaire ?
Avec 26 symboles basiques, dont la plupart ne sont formés que d'un couple de courbes, il est ainsi possible d'écrire tout ce que l'on souhaite... » écrit en substance Gombrich, dans sa Petite histoire du monde. « (...) L'idée que chaque symbole exprime une voix et que 26 de ces signes seulement soient suffisants pour écrire n'importe quel mot était une invention tout à fait nouvelle. Seules des personnes ayant beaucoup pratiqué l'écriture pouvaient en être à l'origine – et non seulement l'écriture des textes sacrés et des cantiques, mais tout genre de messages, de contrats et de transactions commerciales. Ces inventeurs étaient des commerçants qui voyageaient longtemps par mer et qui faisaient des affaires dans tous les pays. Ils vivaient proches des juifs, dans les ports de Tyr et de Saïda, des cités beaucoup plus grandes et plus puissantes que Jérusalem, et aussi bruyantes et animées que Babylone. Ce sont les Phéniciens ! (...) » ajoute-t-il.

Dans les livres où nous avons appris l'histoire, la découverte de la couleur pourpre est aussi importante que l'invention de l'alphabet, sinon plus. C'est parce que cette couleur formidable reste gravée au fond de notre rétine, dans notre mémoire visuelle *.
Cette équivalence fait cependant de l'invention de l'alphabet un événement naturel et léger, similaire à la découverte de n'importe quelle couleur. Cet événement n'a ni la place ni l'ampleur qu'il mérite dans notre conscience. Jusqu'à présent, nous ne saisissons pas l'importance du saut qualitatif qu'a représenté l'alphabet au niveau de la conscience humaine, comme le souligne le professeur canadien Marshall McLuhan, qui s'est illustré à travers son ouvrage La Galaxie Gutenberg. Dans cet ouvrage, qui vise à « comprendre les moyens de communication », McLuhan évoque la légende de Cadmos. Parti à la rescousse de sa sœur Europe, enlevée par Zeus, Cadmos tua un dragon sur les rivages grecs. Il prit ensuite les dents du monstre et les sema. Il s'agirait là, selon l'intellectuel, d'une métaphore sur la diffusion de l'alphabet en Grèce.

La littérature maronite s'est accaparé l'histoire phénicienne, dont elle a fait son mythe propre, établissant une distinction entre ce qui est d'ordre arabe et d'ordre libanais, dans le cadre de son conflit avec la classe politique islamique. Cette division a été exploitée dans le but de marquer des distances avec l'appartenance arabe et brandir un particularisme, une spécificité, en soulignant l'importance du peuple « phénicien libanais », chrétien, face au peuple « arabe libanais », musulman. À travers ce conflit, l'une des inventions les plus grandioses de l'histoire de l'humanité, aussi importante que celle du feu ou de la roue, a été marginalisée, sinon ringardisée. McLuhan affirme, concernant l'alphabet, qu'il a modifié les relations entre les hommes et qu'il a permis la transition entre la pensée fondée sur la magie et la mythologie à la pensée rationnelle. C'est le passage du monde de l'ouïe et des sens à celui de l'œil, froid et pragmatique, comme l'explique en détail le théoricien canadien.

Au lieu d'être un facteur rassembleur, capable d'encourager l'ensemble des composantes du pays à appartenir à une nation dotée de racines historiques pouvant être sources de fierté, l'héritage phénicien a été transformé par les Libanais en mur de séparation entre deux appartenances devenues, non plus réconciliées et complémentaires, mais contradictoires et conflictuelles. Comme si les origines phéniciennes libanaises pouvaient empêcher l'appartenance arabe ou faire obstacle à cette dernière !
Comme si la langue arabe ne comportait pas autant d'idiomes et de sons d'origines phéniciennes, ou plus précisément cananéennes !
Au Salon du livre francophone 2013, dans le cadre d'un entretien commun avec Samir Frangié, un journaliste français de France Inter avait ainsi trouvé opportun de me demander combien j'acceptais l'idée selon laquelle mes origines seraient phéniciennes, et si cela s'opposait à mon arabité. Je lui avais répondu ce que j'ai toujours ressenti, en l'occurrence que je suis libanaise, arabe, phénicienne et musulmane, et que je ne trouve aucune contradiction entre toutes ces appartenances. Au contraire, il s'agit là, pour moi, d'une source de richesse et d'harmonie.

Les conflits, les luttes, les ruptures, et le fait de faire appel à l'extérieur – que ce soit un extérieur clairement ennemi, ou ennemi, mais travesti sous une apparence amicale – pour se protéger est un comportement libanais typique. Le Libanais a une capacité brutale de transformer des exploits extraordinaires en sources de conflits. Le dernier grand exploit, dans ce domaine, est celui de la libération du Liban-Sud en l'an 2000. À l'époque, Damas avait refusé d'en reconnaître la portée, en raison des fermes de Chebaa, jadis superbement ignorées, prétexte en or pour justifier le maintien de l'armée syrienne au Liban. Le camp de la moumanaa n'a « découvert » la libération du Liban-Sud qu'après l'expulsion de l'armée syrienne du Liban, dans le but unique d'accaparer cet exploit pour lui-même, et pour assurer, ce faisant, une couverture aux tragédies qu'il a causées – et qu'il continue de causer – au Liban et aux Libanais.

* La légende veut que la découverte du pourpre soit le fait du dieu Melkart Héraclès. Alors qu'il se promenait sur la plage en compagnie de la nymphe Tyros, son chien découvrit un murex et le croqua. Ses mâchoires se teintèrent de pourpre. La nymphe admira cette couleur et demanda au dieu de lui offrir un vêtement d'une aussi belle couleur.

Mona FAYAD
Psychologue
Vice-présidente du Renouveau démocratique



Envoyé de mon Ipad 

vendredi 5 juin 2015

La protection internationale du patrimoine irakien sous les coups de l’État islamique - Les clés du Moyen-Orient

La protection internationale du patrimoine irakien sous les coups de l'État islamique - Les clés du Moyen-Orient

4/6/2015

En se focalisant sur le cas irakien, cet article a pour objectif d'analyser les motivations de l'organisation État islamique devant ce patrimoine jugé « païen », de rendre compte de la mobilisation internationale devant l'avancée spectaculaire de l'organisation et face aux problèmes liés à la protection du patrimoine, et d'interroger, en dernier lieu, les services rendus par la société civile pour contrer cette volonté manifeste de réduire à néant une mémoire historique, fondamentale pour l'instauration de la paix et condition de possibilité du vivre ensemble.

Détruire tout ce qui est « haram » ?

En s'attaquant aux vestiges des civilisations mésopotamiennes, et plus généralement à tout ce qui est anté-isalmique, les membres de l'État islamique réduisent à néant tout ce qu'ils estiment être issu d'une culture et de rites païens - appelant par-là l'idolâtrie, interdite par le Coran. L'anthropologue Malek Chebel note ainsi que « nous sommes face à un mouvement fondamentaliste qui veut revenir aux premiers jours de l'islam », et qui agit aujourd'hui par « mimétisme » devant ce modèle de civilisation [3]. C'est donc suivant ce principe - « Musulmans, ces reliques que vous voyez derrière moi sont les idoles qui étaient vénérées à la place d'Allah il y a des siècles » [4] - qu'ils se sont filmés en train de détruire à coup de masse des statues au musée de Mossoul le 26 février 2015. Ainsi disparurent la statue du roi de Sargon, roi assyrien du VIIe siècle avant JC, et un taureau ailé vieux de plus de trente siècles. Rien ne restera qui pourrait porter atteinte à l'unicité d'Allah. Les attaques de Mossoul, puis d'Hatra, Nimroud et Khorsabad suivent cependant un long processus de destruction, qui vise le patrimoine intellectuel arabe, le patrimoine religieux chrétien, juif mais aussi musulman comme les vestiges d'une antiquité païenne problématique : en juin 2014, la statue du poète arabe du IXe siècle Abou Tammam fut déboulonnée ; le tombeau de Jonas à Mossoul fut dynamité le 24 juillet 2014 devant la foule des pèlerins venus s'y recueillir ; l'église syro-orthodoxe de Tikrit fut détruite en septembre 2014 ; la bibliothèque de Mossoul fut le théâtre d'autodafés en février 2015. Ces autodafés se sont d'ailleurs multipliés au cours des mois de janvier et février 2015 : certains habitants, sensibles à ces irréparables destructions de leur histoire humaine, ont cherché à cacher chez eux des ouvrages précieux, risquant ainsi la mort et la destruction de leurs biens.

Les attaques de l'EI ne se limitent pas aux objets : considérés comme « un produit du colonialisme » selon les mots de Jean-Pierre Luizard [5], les sites fouillés par les missions « venant de pays 'croisés' » Ibid. à la fin du XVIIIe siècle sont détruits par l'EI, qui choisit de construire l'histoire sur d'autres principes. Ces mouvements radicaux rendent ainsi illégitimes les musées du Caire, de Beyrouth, de Bagdad ou de Mossoul, fondés par des missions chrétiennes au début du XIXe siècle, pour « rétablir la véritable civilisation, née, selon eux, avec les conquêtes musulmanes. Les salafistes ont porté ces idées à leur paroxysme, en particulier face aux représentations humaines ou anthropomorphiques » [6]. La destruction à la pelleteuse des sites de Nimroud, Hatra, Khorsabad sont ainsi avant tout une attaque de l'Occident ; l'État islamique cherche à révulser la communauté internationale et à maintenir la peur dans la région.

Cependant, il semble que les motivations de l'État islamique ne soient pas seulement idéologiques. Les sites sont pillés et les objets récupérés revendus au profit de l'organisation. Lors du colloque international « Le patrimoine irakien en danger : comment le protéger ? » [7] organisé à Paris le 29 septembre par l'UNESCO, le directeur du musée de Bagdad Qais Hussen Rashied a annoncé que « des mafias internationales s'occupent des vestiges et de tout ce qui a trait au patrimoine, [et] informent Daesh de ce qui peut être vendu. […] Ces montants financent le terrorisme » [8]. Au-delà de l'idéologie religieuse, donc, du politique : « tout cela ressemble à une opération de communication », selon Mathieu Guidère cité par Romain Herreros dans le Huffington Post [9]. Les islamistes se posent ainsi comme seuls interlocuteurs possibles.

Comment protéger le patrimoine de l'Irak et du Levant ?

Depuis le mois de septembre 2014, sommets et colloques internationaux se multiplient pour discuter du « patrimoine et de la diversité culturelle en péril en Irak et en Syrie » [10] ; l'évocation de ce patrimoine, systématiquement détruit, permet de rappeler la liaison étroite de ces destructions avec les persécutions des minorités, qui témoignent elles aussi de cette volonté radicale d'effacer toute trace de diversité culturelle dans la région. La conférence internationale de Haut Niveau organisée par l'UNESCO le 3 décembre 2014 est construite autour du principe selon lequel « le patrimoine et la diversité culturelle […] doivent logiquement être mis au cœur des interventions d'urgence et de construction de la paix » [11]. Les interventions militaires de la coalition internationale demeurent impuissantes devant la puissance de la riche organisation État islamique, et les questions de préservation du patrimoine sont encore brûlantes. Après les destructions éclair de Nimroud, Hatra ou Khorsabad, le ministre irakien du Tourisme et des Antiquités Adel Fahd al-Cherchab appelait encore au soutien de la communauté internationale : « Ce que je demande à la communauté internationale et à la coalition internationale, c'est de frapper le terrorisme où qu'il soit. […] Nous demandons un soutien aérien […] Le ciel n'est pas contrôlé par les Irakiens, le ciel n'est pas entre nos mains » [12]. Aujourd'hui, l'EI est installé à Palmyre en Syrie, sans qu'aucune armée étrangère n'ait pu empêcher son avancée. La prise d'une ville ou d'un site par l'EI rend celui-ci inaccessible, et il est impossible de savoir, concrètement, ce qui s'y passe au-delà des informations diffusées par les médias de l'EI eux-mêmes. Comme l'expliquait déjà en septembre dernier l'ambassadeur de France délégué à l'UNESCO Philippe Lalliot [13], seule l'observation de données satellitaires permettent d'évaluer l'ampleur des dégâts causés par l'EI sur le terrain, les zones sinistrées restant encore aujourd'hui impossibles à approcher. L'opération militaire s'avère donc délicate ; la carte à jouer d'urgence est celle de l'endiguement du trafic d'œuvres d'art, qui circulent dans la région et transitent dans les pays voisins de la Syrie et de l'Irak.

Pour résister à ce commerce clandestin a été mise à jour la « Liste rouge d'urgence des biens culturels irakiens en péril » [14], présentée le 1e juin 2015 au Musée du Louvre à Paris par le Conseil International des Musées (ICOM). Florence Evin du Monde explique qu'il s'agit d'une « mise à jour de la première liste parue en 2003, après le saccage du musée de Bagdad et les vols des œuvres de l'ancienne Mésopotamie » [15]. Cette liste dresse une typologie des trente-cinq pièces les plus demandées « avec photo, descriptif, taille, provenance et datation, permettant d'identifier les objets concernés » [16]. Elle est diffusée sur internet, et envoyée aux polices du monde entier, aux douanes, à Interpol, aux antiquaires spécialistes. De nouveaux dispositifs de veille ont été mis en place, notamment un Groupe d'intervention de secours aux musées, déployé en cas de catastrophe telle que celle qu'a connu le musée de Mossoul en février 2015.

La communauté internationale n'est toutefois pas la seule à se mobiliser contre ces destructions et ce pillage. Quelques actions de la société civile méritent d'être signalées, à l'image du « projet Mossoul » [17], site internet lancé par des étudiants chercheurs du Réseau de formation pour le patrimoine culturel numérique [18]. Cette mobilisation fait suite à la diffusion de la vidéo attestant de la destruction des œuvres du musée de Mossoul, et consiste à recréer numériquement, en trois dimensions, les œuvres détruites en Irak. Pour réaliser au mieux cette entreprise, un appel à contribution pour tous les internautes est lancé : Matthew Vincent, l'un des archéologues initiateurs du projet, explique en effet que « si nous arrivons à obtenir suffisamment de photographies prises sous plusieurs angles des différents objets, nous pourrons les recréer virtuellement et établir un musée en ligne pour les partager avec tous » [19]. Premier pas vers une nouvelle manière de sauvegarder le patrimoine, cette initiative, si les moyens le permettent, a pour projet de s'étendre aux sites patrimoniaux voisins de Nimroud ou Hatra.

Autre grand projet digne d'attention, et dont nous pouvons admirer les fruits aux Archives Nationales de Paris jusqu'au 24 août 2015 : le Centre Numérique des Manuscrits Orientaux, fondé en 1990 par le père Najib, et qui a pour but de collecter, restaurer, numériser et inventorier l'ensemble du patrimoine religieux écrit de Mésopotamie. Les destructions de 2003 et les attentats de 2007 contre les églises chrétiennes plongent ce projet dans l'urgence ; la collecte s'accélère, jusqu'à la prise de Mossoul par l'EI en juin 2014. Le Père Najib transporta plus de 8 000 manuscrits de Mossoul à Erbil au Kurdistan, sous les balles de l'EI et au péril de sa vie [20].

Cette numérisation a permis de sauver des milliers de manuscrits, photographiés en haute résolution, permettant de faire de magnifiques fac simile, dont sept exemplaires sont exposés au cœur de l'exposition sur les Grandes Heures du couvent de Mossoul proposée par les Archives Nationales de Paris. Sauver autant d'originaux que possible, et sauvegarder une mémoire numérique de tout ce qui échappe à la protection de la communauté internationale : un moyen de résistance contre lequel, pour l'instant, l'EI n'a pu avoir aucune prise.

A LIRE SUR CE THEME SUR LES CLES DU MOYEN-ORIENT :

- Intervention de Daniel Rondeau prononcée lors du colloque sur la « mobilisation pour le patrimoine : Irak, Syrie et autres pays en conflit », le 6 mai 2015 à l'Unesco

- Entretien avec Jean-Baptiste Yon – Palmyre : son origine, son histoire, son architecture

- Destruction du patrimoine culturel irakien : les villes de Nimrud et de Hatra

- Exposition « Mésopotamie, carrefour des cultures - Grandes Heures des Manuscrits irakiens », du 20 mai au 24 août 2015 aux Archives nationales de Paris

Notes :

[1Voir Samuel Noah Kramer, L'Histoire commence à Sumer, Flammarion, 2009.

[2En septembre 2014, l'UNESCO dénonce ces « crimes de guerre », véritable « attaque contre l'humanité » face à laquelle il s'agit de lutter.

[3Propos de Malek Chebel, recueillis par Guillaume Stoll, « Le projet fou de l'EI : éradiquer toute forme de matérielle de notre civilisation », L'Obs, 27/02/2015.

[4Paroles prononcées par un membre de l'État islamique sur la vidéo témoignant des destructions dans le musée de Mossoul, 26 février 2015.



Envoyé de mon Ipad 

vendredi 29 mai 2015

PALMYRE - Encyclopædia Universalis


Introduction

L'ascension de Palmyre

Prospérité de Palmyre

La civilisation palmyrénienne

L'intégration dans l'Empire et la chute

Bibliographie


Envoyé de mon Ipad 

Entretien avec Jean-Baptiste Yon – Palmyre : son origine, son histoire, son architecture - Les clés du Moyen-Orient

Entretien avec Jean-Baptiste Yon – Palmyre : son origine, son histoire, son architecture - Les clés du Moyen-Orient

Quelles sont les origines historiques de la ville de Palmyre ?

À l'origine de Palmyre, on trouve une source qui a permis dès la préhistoire l'installation d'hommes dans la région (source Efqa). L'oasis et ses habitants sont nommés dans les archives cunéiformes de Mari (début du IIe millénaire av. J.-C.), ainsi que dans les récits de conquête des rois d'Assyrie (au xie siècle). Toutefois, l'endroit avait peu d'importance politique ou culturelle. Ce n'est qu'avec le développement du commerce que la cité entre vraiment dans l'histoire. En effet, Palmyre est placée à peu près à mi-chemin entre la Méditerranée et la Mésopotamie. Elle est installée dans une zone de confins entre une chaîne montagneuse (relativement arrosée) et la steppe proprement dite. Les conditions géologiques (croisement de plusieurs couches stratigraphiques) font qu'en ce lieu se produit la résurgence de l'eau appartenant à une nappe très étendue (sans doute jusqu'à Dmeir vers le sud-ouest). Le site de Palmyre est donc particulièrement attirant sur les routes qui traversent la steppe syrienne, comme un sorte de raccourci désertique entre la côte méditerranéenne et l'Euphrate. La maîtrise de ce raccourci permet d'éviter un détour par le nord, mais pour pouvoir utiliser cette route plus courte, il faut contrôler les pistes du désert et ne plus avoir à se préoccuper des dangers éventuels constitués par les nomades qui peuplent ces contrées.

Quelle était sa fonction à l'époque romaine ?

Profitant de cette position, Palmyre est à l'époque romaine une ville caravanière contrôlant une partie du commerce entre le Golfe, l'Océan indien à l'est, et la Méditerranée, Rome, à l'ouest. De nombreuses inscriptions en grec et en araméen (langue locale) sont conservées sur les pierres et les colonnes de la ville. Elles citent des localités du Golfe, de Basse Mésopotamie et jusqu'à l'Inde du Nord-Ouest (la Scythie) où des Palmyréniens sont allés, pour s'installer, pour commercer et rapporter des produits d'Extrême-Orient ; sur le site de Palmyre, les conditions climatologiques ont préservé des tissus, de la soie, tissée et produite en Chine, et portée par de riches Palmyréniens. On connaît plus mal les autres produits, mais les épices, les parfums devaient aussi constituer les cargaisons des caravanes organisées et défendues au besoin par les grands notables de la ville.

L'histoire connue de Palmyre commence en fait avec la tentative de pillage des troupes d'Antoine en 41 av. J.-C. L'historien Appien raconte que les soldats trouvèrent la ville vide, car les habitants, prévenus, avaient fui vers l'Euphrate, ce qui indique peut-être qu'il s'agissait principalement de semi-nomades. Néanmoins, le fait qu'on ait voulu la piller indique sans doute que la prospérité de la ville pouvait attirer les regards. On sait qu'ensuite la ville dut être intégrée à l'Empire romain vers 17-19 apr. J.-C. Elle prospère ensuite au sein de l'empire, voit la visite de l'empereur Hadrien vers 129, fournit de nombreux soldats – archers et cavaliers – à l'armée romaine. Pourtant, à la fin du iie s., le commerce commence à souffrir des luttes incessantes entre Romains et Parthes (l'empire aux souverains iraniens qui domine la Mésopotamie à l'époque), auxquels succèdent les Sassanides (à partir de 224). Les marchands se redéploient vers l'Égypte et la mer Rouge. Au cours du iiie s., la Syrie connaît plusieurs invasions des armées perses sassanides. Un grand notable palmyrénien, nommé Odainath, rallie les troupes fidèles à Rome, pour lutter contre les Perses, allant jusqu'à piller par deux fois leur capitale, Ctésiphon, près de l'actuelle Bagdad. Après sa mort, la lutte est poursuivie par sa veuve, la fameuse Zénobie, qui tenta même d'usurper le pouvoir impérial, en réaction à la faiblesse passagère des empereurs qui avaient abandonné, un temps, le Proche-Orient à son sort. Sa défaite devant Aurélien, empereur qui prend Palmyre en 272, ne signifie pas l'abandon du site, bien qu'en raison du changement des routes commerciales, il ne retrouve pas sa prospérité antérieure.

Les variations des routes commerciales marquent en tout cas les deux extrémités chronologiques de la grande période de Palmyre. En effet, du milieu du ier siècle av. J.-C. jusqu'au dernier quart du iiie siècle apr. J.-C., le commerce a permis à la ville de connaître la prospérité économique et culturelle. La civilisation de Palmyre a bien sûr été fortement influencée par ce rôle de voie de passage entre la Méditerranée gréco-romaine et la Mésopotamie et le monde iranien. Néanmoins, la société palmyrénienne a su résister et préserver ses caractères propres, comme cela est visible dans l'usage officiel de l'araméen, dans la liste des dieux vénérés (Bel, Nabû mésopotamiens ; Allat, Arsû arabes ; Baalshamin, Atargatis, plus proprement syriens et araméens ; et même des divinités gréco-romaines, Apollon ou Héraclès), ou encore dans les coutumes funéraires.

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SYRIA, Palmyra : The Monumental Arch, built under the reign of Septimius Severus (193 - 211 AD), with the Great Colonnade in the distance, Palmyra, Syria Picture by Manuel Cohen

Pouvez-vous décrire son architecture, ainsi que les principaux monuments et leurs fonctions à l'époque ?

À partir du iie siècle au moins, les formes architecturales gréco-romaines sont très largement adoptées, même si la rupture avec les formes plus anciennes n'est pas totale. Ainsi les tombeaux, dans leur décor et leur forme architecturale, sont nettement inspirés des modèles gréco-romains contemporains (« temples funéraires »), mais on continue à construire des hypogées, caractéristiques de Palmyre depuis l'époque hellénistique. Les temples ou les colonnades qui marquent le décor urbain reprennent des solutions architecturales courantes dans l'Empire romain contemporain, que ce soient les chapiteaux ou la forme des temples (sanctuaires de Baalshamin ou de Nabû), mais c'est parfois au service de divinités qui n'ont rien de classique, et pour des formes de cultes proprement syriennes : l'autel devant le temple de Nabû est comparable à ce qu'on peut trouver à Qalaat Fakra dans la montagne libanaise, ou encore à Baalbek. Si le décor est plutôt classique et très marqué par l'architecture hellénistique, l'architecture du temple de Bel est particulière, avec son entrée désaxée placée sur un des longs côtés et les deux chambres réservées aux divinités aux deux bouts.

Parmi les monuments d'aspect le plus gréco-romain, on citera l'agora, vaste quadrilatère entouré de portiques, situé au sud de la grande colonnade. En ce lieu se réunissaient les notables de la ville de la fin du ier s. aux années 250 ; c'est là aussi, comme dans la grande colonnade ou les sanctuaires, qu'on honorait les bienfaiteurs de la cité, par des statues en pied placées sur des consoles attachées aux colonnes des portiques. L'agora se situe à proximité du rempart tardif (plusieurs états entre la fin du iiie s. et le vie s., époque de l'empereur Justinien), qui entoure une ville déjà réduite par rapport à son extension maximale.
Outre les grands temples et la colonnade qui traverse de bout en bout la ville antique, sur plus d'un km, le décor urbain est très marqué par les tombeaux monumentaux, souterrains, mais aussi en forme de tours ou de temples funéraires, qui bordent les différentes routes qui reliaient la ville à ses voisines, au sud-est, vers l'Euphrate, au sud-ouest vers Damas, à l'ouest vers Homs, l'antique Émèse, ou au nord, vers la Haute Mésopotamie.

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Palmyra, Temple of Bel (Roman) (south facade), 32 AD, Syria
Photo Credit : The Art Archive / Gianni Dagli Orti / AFP

Quels monuments restent-ils à l'époque contemporaine ?

Une grande partie des sanctuaires : le plus monumental est celui de Bel, situé au sud-est de l'agglomération antique, bien visible sur toutes les photos du site. Son enceinte doit en partie sa conservation au fait qu'elle a servi au Moyen Âge de fortification pour le village refugié dans ses murs. Le temple qui se trouve en son centre avait été transformé en église (époque byzantine) puis en mosquée. Des restaurations assez importantes depuis les années 1920 ont permis une assez bonne conservation des vestiges, qui présentaient au visiteur un monument très impressionnant.
La grande colonnade était moins bien préservée, mais d'assez nombreuses colonnes ont été là aussi remontées depuis environ un siècle, ce qui a été aussi le cas à l'agora et dans plusieurs sanctuaires, dont les fouilles minutieuses ont dégagé les vestiges et les ont rendus lisibles (sanctuaires d'Allat, de Nabu).
Enfin, dans les nécropoles qui entourent la ville, de nombreux monuments funéraires, dont ceux construits en forme de tours entre le ier s. av. J.-C. et le iie apr. J.-C., ont été bien préservées. Les mieux conservées de ces tombes sont toutefois les tombes souterraines (hypogées), dont plusieurs exemples relativement intacts étaient présentés au grand public. Dans ce cas aussi, des restaurations de plus ou moins grande ampleur ont eu lieu. Enfin, les tombeaux temples assez fragiles ont été très mal conservés, mais plusieurs ont été dégagés et même partiellement remontés.

Contrairement à d'autres sites du Proche-Orient, de grandes parties du site ont été abandonnées à partir de la fin de l'Antiquité et des débuts du Moyen Âge. Ajoutés au relatif isolement de Palmyre dans une steppe semi-désertique, ces faits expliquent la bonne conservation de nombreux vestiges jusqu'au xixe s., au moment de la redécouverte du site par les savants et les touristes.



Envoyé de mon Ipad 

Lebanese Diaspora Energy. 1 000 émigrés de 73 pays

Lebanese Diaspora Energy. 1 000 émigrés de 73 pays



Ils étaient plus d'un millier, venus de 73 pays des quatre coins du monde, à répondre présents à la conférence Lebanese Diaspora Energy de 2015, organisée par le ministère des Affaires étrangères sous la houlette du chef de la diplomatie, Gebran Bassil, du 21 au 23 mai à l'hôtel Habtoor.

La grande salle de bal était pleine à craquer ce jour-là. L'émotion était palpable, ainsi que la chaleur humaine et la flamme qui brillait dans les regards de ces émigrants, venus des confins de la terre, pour retrouver le Liban. Pour certains, c'était la terre où ils sont nés et qu'ils ont quittée depuis de nombreuses années. Pour d'autres, c'était la terre de leurs ancêtres, le pays dont on leur avait tellement parlé et dont la musique et les comptines ont bercé leur enfance. On entendait évidemment parler l'arabe, mais en circulant parmi les groupes on entendait aussi l'espagnol, l'anglais ou le portugais. Ils étaient tous heureux d'être là, malgré la longueur du voyage et la distance parcourue. Ils sont venus de très loin, d'Amérique latine, des Etats-Unis, d'Australie, mais aussi d'Europe et des pays arabes.
La délégation brésilienne compte 70 personnes dont six sénateurs et la mexicaine 45 personnes. Des Libanais qui appartiennent aux première, deuxième, troisième et quatrième générations d'émigrés. Le ministère a adressé les invitations aux ambassades qui les ont, à leur tour, dispatchées. Toutes les personnes venues au Liban ont payé elles-mêmes leurs billets d'avion et leur séjour à l'hôtel. Une preuve de leur attachement au Liban. Le ministre Gebran Bassil a personnellement contacté des centaines de personnes pour les presser de participer à cette manifestation. «Cette conférence a deux buts, celui de permettre aux émigrés de tisser des liens entre eux et aussi de placer le cadre adéquat pour les encourager à entamer des projets de coopération et d'échanges avec le Liban», confie un responsable. Tous ceux, à qui nous avons eu l'occasion de parler, ont témoigné de leur gratitude à l'égard de Bassil, confiant que pour la première fois dans les annales de la diplomatie libanaise une attention s'est manifestée envers les émigrés. «Pour la première fois, nous nous sentons concernés, comme si l'Etat libanais se souvenait enfin de nous».
Chacun des présents a une histoire et celles-ci ont un dénominateur commun, une «success story». Ils ont tous quitté le pays en quête d'un avenir et d'une vie meilleurs. Et ils ont tous réussi. Certains sont devenus de brillants diplomates, des ministres, des députés, des hommes d'affaires sur leurs terres d'accueil. Pendant trois jours, nombre d'entre eux ont raconté leurs histoires, partagé avec ceux qui sont restés leurs succès et leurs exploits au-delà des frontières. Souvent partis de rien, ils ont amassé de grosses fortunes et sont devenus des notoriétés. Aujourd'hui, ils sont là au chevet de leur pays d'origine, apportant leur expérience et leur savoir-faire pour le sortir de ses difficultés.
L'objectif principal de cette conférence est de mettre en valeur le succès des expatriés libanais, de les encourager à rester connectés à leur patrie, en célébrant le patrimoine libanais de manière à promouvoir une image positive du Liban dans le monde.
 

Témoignages émouvants
Pendant trois jours successifs, plus de 250 personnes ont parlé de leur expérience, raconté leur histoire. Chacun avec ses mots, chacun à sa façon. Maître de cérémonie de la séance d'ouverture, Georges Cordahi a précisé que cet «événement n'est pas un congrès mais de grandes retrouvailles». S'adressant aux émigrés, le ministre Gebran Bassil a déclaré: «Vous êtes les apôtres et les messagers du Liban, que vous avez porté dans votre cœur et dans votre conscience. Nous nous retrouvons aujourd'hui pour écrire un nouveau chapitre de l'histoire du succès du Liban. Nous nous retrouvons pour vivre notre identité libanaise sur le sol libanais. Nous avons conservé notre identité dans nos cœurs, dans notre sang et dans nos racines. Personne ne peut nous l'arracher, car elle est inscrite dans notre ADN. Celle-ci se renforce par la langue, l'acquisition de terrains et le recouvrement de la nationalité libanaise. Je ne vous promets pas de répondre à toutes les questions,  mais je vous promets de vivre le rêve». Il s'est engagé aussi à faire pression pour l'adoption de la loi permettant aux émigrés de retrouver leur nationalité d'origine. «Grâce à vous, la superficie du Liban n'est plus de 10 452 km2, mais elle est celle du monde et ceci nous a inspiré le slogan: le monde est notre frontière».
Premier à prendre la parole, Thomas Barrack, executive chairman de Colony Capital. Il gère une organisation répandue dans 14 villes dans 10 pays. Président de Miramax films, il a servi dans l'Administration américaine du président Ronald Reagan. Nassim Taleb, visiblement très ému de parler, s'est exprimé en anglais. «J'ai quitté le Liban depuis plus de 40 ans et je n'ai plus l'habitude de parler en arabe», a-t-il commencé, avant d'affirmer que «la force des Libanais est de savoir comment traiter avec le chaos». Il a confié venir six fois par an au Liban et se rendre directement dans son village, Amioun.
Venant d'Afrique du Sud, un brillant homme politique, Michael Louis, a voulu rendre hommage à sa grand-mère libanaise qui lui a appris à prier. S'inspirant d'une leçon que le président Nelson Mandela lui a apprise, il s'est adressé au public disant: «Ne regardez pas ce qui vous divise. Regardez ce qui vous unit. Aucune personne ne naît sachant haïr. C'est par la suite qu'on apprend à haïr. Et si on peut apprendre à haïr, on peut alors apprendre à aimer».
Très émouvante fut l'intervention du professeur Philippe Salem, venu spécialement de Houston et toujours attaché à ses racines libanaises. Il a commencé son allocution estimant que si l'on va à Beyrouth, on va dans le monde. «Pour préserver le patrimoine, il faut sauvegarder la langue en créant des écoles libanaises dans les pays d'émigration pour apprendre la langue et connaître le patrimoine». Et c'est, sous une salve d'applaudissements, qu'il a terminé par ces quelques mots qui en disent long: «Je vous rappelle que vous appartenez à un peuple qui a beaucoup de fierté et d'orgueil. Quarante ans de guerre et on n'a jamais vu un mendiant libanais dans les rues de Damas, de Amman, de Paris, de Londres ou de New York. Quarante ans de guerre et on n'a jamais vu un réfugié libanais vivant de la charité des organismes internationaux dans un camp de réfugiés». 

Joëlle Seif

La République de Bassil
Malgré le franc succès réalisé par le congrès Lebanese Diaspora Energy, sans aucun doute il fut aussi largement controversé et de nombreux diplomates et hauts fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères ont boycotté cette conférence. Plusieurs critiques ont été adressées au ministre Gebran Bassil et à son équipe qui ont écarté de l'organisation de nombreux responsables. Les proches du ministre Bassil ont mis ces critiques sur le compte de «simples différends politiques», alors que d'autres y ont vu un dépassement de ses prérogatives, mettant l'organisation de cette conférence de haute importance, à sa propre équipe, dont certains membres ne font même pas partie du corps diplomatique. Un haut responsable du ministère des Affaires étrangères a même déclaré que cette conférence était «illégale et non conforme à la loi», car elle a été organisée en dehors du cadre de l'administration, par une association patronnée par le ministre Bassil et qui est passée outre la direction des émigrés et le département de l'organisation des congrès. A tel point que le ministre de la Santé, Waël Abou Faour, a déclaré en arrivant en retard au Conseil des ministres: «J'ai quitté la république de Gebran Bassil pour venir à la République libanaise. Ce ministère appartient à l'Etat libanais et non à Gebran Bassil. Lorsque la direction est écartée de l'organisation, Bassil n'a plus le droit de dire que cette conférence est organisée par le ministère des Affaires étrangères». L'une des plus vives critiques adressées à Bassil a porté sur le caractère chrétien qu'a revêtu cette conférence organisée en collaboration avec l'Association maronite pour l'émigration et la Ligue maronite.   









Envoyé de mon Ipad 

Irak : Sauver le patrimoine que Daech essaie de d

Irak : Sauver  le patrimoine que Daech essaie de détruire 



 Najib, de la mission dominicaine de Mossoul : "Ce que nous essayons de faire, c'est de sauver le patrimoine que Daech essaie de détruire"

A l'heure où Daech se livre à une démolition culturelle méthodique de l'Irak et de la Syrie et à l'occasion de l'exposition "Mésopotamie, carrefour des cultures" qui se tient jusqu'au 24 août 2015 aux Archives Nationales, retour sur le sauvetage de 8000 manuscrits en syriaque, en araméen et en arabe faisant partie du trésor du patrimoine irakien par la mission dominicaine de Mossoul.


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A l'heure où Daech se livre à un nettoyage culturel méthodique de l'Irak et de la Syrie, détruisant non seulement les trésors du patrimoine pré-islamique, antique, juif et chrétien, mais aussi musulman jugé idolâtre ou hérétique, il fait bon entendre le père Najib raconter le sauvetage opéré par la mission dominicaine de Mossoul. "Le berceau de la civilisation devient aujourd'hui le berceau de la violence, dit-il d'une voix douce mais ferme. Ce que nous essayons de faire, c'est de sauver le patrimoine que Daech essaie de détruire." Et ce ne sont pas moins de 8000 manuscrits en syriaque, en araméen et en arabe : traités de droit, de médecine, de grammaire, recueils de poèmes, homélies, évangiles ou corans, que lui et son équipe sont parvenus à sauver.

Une vraie épopée, mais aussi un travail de longue haleine.

Né à Mossoul dans une famille assyro-chaldéenne en 1955, Michail Najib décide à l'âge de 24 ans de prendre l'habit des frères prêcheurs. Il troque alors les forages pétroliers auxquels il se destinait pour la mise en valeur des manuscrits de la bibliothèque de son couvent. Les années passant, son activité s'étend aux églises et monastères du voisinage. La présence chrétienne en Irak remonte aux disciples de l'Apôtre Thomas. C'est dire si elle a eu le temps de fertiliser les terres du Tigre et de l'Euphrate. L'archéologie, l'apprentissage des langues orientales, la collecte de manuscrits font depuis 1750 où elle s'est établie dans le pays partie intégrante de la mission dominicaine. Fort de cet héritage, le père Najib fonde en 1990 le Centre Numérique des Manuscrits Orientaux. Son but : collecter, restaurer, numériser et cataloguer l'ensemble du patrimoine religieux écrit de la Mésopotamie. Son équipe, formée de dix personnes : deux religieux et huit laïcs, acquiert bientôt une renommée internationale et reçoit en 2009 le soutien technique et financier de moines bénédictins du Minnesota.

image: http://www.atlantico.fr/sites/atlantico.fr/files/u72355/2015/05/preval2.jpg


Mais à partir de la chute de Saddam Hussein, en 2003, la situation se dégrade. "Au départ, nous cherchions à protéger les manuscrits des méfaits du temps. Aujourd'hui, la menace principale, ce sont les islamistes. " C'est alors une véritable course contre la montre qui s'engage. En 2007, suite à une vague d'attentats contre les églises chrétiennes et après avoir reçu des menaces personnelles, le père Najib doit quitter Mossoul pour Qaraqosh, à une trentaine de kilomètres. Il y installe ses studios et accélère la collecte et la numérisation des manuscrits. Lorsqu'il apprend la prise de Mossoul par Daech, en juin 2014, il transporte à nouveau ceux qu'il nomme ses "enfants" dans un camion pour les mettre en sûreté près d'Erbil, au Kurdistan.
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Envoyé de mon Ipad 

jeudi 28 mai 2015

Sur les traces des premiers chrétiens d’Orient à Qannoubine - Rania Raad Tawk - L'Orient-Le Jour

Sur les traces des premiers chrétiens d'Orient à Qannoubine - Rania Raad Tawk - L'Orient-Le Jour
Sur les traces des premiers chrétiens d'Orient à Qannoubine -
27/5/2015- Rania Raad Tawk

Le seul nom de Wadi Qannoubine, ou vallée de la Qadisha, est synonyme de havre de paix, de sérénité, de spiritualité, et même de sainteté pour les chrétiens. Des milliers de maronites ont passé une grande partie de leur vie ancrés dans ses rochers suspendus entre ciel et terre, se rapprochant ainsi, selon eux, du Créateur, qui ne peut qu'être glorifié et remercié pour ce décor divin au parfum d'encens.

Qadisha signifie littéralement saint en syriaque. Et la sainteté, « ça se sent et ça se vit, dans le silence et à chaque moment de notre vie », selon l'organisateur et guide du pèlerinage entrepris dimanche dernier, le père Hani Tawk. Ce prêtre maronite, fortement enraciné dans ses origines, a rassemblé 265 pèlerins, entre journalistes, photographes, comédiens, chanteurs, etc., accompagnés de leurs familles et de leurs amis, pour marcher ensemble sur les pas des anciens, ces premiers maronites, qui ont versé leur sang afin de sauvegarder les rituels, l'histoire, la tradition et le patrimoine de leur église dans cet Orient sans cesse tourmenté par les invasions et les persécutions des chrétiens.

Le site est situé au bas du mont Makmel, une vallée creusée au pied du plus haut sommet de la chaîne libanaise de Qornet el-Saouda (3 083 m), au nord du pays, entre 900 et 1 900 m d'altitude. Il est en fait composé de deux vallées qui se rejoignent à l'ouest ayant pris chacune le nom d'un monastère : la vallée de Qannoubine au sud, du nom du monastère Notre-Dame de Qannoubine, et la vallée de Kozhaya au nord, du nom du monastère Mar Antonios (Saint-Antoine-le-Grand).
La partie la plus pittoresque de la vallée s'étend en amont sur une vingtaine de kilomètres, entre Bécharré, le village natal de Gibran Khalil Gibran, et Tourza.
La vallée de Qannoubine est une gorge profonde traversée sur 35 km par le fleuve Qadisha, dans lequel se déversent les torrents des eaux de source des montagnes surplombant la vallée et qui prend une appellation différente une fois arrivé à Tripoli : Nahr Abou Ali.

Avec Dario Escobar
Les pentes de la vallée de la Qadisha sont très escarpées et leurs falaises forment des remparts naturels idéaux pour le recueillement et l'isolement. Par endroits, les pentes se transforment en terrasses aménagées par les ermites des monastères pour cultiver le blé, la vigne et l'olivier, et d'autres plus loin, délaissées mais encore visibles, cultivées par les villageois de l'époque. L'érosion karstique souterraine est à l'origine d'une formation naturelle de grottes, souvent difficiles d'accès et classées patrimoine mondial. La plus importante, la grotte de la Qadisha, une vraie caverne de diamants sculptés par le ruissellement minutieux de l'eau calcaire, est située en amont de la vallée, au-dessus de Bécharré. Elle s'étendrait sur une profondeur de 778 m. La vallée est à proximité de la forêt des cèdres de Dieu, à laquelle elle est associée dans la liste du patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1998.

Quand nous nous sommes engagés dans l'escalier aménagé tant bien que mal dans la falaise qui protège en son sein l'ermitage de Notre-Dame de Hawka, à une altitude de 1 150 m, où vit l'ermite colombien Dario Escobar, un moine maronite, nous avons ressenti la difficulté qu'avaient eue les hommes et femmes des premiers siècles chrétiens à apprivoiser cette vallée.
L'atmosphère se fait pesante. Le décor est irréellement parfait, la pente est raide, les marches incertaines et le sentier très dangereux. Fadi Baroudi, notre guide, spéléologue et historien de la Qadisha, ne nous rendait pas la tâche facile en expliquant comment les premiers chrétiens frôlaient la mort de si près en empruntant presque le même sentier, mais sans aucun balisage à l'époque. Une chaîne humaine dévalait les centaines de marches à petits pas hésitants en retenant son souffle devant tant de beauté divinement agencée.

Après une visite à l'ermite colombien qui a béni les randonneurs en latin, le groupe s'est enthousiasmé en écoutant le récit du guide racontant les expéditions entreprises par les équipes libanaises et étrangères de spéléologues et d'archéologues dans les cavités accrochées à même les falaises, tels des nids d'aigle. Dans ces grottes creusées patiemment durant des siècles, des inscriptions des premiers chrétiens ont été retrouvées par les spécialistes, notamment dans la grotte d'al-Assi.
Couvents, églises, ermitages, où ont vécu des saints anachorètes, grottes où reposent encore des patriarches maronites... Tous ces lieux sont semés de part et d'autre de cette vallée, décorée furtivement par quelques taches de forêts de pins rendant l'air respirable si précieux.

Quelques kilomètres plus loin, nous visitons le sanctuaire de sainte Marina dont l'histoire est devenue légendaire : la célèbre sainte qui s'était déguisée en moine toute sa vie. Le chêne de sainte Marina est une escale incontournable, même pour les randonneurs les plus aguerris qui s'y ressourcent d'un silence d'or sous l'ombre de l'arbre millénaire couronnant leur journée de fatigue et de cheminement spirituel. Dans ce sanctuaire, nous découvrons de même des peintures religieuses très anciennes.

Euphoriques
La vallée accueille certains des plus anciens monastères chrétiens du Moyen-Orient. Nous trouvons aussi au fond de cette vallée le monastère Mar Lichaa ou Elishaa (Saint-Élysée), mentionné pour la première fois au XIVe siècle. Son église communautaire comporte quatre chapelles creusées dans sa façade rupestre.
Ce temple naturel, à la fois forteresse et siège imprenable, où de nombreux patriarches maronites ont aménagé leur résidence ou refuge entre 1440 et 1823 pour tenter de se soustraire aux invasions des Mamelouks, puis celles des Turcs, est un lieu de prière, de méditation et de communion totale avec la nature. Cette oasis sacrée n'était pas seulement occupée par les maronites. Ses grottes et falaises ont abrité d'autres communautés chrétiennes au cours des siècles. « Aucun généticien ne peut deviner la religion d'un visiteur de la Vallée sainte », affirme le père Hani à la fin de la rencontre qui a duré toute la journée.

Au monastère de Notre-Dame de Qannoubine, où est exposé le corps encore intact du patriarche Joseph el-Tyan, un documentaire retrace le patrimoine culturel de cette région à l'écart de la civilisation, mais cependant si ancrée dans les esprits de ses visiteurs. La sœur Lina, une religieuse antonine qui gère le monastère, se lamente du désintérêt des médias pour ce petit coin de paradis où les religieuses et le patriarcat maronite tentent « malgré toutes les contraintes naturelles et techniques de perpétuer les traditions héritées » de leurs ancêtres. « Nous sommes tous unis par notre humanité symbolisée par la majesté de la nature, qui a bien accepté de servir de refuge sécurisant quoique impitoyable aux premières communautés maronites. Cette même nature est déterminée encore aujourd'hui à accueillir à bras ouverts tous les enfants du Liban et du monde entier, quelle que soit leur appartenance politique ou confessionnelle », reprend le père Hani.

Sous le regard vigilant du siège patriarcal d'été de Dimane, qui contemple en un silence solennel l'ancien siège patriarcal, celui de Qannoubine, les visiteurs quittent les lieux totalement sereins, sans pouvoir l'expliquer, et littéralement euphoriques. Un voyage dans le temps, un retour aux sources pour certains qui a permis de partager des moments intenses avec les journalistes, invités gracieusement par la municipalité de Bécharré dont le président, Antoine Tawk, a tenu à accompagner les visiteurs dans leur pèlerinage.

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Un bref aperçu historique

La vallée de la Qadisha a été habitée par des communautés religieuses depuis les toutes premières années du christianisme et reste aujourd'hui l'un des sites les plus importants dans la vie monastique chrétienne dans le monde.
Les reliefs particulièrement vertigineux de la vallée et son isolement ont contribué à en faire un refuge naturel pour les communautés de la région. Des grottes de la vallée ont ainsi été utilisées comme abris ou tombes depuis le paléolithique. Dès les premiers siècles du christianisme, la vallée sacrée a servi de refuge à différentes communautés religieuses, pas seulement chrétiennes, mais son histoire est surtout liée à celle des maronites qui s'y sont enfermés, fuyant leurs terres d'origine de la vallée de l'Oronte. Ils étaient accusés par les Byzantins de monothélisme (doctrine christologique du VIIe siècle affirmant qu'il n'existait en Jésus-Christ qu'une seule volonté, la volonté divine). Ils s'y sont réfugiés par la suite lors des persécutions religieuses après la destruction du monastère Saint-Maron, au Xe siècle. Les moines maronites établirent alors leur nouveau centre dans la vallée de Qannoubine.
À la fin des croisades, les maronites des villages environnants et ceux habitant dans les grottes de la Vallée sainte furent victimes de persécutions, principalement de la part des sultans mamelouks (XIIIe siècle). Du XVe au début du XXe siècle, l'Église maronite fit du monastère Notre-Dame de Qannoubine le siège du patriarcat maronite.

Pour mémoire
Une escapade à Bécharré, refuge des maronites persécutés après la chute de Byzance

La vallée de la Qadicha : odeur de sainteté et senteurs d'oliviers



Envoyé de mon Ipad 

vendredi 22 mai 2015

De Nabatiyeh au château de Beaufort, des Libanais rencontrent des Libanais - Sidonie HADOUX - L'Orient-Le Jour

De Nabatiyeh au château de Beaufort, des Libanais rencontrent des Libanais - Sidonie HADOUX - L'Orient-Le Jour
De Nabatiyeh au château de Beaufort, des Libanais rencontrent des Libanais

Beyrouth, mardi 6 h 30. Deux autocars attendent les derniers retardataires pour prendre la direction de Nabatiyeh. Objectif : visiter les vieilles demeures de la ville, dans le cadre des Journées du patrimoine national.
Cette ville est le point intermédiaire du Liban-Sud et bénéficie depuis toujours d'une situation géographique qui faisait d'elle une liaison directe entre les villages de Jabal Amel, de la Syrie et de la Palestine. Elle constitue la première destination de ces journées qui s'étalent sur quatre jours. Elles sont organisées en partenariat avec l'Association de protection des sites et des anciennes demeures (Apsad) et le ministère de la Culture, et elles sont l'occasion de découvrir (ou redécouvrir) des paysages étonnants, des vestiges chargés d'histoire et des vieilles demeures libanaises typiques. « Les Journées du patrimoine sont importantes, elles sont le vecteur de l'identité du pays », affirme Gladys, membre de l'Apsad.

Dans la petite bibliothèque à l'entrée de la ville, Abbas Wehdé, responsable culturel de la municipalité, accueille le petit groupe de touristes. Pharmacien de formation, Abbas a écrit un livre sur le héros de la ville, Hassan Kamel el-Sabbah, émigré aux États-Unis, où il a travaillé pour la General Electric Company.
Après une courte présentation du personnage, quasiment inconnu aujourd'hui au Liban, Abbas Wehdé accompagne le petit groupe dans les ruelles de la vieille ville avec un constat désespéré : « Nous essayons de faire de notre mieux pour préserver les vieilles demeures, mais ce ne sont plus les municipalités qui détiennent le pouvoir aujourd'hui. »
Le petit souk du centre-ville a été rénové, mais la vieille ville disparaît peu à peu. « Les vieilles maisons ne sont plus entretenues, les habitants n'ont pas conscience de la richesse qu'elles représentent et préfèrent les vendre aux premiers investisseurs venus, déplore Gladys. Nous sommes peut-être parmi les derniers à voir ce qui reste. »


(Lire aussi : Temples romains à Aïn Akrin et vieilles églises à Amioun)

La nostalgie du bon vieux temps
La ville moderne ne présente plus beaucoup d'intérêt, victime d'une urbanisation non planifiée et archaïque, comme la plupart des villes libanaises. « Le souk me fait beaucoup penser à Damas, se souvient une femme du groupe. Il y aussi beaucoup de magasins et de monde dans les rues... C'était comme ça à Beyrouth avant que la ville ne soit bétonnée. Petite, j'accompagnais ma mère dans le souk. » Un sentiment de nostalgie qui semble être partagé parmi ces amoureux du pays : « Le Liban on l'aime autant qu'on le déteste », lance un autre participant. « Heureusement qu'il nous reste la nature pour nous évader des villes », s'exclame une autre femme.

Une nature remarquable à laquelle la vallée de Nabatiyeh ne fait pas exception. Après la visite de la ville, le cortège reprend la route, direction la forteresse de Beaufort et sa vue à 360° au-dessus de la rivière Litani. « D'ici, on voit Chypre et Israël, explique le guide. C'est un point stratégique, longtemps occupé par diverses forces armées. » Le château de Beaufort est une véritable merveille, construit par les croisés au XIIe siècle. Étendu sur 1 300 m2, l'édifice était une des forteresses les plus importantes de la route de la Galilée. Construit sur un précipice rocheux, la vue est imprenable sur la vallée. « À l'époque, la montagne de Marjeyoun était peuplée d'une immense forêt de cèdres, ce qui en faisait un endroit très prisé des conquérants à la recherche de bois précieux », précise le guide.


(Lire aussi : Irina Bokova à Beyrouth : La protection du patrimoine, un impératif sécuritaire)


« Je suis venu pour la première fois au château de Beaufort avant la guerre, raconte un vieil homme. Je voulais voir dans quel état il se trouvait après les bombardements israéliens. » Lieu de retrait des fedayins palestiniens, la forteresse a été bombardée en 1982 par l'armée israélienne, qui en occupera les lieux jusqu'en 2000. L'édifice a été fortement endommagé par les bombardements et les occupations successives, occasionnant la destruction des éléments médiévaux. Il reste, néanmoins, un des sites les plus fascinants de la région.

La journée s'est terminée par la visite de deux maisons traditionnelles en pierre, dans un quartier de Nabatiyeh. Accueilli chaleureusement par les familles qui résident dans ces vieilles bâtisses, le petit groupe de visiteurs a pu se restaurer, entre prunes et chocolats, avant de reprendre la route pour Beyrouth.

Le saviez-vous ? Le Liban a son Thomas Edison !

Il voulait « éclairer le désert de l'Orient ». C'est par ces mots qu'on fait référence à Hassan Kamel el-Sabbah. Né en 1895 à Nabatiyeh, il est à l'origine de 112 inventions dans le domaine de l'électricité.
Il a étudié à l'Université américaine de Beyrouth avant de faire son service militaire dans l'armée ottomane comme opérateur télégraphe. En 1921, il quitte le Liban pour les États-Unis où il étudie puis enseigne au Massachusetts Institute of Technology. En 1923, il est employé à la General Electric Company comme chercheur en mathématiques expérimentales. Il a été le premier à découvrir le principe de la fission nucléaire ainsi que le principe de l'énergie solaire et de la voiture électrique. Ses technologies sont appliquées dans les satellites et les vaisseaux spatiaux. En 1932, il est nommé « le plus jeune génie de l'Electrical Association ». Hassan Kamel el-Sabbah est décédé en 1935, dans un accident de voiture à New York.

Pour mémoire
La visite de Pharaon au Akkar, pour la randonnée de la LMTA, fait renaître les espoirs de développement

Le Liban en marche du nord au sud

Le château de Beaufort ressuscite de ses ruines



Envoyé de mon Ipad 

mardi 12 mai 2015

Dans les ruines du patrimoine chrétien au Moyen-Orient... - May MAKAREM - L'Orient-Le Jour

Dans les ruines du patrimoine chrétien au Moyen-Orient... - May MAKAREM - L'Orient-Le Jour

Dans les ruines du patrimoine chrétien au Moyen-Orient...

Élie Abi Nassif, professeur d'architecture qui dirige les travaux de diplôme à l'Alba et anime, depuis 2008, le cours patrimoine religieux ; Guy-Roger Conchon, enseignant à l'Alba et membre de la mission archéologique française à Kilwa, et Ghassan Shami Journaliste, chercheur et auteur du livre Au pays de saint Maron, ont donné une conférence sur « Le patrimoine religieux en Orient chrétien ».

Sur le chapitre libanais, trois églises « paléo-chrétiennes », définitivement disparues, ont été évoquées par Élie Abi Nassif. « Il ne reste plus que leurs mosaïques pour témoigner de leur passé ». Celle de Khaldé, au sud de Beyrouth, a été fauchée par les travaux d'autoroute qui mène vers le Sud. « Ses fondations, encore visibles, sont devenues un dépotoir d'ordures ! » a fait observer le conférencier, signalant que la mosaïque qui décorait ce lieu de culte a été posée juste en face du musée national, dans le petit jardin renfermant les cinq colonnes romaines découvertes au centre-ville en 1940. S'appuyant sur les relevés des plans existant à la DGA, les étudiants de l'Alba ont pu reconstituer son architecture. Deux photographies de la maquette sont actuellement exposées au Louvre, dans l'espace dédié aux arts de l'islam.

De même, une modélisation 3D, réalisée d'après les données archéologiques (mosaïque, murs porteurs et traces de colonnes), offre une image de l'architecture de l'église byzantine du temple d'Echmoun. Une autre dédiée à saint Christophe a été découverte par Ernest Renan, sur la route de Qana (entre Tyr et Qana), dans les environs de la tombe de Hiram, roi de Tyr. La mosaïque a été transportée au musée du Louvre.
Élie Abi Nassif indique qu'au IVe siècle, l'Asie mineure, l'Afrique du Nord et le golfe Arabo-Persique abondaient d'églises et de monastères. C'était avant l'islam. « Aujourd'hui, il n'en reste plus rien, ou presque rien, sinon des ruines, comme celles de Saint-Siméon-le-Stylite (Qala't Semaan), au nord d'Alep, qui s'étendait autrefois sur 12 mille mètres carrés bâtis. Ou encore celles de Sergio Polis à al-Rasaphe où les deux saints martyrs Serge et Bacque ont été enterrés. »

(Pour mémoire : « Regardez ! Une carte de la Syrie d'avant-guerre... »)

Un monastère dans le désert d'Arabie
Prenant à son tour la parole, Guy-Roger Conchon a donné une description générale du monastère posé sur un plateau désertique à Kilwa en Arabie saoudite. Les explorations menées par la mission archéologique de l'Université de Nancy 2, dirigée par Saba Farès, indiquent que Kilwa, située sur la route caravanière du myrrhe et de l'encens, a fait l'objet d'une occupation chrétienne au Ier siècle de l'ère chrétienne. La communauté tirait profit d'une agriculture irriguée au moyen de systèmes hydrauliques ambitieux. Ces chrétiens ont également laissé de nombreux témoignages architecturaux, cellules isolées pour des moines, chapelle, église, cuisine, réfectoire, citernes d'eau, jardins, une quantité de croix marquées sur la pierre et des épigraphies commémorant les cultes, dont une inscription gravée sur le linteau de la porte d'une cellule. Dans la partie droite de ce linteau qui mesure 1,20 m de long sur 0,30 m de hauteur, est dessinée une croix aux bras en forme de triangle. À gauche se trouve l'inscription, dont Saba Farès, qui dirige la mission archéologique, propose la lecture suivante : « Bism Allah ḥimat ahl Takla min iqlîm » ou « Au nom de Dieu, (ceci est) le territoire protégé de la communauté de Thècle de l'iqlim », la sainte patronne dont le culte est répandu en Syrie.

« Le toponyme et l'architecture sont des détails qui indiquent une culture syrienne », souligne Guy-Roger Conchon. En effet, « le système constructif rappelle celui de la plaine de Hauran, en Syrie. Les bâtiments collectifs, bien préservés, sont en pierres de très grande taille, avec un lien à base de chaux. Des pierres sèches sont employées pour la construction des cellules des moines, dont l'état de conservation est très mauvais. Les pierres tombales sont regroupées en nécropole évoquant un tumulus ». Quant à l'église, il fait observer qu' « elle est construite sur le modèle des églises nestoriennes qu'on retrouve en Mésopotamie ».

(Pour mémoire : "Pas une seule strate de la culture syrienne -pré-chrétienne, chrétienne, islamique- n'est épargnée")

Sur les pas de saint Maron
Auteur d'une série de documentaires sur les premiers chrétiens (saint Maron, l'apôtre Paul, saint Simon le Stylite) mais aussi sur Damas, Seidnaya et Maaloula, sur le monastère Saint-Georges al-Homeira' dans Wadi al-Nassara (vallée des chrétiens) et l'autel de la Sainte Vierge dans la cathédrale de Tartous, Ghassan Shami a sillonné les « villes mortes » dans le nord de la Syrie et plus particulièrement Jabal Semaan et sa capitale Brad où fut enterré saint Maron.

Appelé autrefois Kfar Nabo, Jabal Semaan compte 25 villages et 32 temples et églises bâtis entre le IVe et le VIIe siècle après l'ère chrétienne. Selon le conférencier, ici se trouve la plus ancienne église du monde : Fafertine. Sur son linteau est gravée la date de sa construction : 372 après J.-C. Plus au sud, sur les ruines du temple du dieu Nabo, saint Maron a bâti, en 398, son église ou basilique de 27,30 m de long et 16m de large.


Après la mort de saint Maron, Kfar Nabo s'est dotée d'un hôtel de deux étages pour accueillir les pèlerins. Construit entre 504 et 505, il comporte des façades de colonnes carrées. Des croix sont gravées sur les linteaux dont l'un porte l'inscription suivante : « Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Dieu prend soin de notre entrée et de notre sortie. Pour accomplir le vœu de Zachée en 553 » (ce qui équivaut au calendrier d'Antioche à 504/505 ap. J.-C.). Le secteur comprenait un temple dédié aux reliques des martyrs. Sa date de construction, 574 selon le calendrier d'Antioche, est gravée en syriaque sur le linteau de son entrée sud. Le conférencier relève aussi qu' « un nombre d'huileries indique l'expansion de la culture des olives à Kafr Nabo. L'une d'elles datant date du IIIe siècle ap. J.-C. a été creusée dans la roche souterraine (...) Elle est unique par sa forme et la finition de ses matériaux ».

(Diaporama : Les deux visages d'Alep)

Le palais de Brad
Abordant ensuite Brad, la capitale du mont Nabo, Ghassan Shami fait observer que c'était « une ville monumentale. Sa prospérité avait débuté aux IIe et IIIe siècles ap. J.-C ». Elle était dotée d' « édifices luxueux comme l'Androne, d'un marché commercial (souk), de bains publics encore bien conservés, d'un majestueux tombeau romain, d'huileries,... Elle s'est beaucoup développée entre le IVe et le VIIe siècle : le sanctuaire de saint Maron et deux couvents et trois églises y furent construits ». Dont celle de Julianos, la plus grande église en Syrie du Nord après celle de Saint-Siméon. Construite à l'emplacement d'un temple païen, elle déroule 42 m de long et 22,50 m de large. Dans sa cour a été érigé le sanctuaire de saint Maron.
Et ce n'est pas tout. Au sud-ouest du village de Brad, sur une colline, se dresse « un des plus beaux couvents de la Syrie du Nord (palais de Brad) ». Il date du VIe siècle. « La chapelle et les cellules des moines sont encore intactes », et une partie de la colonne d'un ermite est encore debout ; de même, la tour de 10 mètres du haut de laquelle les moines surveillaient les travaux des champs.

Pour conclure, le conférencier donne un aperçu sur l'architecture des églises du nord de la Syrie en citant l'archéologue américain Howard Crosby Butler : « Au début du IVe siècle, de nouveaux éléments ont apparu dans l'architecture de la Syrie du Nord, à la lumière des règles dominantes dans les centres politiques en Orient, et en Occident. Ces étranges éléments ne sont ni grecs ni romains... Ils lancent une nouvelle tendance tout au long de trois siècles, comme un nouveau style. Ils sont un aspect d'influence oriental qui paraît aussi dans les inscriptions syriaques qui se mélangent, dans cette région, avec les inscriptions grecques. Sans doute, la plupart du peuple de ce pays sont araméens. En effet, l'art régional ne pouvait pas paraître durant les pouvoirs grecs et romains et qui était influencé, durant un moment, par le courant classique (...) Et l'architecture classique qui fut imprégnée d'une nouvelle vie, et renouvelée par un peuple inspiré et patriotique, est devenue plus effective dans l'architecture chrétienne qui a englobé les montagnes d'Antioche de l'Orient. »

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