dimanche 19 avril 2015

Le centenaire de la Grande famine au Liban : pour ne jamais oublier - Rania Raad Tawk - L'Orient-Le Jour

Le centenaire de la Grande famine au Liban : pour ne jamais oublier - Rania Raad Tawk - L'Orient-Le Jour
Le centenaire de la Grande famine au Liban : pour ne jamais oublier

L'équipe de Tehkik, conduite par Claude Abou Nader Hindi, revisite dimanche soir à 18h50 l'horrible drame vécu au début du siècle dernier par la population du Mont-Liban, victime, entre 1915 et 1918, d'une famine qui a décimé plus du tiers de la population de la région à l'époque. Des chiffres qui peuvent à la limite qualifier ce drame de véritable génocide. Un génocide sans effusion de sang, certes, sans exode, sans bruit, mais dont le bilan a été ahurissant: 150000 à 200000 morts sur un total d'environ 400000 habitants.

Cette famine, méconnue de beaucoup de Libanais, a été en effet le résultat d'une convergence de quatre facteurs. Le littoral libanais était soumis à l'époque à un blocus maritime imposé par la flotte des forces alliées (notamment la flotte britannique) qui empêchait les navires d'arriver sur la côte libanaise. Il était donc impossible aux Ottomans, dans le camp de l'Allemagne durant la Première Guerre mondiale, de recevoir des armes ou des munitions...
À ce siège maritime s'était ajouté un autre blocus, terrestre cette fois, imposé par Jamal Pacha, le gouverneur ottoman, qui dominait le pays et contrôlait les principaux accès routiers. Ce sont surtout les maronites qui seront les principales victimes de cette « arme de la famine » : les soldats ottomans se montraient particulièrement intransigeants avec les chrétiens plus qu'avec les autres habitants du Mont-Liban.
Mais la responsabilité de cette Grande famine retombe aussi sur certains Libanais, profiteurs et usuriers, qui n'ont pas hésité à tirer profit de la situation pour s'enrichir, contribuant ainsi à l'aggravation de la crise.
Un quatrième événement a été la cerise sur le gâteau : l'invasion des criquets. Pendant une centaine de jours, une nuée de sauterelles a ainsi dévasté les terres agricoles, venant à bout de toutes les récoltes.

Le plus choquant à l'époque était l'attitude passive des forces allemandes et celles de l'Autriche-Hongrie, qui ont cruellement laissé faire, sur base du ne rien voir, ne rien entendre, la raison d'État germano-ottomane ayant la priorité sur toute autre considération. Parallèlement, l'Empire ottoman poussait à l'exode, pourchassait et assassinait à tour de bras les Arméniens, considérés auparavant comme des fidèles mais désormais accusés de traîtrise parce qu'ils avaient aidé, dans la région, les Russes...
Dans ce contexte, la communauté libanaise d'Égypte a contribué dans une large mesure à atténuer les effets de la famine en acheminant des aides par le biais de l'île de Rouad, face au littoral syrien, au nord de Tripoli. Cette aide était livrée au patriarcat maronite qui la distribuait à son tour à la population par l'intermédiaire des couvents et des ordres monastiques.

Mise à mort muette
Il n'empêche, un devoir de mémoire est indispensable et il faut reposer le problème, ne serait-ce que par respect pour tous ceux qui sont morts à cause de cette famine. On ne peut oublier certaines descriptions atroces, comme dans Al-Raghif, le livre de Toufic Youssef Aouad : « Il y avait là une femme étendue sur le dos, envahie de poux. Un nourrisson aux yeux énormes pendait à son sein nu (...). La tête de la femme était renversée et ses cheveux épars. De sa poitrine émergeait un sein griffé et meurtri que l'enfant pétrissait de ses petites mains et pressait de ses lèvres puis abandonnait en pleurant.»

Cette triste commémoration devrait avoir lieu chaque année, malgré le fait qu'elle soit reléguée dans un passé qu'on préfère ne pas réveiller. Le film des frères Rahbani, Safar Barlek, retrace aussi, sous forme d'une comédie musicale, cet épisode dramatique de l'occupation ottomane, mettant en exergue la solidarité syro-libanaise face à l'hégémonie de l'occupant.
Beaucoup de Libanais ont été poussés à quitter leur village et à aller mendier dans les villes; beaucoup de femmes ont été contraintes de se prostituer en contrepartie de nourriture. Un volet humiliant et douloureux pour cette population conservatrice qui a préféré oublier et ne pas transmettre ces détails aux générations futures.
Ce ne sont que les photos d'archives personnelles, comme celles puisées dans les archives de la Compagnie de Jésus au Liban et les (journal quotidien) de nombreux pères jésuites qui ont été exhumés par Christian Tawtel et Pierre Witouck s.j., qui peuvent dénoncer de la meilleure façon, mieux même que tous les témoignages poignants, cette mise à mort muette et obscure de la population chrétienne du Liban il y a cent ans.

Dans L'Orient Littéraire
Frères humains d'il y a 99 ans !



Envoyé de mon Ipad 

samedi 7 mars 2015

La lettre d'info - Mali : un attentat frappe un bar de Bamako, un Français tué



Envoyé de mon Ipad 

Début du message transféré :

Expéditeur: "Le Figaro.fr" <publipostage@mail.lefigaro.fr>
Date: 7 mars 2015 11:40:55 UTC+

 
Agatha Christie, Daech : du «Crime de l'Orient Express» aux crimes de masse en Orient
 
FIGAROVOX/HUMEUR - L'État islamique vient d'ajouter à la liste de ses crimes la destruction d'un site archéologique irakien, Nimroud. Des abominations que le génie romanesque d'Agatha Christie, qui vécut en Orient, n'aurait pu imaginer estime David Brunat.
«L'Etat islamique veut araser le paysage de toute mémoire»

samedi 28 février 2015

Recours juridique pour récupérer les sarcophages phéniciens saisis par la Turquie ? - May MAKAREM - L'Orient-Le Jour

Recours juridique pour récupérer les sarcophages phéniciens saisis par la Turquie ? - May MAKAREM - L'Orient-Le Jour

http://www.lorientlejour.com/article/913296/recours-juridique-pour-recuperer-les-sarcophages-pheniciens-saisis-par-la-turquie-.html
28/22015-    Recours juridique pour récupérer les sarcophages phéniciens saisis par la Turquie ?

Des sarcophages phéniciens anthropoïdes avaient été saisis par l'Empire ottoman en 1868, à Saïda, sous le règne du sultan Abdulaziz. Un trésor national que la Turquie considère comme étant devenu avec le temps une « propriété turque », alors que le ministère des Affaires étrangères a entrepris des démarches pour récupérer les sarcophages.

La réponse turque a été transmise au ministre de la Culture, Rony Araiji. Ce dernier a confié le dossier à des spécialistes en droit international. « Nous re1étudions les différentes options que le Liban pourrait adopter pour obtenir gain de cause, soit avoir recours aux instances juridiques internationales, soit trouver un terrain d'entente avec l'autre partie », a déclaré le ministre à L'Orient-Le Jour.

On ne revient pas sur le passé !
À la question de savoir si l'Unesco peut intervenir pour aider à régler le litige, Joseph Kreidi, l'un des responsables du bureau régional de l'Unesco (Cultural National Project Officer) explique que l'organisation ne peut intercéder auprès des autorités turques que si les faits sont postérieurs à la convention de 1970, laquelle a établi les mesures à prendre pour interdire et empêcher l'importation, l'exportation et le transfert illicites des biens culturels ou encore qui prévoit des dispositions en matière de restitution et de coopération. Et que les États membres se sont engagés à respecter. Par contre, aucune mesure n'a été prise pour restituer des objets et les œuvres d'art pillées par les grandes puissances depuis le XIXe siècle à travers le monde. Ou avant l'entrée en vigueur de la convention précitée. « L'Unesco ne peut donc intervenir que pour faire pression ou jouer le rôle d'intermédiaire », a dit M. Kreidi.
En octobre dernier, lors d'une rencontre avec L'Orient-Le Jour, Élisabeth Fontan, ancien conservatrice en chef au département des Antiquités orientales du musée du Louvre, responsable pendant 40 ans des collections d'Assyrie, de Phénicie, de Palestine et de Jordanie, avait relevé que la formation des collections du Levant ne provenait pas exclusivement des fouilles illicites. « Celle de la Phénicie date principalement de la mission archéologique d'Ernest Renan. Elle a été ensuite enrichie par les explorations menées sous le mandat français lorsque des réglementations et des accords bilatéraux sur les Antiquités furent mis en place, établissant des modalités de partage entre le gouvernement français et le Liban », a observé Élisabeth Fontan. À la question de savoir si les collections pourraient un jour être retournées à leur pays d'origine, elle a été catégorique : « On ne revient pas sur le passé. Les objets sont sortis à la fois d'Irak, de Syrie et du Liban, en accord avec les lois de l'époque. On peut les regretter, mais il faut accepter que les choses se soient passées ainsi. Toutes les portes des églises romanes de France ont été vendues aux USA, lors de la Révolution française. Le service en porcelaine de Sèvres du roi Louis XVI se trouve aujourd'hui chez la reine d'Angleterre... C'est ainsi. » Rappelons que le musée du Louvre abrite le sarcophage de basalte noir du roi de Sidon Eshmounazar II, dégagé lors d'une fouille en 1855 ; le sarcophage anthropoïde de Sidon coiffé à l'égyptienne découvert à Aïn el-Héloué ; et un ensemble de statues et de reliefs tirés en 1887 d'un Mithréum. Pour ne citer que quelques-uns... sans oublier la statue en bronze d'Aphrodite.

Alexandre, Satrape et Lycien, les vedettes du musée d'Istanbul
Parmi les 18 sarcophages conservés au musée archéologique d'Istanbul, l'impressionnante œuvre funéraire d'Alexandre, découverte par l'archéologue turc Osman Hamdi bey. Entièrement sculpté dans du marbre, ce sarcophage qui pèse plus de 15 tonnes et date de la fin du IVe siècle avant J.-C. est considéré comme une des plus belles sépultures découvertes à Sidon. Le jeune conquérant macédonien y figure dans des scènes de chasse et de combat. C'est pour cette raison qu'il porte le nom de « sarcophage d'Alexandre ».
Daté du Ve siècle avant J.-C., le sarcophage du Satrape fait partie du groupe « le plus important des monuments phéniciens ». Découvert dans la nécropole de Aya (région de Sidon), il représente des scènes de la vie d'un potentat oriental.
Un autre sarcophage d'une beauté saisissante est celui que l'on désigne par « sarcophage du Lycien ». Il a été découvert dans la nécropole royale de Sidon. Le nom de « Lycien » fut attribué à ce sarcophage, car sa forme et les scènes qui y figurent rappellent les monuments funéraires de Lycie. Il subsiste des traces de polychromie sur les sculptures ; le marbre provient de Paros.
Il y a aussi le remarquable « sarcophage des pleureuses », des pleureuses « en forme d'un temple grec. » Il représente une cella qu'entoure un portique abritant 18 statuettes de trois pieds de haut, encadrées par des colonnes; chaque extrémité est ornée de trois de ces statuettes et chaque grand côté en compte six. Ces statuettes sont sculptées avec beaucoup de finesse et d'art. Elles représentent des femmes exprimant leur douleur de diverses manières.
La Turquie refuse toute politique de restitution. Pourtant elle avait obtenu des États-Unis le retour d'une statue d'Hercule du musée de Boston en arguant du patrimoine national, ainsi que d'autres vestiges d'Allemagne cette fois, offerts par l'un des sultans ottomans à un chancelier. À son tour, le Liban réclame son dû, ses trésors, son histoire...



Envoyé de mon Ipad 

vendredi 27 février 2015

Comment 18 sarcophages phéniciens pèsent sur les relations libano-turques... - Khalil FLEYHANE - L'Orient-Le Jour

Comment 18 sarcophages phéniciens pèsent sur les relations libano-turques... - Khalil FLEYHANE - L'Orient-Le Jour
Comment 18 sarcophages phéniciens pèsent sur les relations libano-turques...

À l'heure où le pillage des ruines syriennes par différentes parties au conflit provoque des remous sur le plan international, c'est au tour du Liban de commencer à réclamer le retour de son patrimoine.
Ainsi, il y a deux ans, le Liban avait réclamé à la Turquie la rétrocession de 18 sarcophages phéniciens actuellement exposés au musée d'Istanbul.
Le ministère des Affaires étrangères avait adressé la demande de rétrocession à l'ambassade de Turquie au Liban il y a près de deux ans, à travers une lettre fondée sur le droit du Liban à récupérer ces sarcophages en vertu du droit international relatif au patrimoine national.
Le palais Bustros avait été alerté sur la présence de sarcophage au musée d'Istanbul par un visiteur libanais du musée, qui en avait pris des clichés. À son retour à Beyrouth, ce dernier avait alors dressé un rapport complet au ministère.
Selon la réponse officielle d'Ankara à la demande libanaise, ces sarcophages avaient été saisis par l'Empire ottoman en 1868 à Saïda, c'est-à-dire sous le règne du sultan Abdulaziz, et transportés depuis de province en province. En d'autres termes, ils sont devenus, avec le temps, une propriété turque.
La réponse turque a été transmise au ministre de la Culture, Raymond Araiji, qui a aussitôt demandé d'adresser une nouvelle lettre à Ankara soulignant que les sarcophages font partie du patrimoine national libanais. Conformément à l'Unesco, aucun État ne peut, partant, les spolier, les voler ou prétendre les avoir saisis comme butin de guerre.
Le palais Bustros a donc de nouveau adressé une lettre par écrit dans ce sens aux autorités turques – remise par le ministre Gebran Bassil à l'ambassadeur Inan Ozyildiz avant son départ pour sa tournée latino-américaine –, réclamant le retour des sarcophages. Beyrouth a même mis en exergue sa disposition à envoyer une délégation en Turquie pour recouvrer les sarcophages et assurer leur transport au Liban aux frais du ministère.
Si Ankara refuse de restituer les sarcophages au Liban, Beyrouth menace d'avoir recours aux autorités internationales pour obtenir gain de cause, en déposant une plainte à La Haye. Le Liban considère en effet le refus des autorités turques de répondre positivement à sa demande comme un précédent négatif au niveau des relations entre les deux pays.
D'autant que la Turquie avait, elle-même, obtenu des États-Unis le retour d'une statue d'Hercule du musée de Boston en arguant du patrimoine national, ainsi que d'autres vestiges, d'Allemagne cette fois, offerts par l'un des sultans ottomans à un chancelier.



Envoyé de mon Ipad 

Statues détruites par Daech : une «tragédie» pour les scientifiques

Statues détruites par Daech : une «tragédie» pour les scientifiques

Statues détruites par Daech : une «tragédie» pour les scientifiques

Du musée des arts asiatiques de Paris, sa présidente Sophie Makariou fait part de son écœurement. Réagissant à un film de propagande de Daech montrant des statues antiques abattues à coups de massues, cette scientifique rappelle avec d'autres que «l'Islamisme c'est la mort de l'Islam».

Sophie Makariou, qui dirige le musée Guimet des Arts asiatiques à Paris, réagit avec d'autres conservateurs et archéologues à la destruction par des djihadistes d'une collection de sculptures antiques.

«Je suis atterrée, le mot est bien faible, de ce que je vois. Et pas étonnée», dit Sophie Makariou, qui a piloté au Louvre l'ouverture des nouvelles salles du Département des Arts de l'Islam et qui dirige aujourd'hui, à Paris, le musée Guimet des Arts asiatiques. «J'avais bien dit le 4 janvier 2012, lors de la conférence de presse à la réception du chantier architectural des Arts de l'Islam au Louvre, que 'l'Islamisme c'est la mort de l'Islam'. J'ai également prévenu que dans cette guerre, le patrimoine ne serait pas une victime collatérale mais une cible. Il l'était lorsque les islamistes - les talibans - ont détruits les bouddhas de Bamyan, lorsque les islamistes ont fait sauter le magnifique tombeau de Hassan al-Basri, un monument du XIIe siècle qui, ô crime, est un tombeau, à Samarra. Mais je n'ai pas entendu une mouche voler. Pas plus que je ne l'ai entendue lorsque des islamistes ont ravagé le musée d'art islamique du Caire en 2014. C'est la même chaîne de causalités.

Maintenant ils sont à l'œuvre au musée de Mossoul, l'antique Ninive au deuxième millénaire d'avant notre ère. Puis une capitale si importante de la Djézireh au XIe-XIIIe siècles de notre ère. Ils détruisent les grands taureaux androcéphales: c'est une tragédie, une tragédie. Soyons heureux que nos musées conservent des témoignages de ces civilisations disparues, au rang desquelles il faut compter le vieil Islam dont il ne reste rien.»

«Une catastrophe irréparable»

Avec Sophie Makariou, son époux Gabriel Martinez-Gros se déclare «atterré». Cet historien français, spécialiste du monde d'al-Andalus, professeur d'histoire médiévale du monde musulman à l'Université de Paris-X, croit, sur le film reconnaître le musée de Mossoul. Pour lui seraient réduites en miettes la face anthropomorphe d'un taureau ailé qui bornait la porte de Nergal à Ninive et des statues probablement parthes.

Pareillement «affligée», Élisabeth Fontan, conservateur honoraire du Louvre, qui vient juste de prendre sa retraite et se trouvait en charge des collections assyriennes, juge qu'il s'agit d'«une catastrophe irréparable». «Les responsables de l'Institut français du Proche-Orient basés à Erbil ne peuvent même pas aller sur place, précise-t-elle. En 2003, durant la guerre du Golfe, des Taureaux de Khorsabad comparables à ceux qu'on peut admirer au Louvre avaient déjà été découpés en morceaux.»



Envoyé de mon Ipad 

dimanche 15 février 2015

Audience Générale, 13 juin 2007

Audience Générale, 13 juin 2007

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2007/documents/hf_ben-xvi_aud_20070613.html
Benoît XVI évoque en 2007 l'apport très précieux d'Eusebe de Cesarėe à la culture et à la Foi chrétienne 
Proche de l'empereur Constantin , vivant entre Cesarėe et Tyr , Eusebe a joué un rôle très important dans l'histoire de l'Eglise et du Liban , notamment l'histoire de La ville de Tyr.

Audience Générale, 13 juin 2007

BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 13 juin 2007

Eusèbe de Césarée

Chers frères et sœurs,

Dans l'histoire du christianisme antique, la distinction entre les trois premiers siècles et ceux qui suivirent le Concile de Nicée de 325, le premier Concile œcuménique, est fondamentale. Presque comme une "charnière" entre les deux périodes se trouvent ce qu'on appelle le "tournant constantinien" et la paix de l'Eglise, ainsi que la figure d'Eusèbe, Evêque de Césarée en Palestine. Il fut le représentant le plus qualifié de la culture chrétienne de son époque dans des contextes très variés, de la théologie à l'exégèse, de l'histoire à l'érudition. Eusèbe est en particulier célèbre comme le premier historien du christianisme, mais il fut également le plus grand philologue de l'Eglise antique.

A Césarée, où il faut probablement situer autour de 260 la naissance d'Eusèbe, Origène s'était réfugié en arrivant d'Alexandrie, et c'est là qu'il avait fondé une école et une importante bibliothèque. C'est précisément sur ces livres que devait se former, quelques décennies plus tard, le jeune Eusèbe. En 325, en tant qu'Evêque de Césarée, il joua un rôle important dans le Concile de Nicée. Il en approuva le Credo et l'affirmation de la pleine divinité du Fils de Dieu, défini pour cela "de la même substance" que le Père (homooúsios tõ Patrí). C'est pratiquement le même Credo que nous récitons chaque dimanche dans la sainte Liturgie. Admirateur sincère de Constantin, qui avait donné la paix à l'Eglise, Eusèbe en reçut à son tour l'estime et la considération. Il célébra l'empereur, non seulement dans ses œuvres, mais également dans des discours officiels, prononcés lors du vingtième et du trentième anniversaire de son accession au trône, et après sa mort, qui eut lieu en 337. Deux ou trois ans plus tard, Eusèbe mourut lui aussi.

Chercheur inlassable, dans ses nombreux écrits, Eusèbe se propose de réfléchir et de faire le point sur trois siècles de christianisme, trois siècles vécus sous la persécution, en puisant largement aux sources chrétiennes et païennes conservées en particulier dans la grande bibliothèque de Césarée. Ainsi, malgré l'importance objective de ses œuvres apologétiques, exégétiques et doctrinales, la réputation éternelle d'Eusèbe reste surtout liée aux dix livres de son Histoire ecclésiastique. C'est le premier qui a écrit une Histoire de l'Eglise, qui reste fondamentale grâce aux sources qu'Eusèbe a mises à notre disposition pour toujours. Avec cette Histoire, il réussit à sauver d'un oubli certain de nombreux événements, personnages et œuvres littéraires de l'Eglise antique. Il s'agit donc d'une source primordiale pour la connaissance des premiers siècles du christianisme.

Nous pouvons nous demander de quelle façon il a structuré et avec quelles intentions il a rédigé cette œuvre nouvelle. Au début de son premier livre, l'historien dresse avec précision la liste des thèmes qu'il entend traiter dans son œuvre:  "Je me suis proposé de mettre par écrit les successions des saints apôtres et les temps écoulés, à partir de ceux de notre Sauveur jusqu'à nous; toutes les grandes choses que l'on dit avoir été accomplies au cours de l'histoire de l'Eglise; tous ceux qui ont dirigé et guidé de manière éminente les plus illustres diocèses; et ceux qui, au cours de chaque génération, ont été des messagers de la Parole divine à travers la parole et les écrits; quelles et combien ont été les personnes, et à quelle époque, qui, poussées par un désir de nouveauté, après avoir persévéré le plus possible dans l'erreur, sont devenues des interprètes et des promoteurs d'une fausse doctrine, et comme des loups cruels, ont dévasté sans pitié le troupeau du Christ; ...et le nombre et les moyens avec lesquels, et à quelle époque, la Parole divine fut combattue par les païens; et les grands hommes qui, pour la défendre, sont passés à travers de dures épreuves de sang et de tortures; et, enfin, les témoignages de notre temps, et la miséricorde et la bienveillance de notre Sauveur envers nous tous" (1, 1, 1-2). Eusèbe traite de divers secteurs:  la succession des Apôtres comme ossature de l'Eglise, la diffusion du message, les erreurs, puis les persécutions de la part des païens et les grands témoignage qui sont la lumière de cette Histoire. Dans tout cela transparaissent pour lui la miséricorde et la bienveillance du Sauveur. Eusèbe inaugure ainsi l'historiographie ecclésiastique, poussant son récit jusqu'en 324, année où Constantin, après la défaite de Licinius, fut acclamé unique empereur de Rome.

C'est l'année précédant le grand Concile de Nicée qu'il offre ensuite la "Summa" de ce que l'Eglise - d'un point de vue doctrinal, moral et aussi juridique - avait appris au cours de ses 300 ans.

La citation que nous venons de mentionner, tirée du premier livre de l'Histoire ecclésiastique, contient une répétition certainement intentionnelle. A trois reprises en quelques lignes seulement, revient le titre christologique de Sauveur, et il est explicitement fait référence à sa "miséricorde" et à sa "bienveillance". Nous pouvons ainsi saisir la perspective fondamentale de l'historiographie eusébienne:  son histoire est une histoire "christocentrique" dans laquelle se révèle progressivement le mystère de l'amour de Dieu pour les hommes. Avec un étonnement authentique, Eusèbe reconnaît "qu'auprès de tous les hommes du monde entier seul Jésus est dit, confessé, reconnu Christ [c'est-à-dire Messie et Sauveur du monde], qu'il est rappelé avec ce nom également par les grecs et par les barbares, qu'aujourd'hui encore, il est honoré comme un roi par ses disciples présents dans le monde, admiré plus qu'un prophète, glorifié comme le vrai et unique prêtre de Dieu; et, plus encore, en tant que Logos de Dieu préexistant et tiré de l'être avant tous les temps, il a reçu du Père un honneur digne de vénération, et il est adoré comme Dieu. Mais la chose la plus extraordinaire de toutes est que, lorsque nous lui sommes consacrés, nous le célébrons non seulement avec les voix et le son des paroles, mais avec toutes les dispositions de l'âme, de sorte que nous plaçons avant nos vies elles-mêmes le témoignage que nous  lui rendons" (1, 3, 19-20). C'est ainsi qu'apparaît au premier plan une autre caractéristique, qui restera constante  dans  l'antique historiographie ecclésiastique:  c'est "l'intention morale" qui préside au récit. L'analyse historique  n'est  jamais  une  fin  en elle-même; elle n'est pas seulement faite pour connaître le passé; elle vise plutôt de manière décidée à la conversion, et à un authentique témoignage de vie chrétienne de la part des fidèles. Elle est un guide pour nous-même.

De cette manière, Eusèbe interpelle vivement les croyants de chaque époque à propos de leur façon d'aborder les événements de l'histoire, et de l'Eglise en particulier. Il nous interpelle nous aussi:  quelle est notre attitude à l'égard des événements de l'Eglise? Est-ce l'attitude de celui qui s'y intéresse par simple curiosité, peut-être en recherchant à tout prix ce qui est sensationnel ou scandaleux? Ou bien l'attitude pleine d'amour, et ouverte au mystère, de celui qui sait - par foi - pouvoir retrouver dans l'histoire de l'Eglise les signes de l'amour de Dieu et les grandes œuvres du salut qu'il a accomplies? Si telle est notre attitude, nous ne pouvons que nous sentir encouragés à une réponse plus cohérente et généreuse, à un témoignage de vie plus chrétien pour laisser les signes de l'amour de Dieu également aux générations futures.

"Il y a un mystère", ne se lassait pas de répéter cet éminent expert des Pères de l'Eglise que fut le Cardinal Jean Daniélou:  "Il y a un contenu caché dans l'histoire... Le mystère est celui des œuvres de Dieu, qui constituent dans le temps la réalité authentique, cachée derrière les apparences... Mais cette histoire que Dieu réalise pour l'homme, il ne la réalise pas sans lui. S'arrêter pour contempler les "grandes choses" de Dieu signifierait ne voir qu'un aspect des choses. Face à celles-ci se trouve la réponse des hommes" (Essai sur le mystère de l'histoire - "Saggio sul mistero della  storia",  éd.  it.,  Brescia 1963, p. 182). Après tant de siècles, aujourd'hui aussi Eusèbe de Césarée invite les croyants, il nous invite, à nous étonner, à contempler dans l'histoire les grandes œuvres de Dieu pour le salut des hommes. Et avec tout autant d'énergie, il nous invite à la conversion de notre vie. En effet, face à un Dieu qui nous a aimés de cette manière, nous ne pouvons pas rester inertes. L'instance propre à l'amour est que la vie tout entière doit être orientée vers l'imitation de l'Aimée. Faisons donc tout notre possible pour laisser dans notre vie une trace transparente de l'amour de Dieu.

***

Je salue cordialement les pèlerins francophones présents ce matin, les invitant à porter un regard plein d'espérance sur le monde, que Dieu aime et dans lequel il les appelle à témoigner du Christ Sauveur.

© Copyright 2007 - Libreria Editrice Vaticana



Envoyé de mon Ipad 

jeudi 5 février 2015

L’Académie internationale de gastronomie met le Liban à l’honneur - Zeina SALEH KAYALI - L'Orient-Le Jour

L'Académie internationale de gastronomie met le Liban à l'honneur - Zeina SALEH KAYALI - L'Orient-Le Jour

http://www.lorientlejour.com/article/909793/lacademie-internationale-de-gastronomie-met-le-liban-a-lhonneur.html
5/2//2015-L'Académie internationale de gastronomie met le Liban à l'honneur

C'est dans l'éblouissant écrin de l'hôtel Le Bristol, à Paris, que s'est tenu le dîner annuel de l'Académie internationale de gastronomie qui, cette année, a mis la gastronomie libanaise à l'honneur.
Cette vénérable institution, qui compte 28 pays membres dont le Liban, a pour objet la sauvegarde et le développement des cultures et des patrimoines culinaires régionaux et nationaux, sans oublier l'encouragement de la cuisine moderne dans sa créativité.
Et c'est exactement dans cet esprit de découverte, novateur et curieux, que s'est déroulé l'hommage à notre gastronomie nationale, confiée au talent de l'un des chefs les plus créatifs de sa génération, Nicolas Audi.
Les invités sont essentiellement les membres des différentes académies nationales (France, Belgique, Allemagne, Espagne, Pologne, Portugal, Japon, Suisse, Grèce, etc.), quelques officiels français et libanais (dont les ambassadeurs
Boutros Assaker et Najla Riachi) ainsi qu'un certain nombre de membres de l'Académie libanaise de gastronomie, venus spécialement du Liban pour l'occasion, tels que le président-directeur général des vins Ksara, Zafer Chaoui, ainsi que Naji Chaoui, Khalil Sara (qui est aussi membre du bureau de l'Académie internationale de gastronomie), Gilbert Yared, Amba Dabbous (déléguée au comité des prix), Madeleine Hélou (vice-présidente) et, bien sûr, Georges Husni, président d'honneur de l'Académie internationale de gastronomie.
Après un apéritif de bienvenue, accompagné des traditionnelles bouchées libanaises (fatayer, falafel, mana'ich et sfiha) parfois totalement revisitées par l'imagination du chef, les convives sont invités à s'installer dans l'imposante salle à manger où le dîner peut débuter.
Cheikh Fouad el-Khazen, président de l'Académie libanaise de gastronomie, prend la parole pour préciser que «l'hôtel Le Bristol, qui accueille cette manifestation, vient d'être proclamé Best Hotel Worldwide par le site Trip Advisor». Puis il met l'accent sur l'importance de la gastronomie dans la culture d'un peuple, en rappelant que «le repas français est désormais inscrit sur la liste du patrimoine mondial immatériel de l'Unesco». Cheikh el-Khazen présente ensuite le chef, Nicolas Audi, lauréat en 2014 du grand prix exceptionnel de l'Académie internationale de gastronomie, louant ses «immenses qualités de chef et d'esthète». Le président termine son allocution par un hommage appuyé et très émouvant à Serge Hochar, récemment disparu, «qui a fait connaître le Liban par le biais de son vin, Musar, et dont le fils, Marc, est présent dans la salle».
Les vins libanais sont d'ailleurs fort bien représentés à ce dîner, et des crus aussi prestigieux que Château Ksara Rouge 2004, Château Musar Rouge 2007, Château Kefraya Blanc 2012 ou Ixsir 2012 se marient fort bien avec les saveurs raffinées des plats proposés.
Le secrétaire général de l'Académie libanaise de gastronomie, M. Walid Mouzannar, prend alors la parole pour parler de «l'importance de la cuisine libanaise dans la vie des Libanais». Il raconte de façon fort vivante que l'on trouve dans certains pays d'émigration des Libanais de troisième ou quatrième génération «qui ne parlent plus leur langue mais qui connaissent parfaitement le taboulé ou le hommos». Puis, avec une faconde charmante et beaucoup d'humour, M. Mouzannar présente en détail les cinq plats qui sont au menu. Il donne des détails tout à fait intéressants sur l'origine de chacun d'entre eux, la circonstance ou le lieu où le plat est dégusté, et même la confession qui en maîtrise le mieux la fabrication.
Le festival gustatif peut alors commencer et les papilles passent avec émerveillement d'un taboulé sur feuille de chou, à une galette orientale au fromage, puis à un loup de mer sur sauce harra, à un kebbé arnabieh aux cinq agrumes. Le festival s'achève en apothéose avec l'agneau aplati accompagné de son riz parfumé.
Les desserts ne sont pas moins flamboyants que le reste: osmallieh reconvertie en crème brûlée par Nicolas Audi, tamrieh qui rappelle aux plus âgés les kiosques à la sortie des églises les jours de fête, glace au sahlab au goût si particulier et, enfin, tarte al-Khalil, création tout à fait originale du chef et qui se compose de trois couches superposées: achta, pistaches et jazarieh.
Cette incroyable symphonie de saveurs et de couleurs, présentée avec tant de raffinement et de goût, a, ce soir-là, porté très haut le nom du Liban, civilisation ancestrale dont la gastronomie remonte parfois à des millénaires. Et pour ceux qui ne connaissaient pas cette terre qui recèle tant de merveilles, leur seule envie, en sortant de ce dîner, était de la découvrir.



Envoyé de mon Ipad 

jeudi 29 janvier 2015

Dans le désert d'Arabie, des croix chrétiennes du Ve s.



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Expéditeur: ZENIT <info@zenit.org>
Date: 29 janvier 2015 20:02:42 UTC
Dans le désert d'Arabie, des croix chrétiennes du Ve s.
Présentation par un archéologue français, Frédéric Imbert

Rédaction

ROME, 29 janvier 2015 (Zenit.org) - Des inscriptions assorties de croix chrétiennes, ont été découvertes en Arabie Saoudite, dans la zone de Jabal Kawkab du désert: elles attestent la présence d'une communauté chrétienne en Arabie du Sud au Ve siècle.

Frédéric Imbert, spécialiste d'épigraphie arabe et islamique, professeur à l'université d'Aix et membre de la mission franco-saoudienne de prospection dans l'émirat de Najrân, a exposé ces découvertes lors d'une conférence au musée de l'Université américaine de Beyrouth.

Selon le journal L'Orient-Le Jour, une série de noms chrétiens, peut-être des martyrs tués lors d'une persécution, a été découverte en janvier 2014 au sud de Jabal Kawkab dans le secteur de Hima, dit aussi Bîr Ḥimā ou Ᾱbār Ḥimā, « appellations renvoyant à une zone de puits connus depuis la plus ancienne Antiquité ». Pour l'archéologue, ce coin était probablement une zone d'approvisionnement d'eau pour les caravanes qui voyageaient du Yémen à Najran.

Les inscriptions gravées sur des rochers sur plus d'un kilomètre, « ne sont pas les seules croix connues en Arabie du Sud et de l'Est, mais il s'agit sans doute des plus vieilles croix chrétiennes en contexte daté de 470 de notre ère », a souligné Frédéric Imbert.

Quant à la langue – difficile à préciser car les inscriptions ne sont que des noms –, il pourrait s'agir « d'une forme tardive et peut-être locale d'araméen », ou « écriture nabatéo-arabe ».

Les écrits se situeraient à l'époque du règne himyarite de Shurihbil Yakkuf, qui a gouverné l'Arabie du Sud de 470 à 475. Les persécutions des chrétiens auraient commencé au cours de son règne.

Pour Frédéric Imbert, il est possible que cette communauté chrétienne soit venue d'Irak, avant même l'essor du christianisme dans la région : présent en Arabie à partir du IVè siècle, c'est cependant « au VIè siècle qu'il se diffuse dans la région du golfe Arabo-Persique, dans les régions côtières du Yémen et dans celle de Najrân », grâce aux missionnaires de l'empire perse sassanide et aux missionnaires syriens monophysites qui sont hostiles au concile de Chalcédoine (451).

La région du Jabal Kawkab affiche des milliers de représentations humaines et animales, de versets, de croix, de vers de poésie, de textes en arabe, en sudarabique, en thamoudéen ou en nabatéen : « Nous travaillons sur ce que j'appelle "le plus vieux livre des Arabes", un livre écrit sur les pierres du désert par des hommes qui vécurent à l'époque où une certaine forme de monothéisme se met en place dans la douleur et l'opposition, les massacres et les guerres. Aujourd'hui, c'est une page de l'histoire des Arabes et du christianisme que nous essayons de retrouver... », conclut Frédéric Imbert.

Avec Constance Roques

mercredi 28 janvier 2015

Une forêt de croix gravées dans le désert d’Arabie saoudite - May MAKAREM - L'Orient-Le Jour

Une forêt de croix gravées dans le désert d'Arabie saoudite - May MAKAREM - L'Orient-Le Jour

http://www.lorientlejour.com/article/908412/une-foret-de-croix-gravees-dans-le-desert-darabie-saoudite.html
28/1/2015-Une forêt de croix gravées dans le désert d'Arabie saoudite

À travers les épigraphies d'une communauté chrétienne en Arabie du Sud au Ve siècle, Frédéric Imbert a mené son auditoire non seulement aux sources du christianisme en Arabie, mais aussi aux sources mêmes de l'écriture arabe. Spécialiste d'épigraphie arabe et islamique, professeur à l'université d'Aix et membre de la mission franco-saoudienne de prospection dans l'émirat de Najrân, au sud de l'Arabie, Imbert a exposé lors d'une conférence au musée de l'Université américaine de Beyrouth, les découvertes qu'il a faites dans la zone de Jabal Kawkab (la montagne de l'Astre) dont les parois rocheuses ont révélé des inscriptions assorties de croix, mais aussi, sur des kilomètres et des kilomètres, des milliers de gravures rupestres de toutes les époques, depuis la préhistoire jusqu'à l'époque islamique.

Les croix de Bīr Ḥimā
Les anciennes inscriptions de la communauté chrétienne ont été découvertes en janvier 2014 au sud de Jabal Kawkab dans le secteur de Hima, dit aussi Bîr Ḥimā ou Ᾱbār Ḥimā, « appellations renvoyant à une zone de puits connus depuis la plus ancienne Antiquité ». Le site, posé sur l'ancienne voie qui reliait le Yémen à Najran sans passer par le grand désert du Rub' al-Khālî, était « une halte majeure pour l'approvisionnement en eau ». Non loin de ces puits, le conférencier a découvert des inscriptions gravées sur des rochers, « face écrite tournée vers le haut ». Son regard est attiré par « la qualité de la gravure et la typologie des caractères », ainsi que par « la taille ostentatoire » et les formes variées des croix gravées, associées systématiquement aux textes. « Il est vrai qu'elles ne sont pas les seules croix connues en Arabie du Sud et de l'Est, mais il s'agit sans doute des plus vieilles croix chrétiennes en contexte daté de 470 de notre ère », souligne Frédéric Imbert.


Pourtant, aucune trace de bâti n'a été relevée sur le site. Et l'ensemble des inscriptions, qui s'étend sur plus d'un kilomètre, ne fournit qu'une série de noms. Elles ne contiennent ni phrases construites ni textes relatant un événement. L'identification de la langue reste donc aléatoire. « Nous pensons au travers de quelques mots qu'il s'agit d'une forme tardive et peut-être locale d'araméen », indique-t-il. Quant à la lecture des noms, elle ne s'impose pas immédiatement.


À titre d'exemple, « Yawnan bar Malik(w) ne porte aucun point diacritique et il peut être aussi lu Ṯawbān, mais nous penchons plutôt pour Yawnān, comme le propose le savant onomasticien Ibn Mākūlā dans son ouvrage al-Ikmāl », explique le conférencier, précisant que dans le contexte chrétien, il s'agit de la forme ancienne de Yūnus ou Jonas. Donc on peut lire « Jonas fils de Malik ». Ensuite, se référant au calendrier de l'antéislam proposé par « Muḥammad b. al-Mustanīr, surnommé Quṭrub (m. 206/821), grammairien d'al-Baṣra », il souligne que « burak » correspond à l'actuel mois hégirien de Dhâ l-Hijja.
Quant à la date, elle correspondrait, selon le système de numération nabatéen, à l'an 470 de notre ère. Les inscriptions dateraient du règne du souverain himyarite Shuriḥbi'īl Yakkūf qui gouverna l'Arabie du Sud de 470 à 475. C'est sous son autorité qu'auraient débuté les persécutions de chrétiens. Les inscriptions révèlent d'ailleurs le nom de Marthad et celui de Rabī', inscrits sur la liste des martyrs de Najrân, dans le Livre des Himyarites.



(Pour mémoire : Hegra, la Pétra d'Arabie saoudite, dévoile ses secrets)

Le nabatéo-arabe : une écriture de transition
En ce qui concerne le registre de l'écriture, le spécialiste reste prudent. Selon lui, « l'inscription ressemble à de l'arabe, et nous pourrions être tentés de l'appeler « écriture arabe antéislamique » ; mais ce serait sans doute partiellement exact dans la mesure où nous ne sommes pas sûrs qu'il s'agisse purement de langue arabe, et ce serait ignorer la forme de certains caractères qui se rapprochent plus de l'écriture nabatéenne telle qu'on la connaît dans le nord de l'Arabie. C'est pourquoi il semble préférable de la qualifier d'inscription en écriture nabatéo-arabe », dit M. Imbert, ajoutant que « jusqu'à présent, on pensait que l'écriture arabe dérivait du syriaque (écriture utilisée dans les milieux chrétiens en Syrie et en Bas-Irak), mais certains demeurent convaincus qu'elle pouvait dériver du nabatéen tardif ». Le conférencier rappelle que ces dernières années, les travaux menés par la chercheuse du CNRS Orient & Méditerranée Laïla Nehmé, dans le nord de l'Arabie et autour de Madā'in Ṣālih, ont montré qu'il existait une écriture de transition, le nabatéo-arabe, dont certains caractères montrent déjà l'évolution vers les formes connues de l'écriture arabe que nous connaissons.

Le massacre des chrétiens
Pour comprendre le contexte dans lequel ces écrits ont été produits, Frédéric Imbert expose un petit historique de la zone, expliquant qu'à la fin du IIIe siècle après J.-C., la dynastie himyarite qui a régné durant 150 ans affirme sa neutralité entre les grands empires byzantin et perse, en faisant le choix du judaïsme.
D'autre part, le christianisme s'est répandu en Arabie à partir du IVe siècle, mais « c'est au VIe qu'il va prendre son essor dans la région du golfe Arabo-Persique, dans les régions côtières du Yémen et dans celle de Najrân. L'un des facteurs importants de sa diffusion va être l'activité missionnaire des chrétiens de l'empire perse sassanide et celle des missionnaires syriens monophysites qui sont hostiles au concile de Chalcédoine (451), et ce sont eux qui semblent exercer des responsabilités ecclésiastiques à Najrân. Deux évêques y sont d'ailleurs consacrés entre 485 et 519 ».


Mais un coup de force installe sur le trône himyarite un usurpateur qui prend le nom de Yûsuf/ Joseph appelé également Dhū Nuwās. C'est lui qui ordonnera le massacre des chrétiens de Najrân.
Ce massacre est confirmé par plusieurs sources dont le Martyre d'Aréthas, ouvrage publié dans les Monographies, et les textes épigraphiques écrits en sudarabiques par un général du roi Yūsuf Dhū Nuwās. Ce dernier évoque clairement les événements. Le Coran se fait également l'écho dans la sourate al-Burūǧ (les Constellations).


À l'appel des chrétiens survivants, relayé par l'empereur byzantin, le roi d'Ethiopie Kâleb monte une expédition militaire pour venir au secours des persécutés. Son armée renverse et met à mort Yûsuf, lequel est remplacé par un nouveau roi chrétien. L'Arabie du Sud devient un protectorat éthiopien et le restera jusqu'à la conquête de l'Islam.


D'où est venue cette communauté ?
Il est possible que cette communauté chrétienne soit venue d'Irak, plus précisément d'al-Ḥira, « ville arabe de tradition chrétienne, pôle de christianisation des rives du golfe Arabo-Persique et qui compte déjà des épiscopats et des églises. Leur orientation théologique pourrait être celle des nestoriens d'al-Hîra, mais c'est difficile à prouver », dit le conférencier, soulignant que cette communauté avait adopté une langue et une écriture (l'araméen et le nabatéo-arabe) qui ne sont pas celles du royaume de Himyar, c'est-à-dire le sudarabique et le sabéen.

Le plus vieux livre des Arabes
Pour conclure, Frédéric Imbert signale que tout le contexte épigraphique de Hima et de la zone du Jabal Kawkab est troublant tant cette région affiche des milliers de représentations humaines et animales, de versets, de croix, de vers de poésie, de textes en arabe, en sudarabique, en thamoudéen ou en nabatéen. « Nous travaillons sur ce que j'appelle "le plus vieux livre des Arabes", un livre écrit sur les pierres du désert par des hommes qui vécurent à l'époque où une certaine forme de monothéisme se met en place dans la douleur et l'opposition, les massacres et les guerres. Aujourd'hui, c'est une page de l'histoire des Arabes et du christianisme que nous essayons de retrouver et qu'il va falloir aller chercher au sud de l'Arabie. »

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Envoyé de mon Ipad 

mercredi 14 janvier 2015

Le « vivre-ensemble » libanais, un exemple fort pour un Occident en pleine tourmente - L'Orient-Le Jour

Le « vivre-ensemble » libanais, un exemple fort pour un Occident en pleine tourmente - L'Orient-Le Jour
Le « vivre-ensemble » libanais, un exemple fort pour un Occident en pleine tourmente

Entre vulnérabilité et solidité du système constitutionnel libanais, un débat interminable occupe inlassablement les constitutionnalistes et les analystes politiques dans ce petit pays et ailleurs depuis bientôt soixante-douze ans. Partout dans le monde, les régimes politiques sont en effet soit laïcs, soit communautaires, et la gouvernance de l'État des institutions y est assurée par un texte unique et exclusif, celui de leurs propres Constitutions. Au Liban, la situation est différente, deux documents indissociables ont en effet déterminés, soutenus et permis de construire un régime national atypique, et ce à travers :
– la Constitution de 1943, au titre de gouvernail de la République;
– la «sigha», au titre de son âme et de gardien de son entité. Cette formule énonce le principe du « vivre-ensemble » des composantes socioculturelles de la nation et des modalités de son application.
Cette interrelation constitutionnelle a créé une interactivité fondamentale et incontournable dans le rapport État-nation-citoyen. Pour la première fois, la gestion constitutionnelle d'un État prend en compte le destin de la nation à travers l'équilibre incontournable et inconditionnel de ses composantes, plutôt que de se soucier en priorité du bien-être de son citoyen. Au Liban en effet, ce dernier doit son identité nationale à son appartenance socioculturelle plutôt qu'à une appartenance républicaine directe. Cette construction va de ce fait sceller des rapports de force indéfectibles sur la scène politique intérieure et imposer des garde-fous pour protéger un édifice national original, qui sera géré par la Constitution mais en fonction de la «sigha». Tant que l'équilibre prévu par cette dernière est respecté, la démarche aura pour conséquence de pouvoir toujours contenir les litiges entre individus et même entre partis politiques. Mais il faut noter a contrario que tout dérapage de la part de certaines de ses composantes mettra en danger irrémédiablement toutes les autres parties et pourrait entraîner l'effondrement de tous les protagonistes, des plus forts aux moins forts, allant jusqu'à provoquer la dilution de l'État dans son ensemble. Pour éviter donc d'arriver à ces conclusions extrêmes et pour résoudre les diverses crises nationales qu'ils ont traversées, les Libanais ont toujours appliqué le dicton suivant: «Ni vainqueurs ni vaincus», quand bien même il ne représentait pas toujours la réalité du terrain car ils ont considèré que cette attitude était la plus sage et qu'elle protégeait le mieux l'esprit de la «sigha». Cette philosophie existentielle nationale a permis au Liban, malgré sa très grande vulnérabilité, de se doter d'une ceinture de sécurité et de protection du «vivre-ensemble», paramètre essentiel de sa Constitution. Cette constatation établie, il faut toutefois éviter de tomber dans le piège des amalgames dangereux qui, sous le couvert de cette formule, amèneraient certains représentants de l'une de ses composantes nationales du «vivre-ensemble» à imposer ses diktats par la force aux autres composantes, entraînant ainsi une atteinte grave à la nation. Car une telle attitude porterait préjudice aux principes sacro-saints de la démocratie constamment revendiquée comme fer de lance de ce petit pays, bloquerait les rouages institutionnels de l'Êtat et entraînerait éventuellement la seule issue naturelle, mais néammoins dramatique, celle du « mourir-ensemble».
Cette formule libanaise adoptée il y a plus de soixante-dix ans a non seulement protégé l'entité libanaise et son peuple de tous les traquenards qui ont jalonné le parcours de cette jeune République, mais elle s'avère aussi aujourd'hui être un précurseur du «vivre-ensemble», non seulement en Orient, région communautairement monochrome, où les juifs d'Israël arrivés plus tardivement ont adopté eux aussi la même attitude, mais aussi en Occident, où le «vivre-ensemble » avait pour «chapeau», la laïcité et non le «communautarisme». Maintenant que ce dernier est confronté à l'invasion déstabilisante d'une démographie galopante d'immigrés dont le profil est essentiellement communautaire, les donnes de sécurité et de stabilité intérieures sont appelées à y être fondamentalement modifiées pour éviter des drames comme ceux qui ont frappé ces derniers jours, en France, l'un des phares de la liberté d'expression dans le monde.
Tout en souhaitant ardemment que soient jugulés dans les plus brefs délais ces actes de barbarie qui endeuillent le monde libre, le Liban, pays message, ne peut qu'être solidaire de tous les peuples et de tous les citoyens qui meurent victimes autant de l'obscurantisme des mouvements jihadistes et takfiristes que du refus de certaines nations de perdre leur indépendance et leur souveraineté nationale à l'avantage des intérêts stratégiques de décideurs régionaux et internationaux. Le temps est peut-être venu pour que les peuples forts, et principalement l'Occident, prennent conscience de la nécessité, après le passage à l'ère de la globalisation et à celui de l'extension des circuits de communication publics et privés, de l'obligation d'introduire plus de justice et d'équité dans la gestion des nations du globe, et plus de sagesse, de dignité et de tolérance à l'égard de leurs peuples.



Envoyé de mon Ipad 

mercredi 7 janvier 2015

Des bénévoles nettoient la ville antique de Tyr, site libanais inscrit au Patrimoine Mondial de l’UNESCO, dans le cadre du projet CTMed

Des bénévoles nettoient la ville antique de Tyr, site libanais inscrit au Patrimoine Mondial de l'UNESCO, dans le cadre du projet CTMed

http://www.enpi-info.eu/
Des bénévoles nettoient la ville antique de Tyr, site libanais inscrit au Patrimoine Mondial de l'UNESCO, dans le cadre du projet CTMed

News

05-01-2015

Soixante jeunes bénévoles du lycée Hanaway au Liban ont pris part le 20 Décembre à la campagne de nettoyage "S.A.V.E. Tyre" promue par le projet ARCHEOMEDSITES afin de sauvegarder, sensibiliser sur et valoriser les sites archéologiques de Tyr, ville située au sud Liban. 

Le but de la campagne est de nettoyer les alentours de la ville antique de Tyr, un complexe romano-phénicien qui compte entre autres des colonnes en marbre, des bains publics, un quartier résidentiel et des arènes rectangulaires uniques.

Les déchets ramassés ont ensuite été utilisés par les jeunes étudiants pour créer des objets recyclés inspirés par l'histoire et les monuments de Tyr notamment un navire phénicien, une pièce de monnaie représentant Alexandre le Grand et un chariot romain. La meilleure création a été récompensée.

La journée de nettoyage a été précédée par un atelier de sensibilisation dédié à 150 étudiants du lycée Hanaway qui ont eu l'opportunité de mieux connaitre l'histoire et le patrimoine de la ville de Tyr.

L'objectif principal du projet ARCHEOMEDSITES est de créer un réseau d'institutions dans la région méditerranéenne pour la protection et la valorisation des sites archéologiques et des zones urbaines, d'uniformiser les bonnes pratiques, de diffuser les connaissances et de favoriser les échanges entre professionnels.

Le programme IEVP CT « Bassin Maritime Méditerranée 2007-2013 » est un programme de coopération transfrontalière multilatérale cofinancé par l'Union européenne au titre de l'Instrument européen de voisinage et de partenariat (IEVP). Il vise à renforcer la coopération entre l'UE et les pays partenaires situés le long des rives de la mer Méditerranée. (EU Neighbourhood Info) 

Pour en savoir plus 

IEVP CTMED – site internet
Coopération transfrontalière – Fiche
Interview de l'EU Neighbourhood Info Centre – Partenariat transfrontalier visant à rapprocher les peuples

 




Envoyé de mon Ipad 

dimanche 4 janvier 2015

Dans les ruines du patrimoine chrétien au Moyen-Orient... - May MAKAREM - L'Orient-Le Jour

Dans les ruines du patrimoine chrétien au Moyen-Orient... - May MAKAREM - L'Orient-Le Jour

Élie Abi Nassif, professeur d'architecture qui dirige les travaux de diplôme à l'Alba et anime, depuis 2008, le cours patrimoine religieux ; Guy-Roger Conchon, enseignant à l'Alba et membre de la mission archéologique française à Kilwa, et Ghassan Shami Journaliste, chercheur et auteur du livre Au pays de saint Maron, ont donné une conférence sur « Le patrimoine religieux en Orient chrétien ».

Sur le chapitre libanais, trois églises « paléo-chrétiennes », définitivement disparues, ont été évoquées par Élie Abi Nassif. « Il ne reste plus que leurs mosaïques pour témoigner de leur passé ». Celle de Khaldé, au sud de Beyrouth, a été fauchée par les travaux d'autoroute qui mène vers le Sud. « Ses fondations, encore visibles, sont devenues un dépotoir d'ordures ! » a fait observer le conférencier, signalant que la mosaïque qui décorait ce lieu de culte a été posée juste en face du musée national, dans le petit jardin renfermant les cinq colonnes romaines découvertes au centre-ville en 1940. S'appuyant sur les relevés des plans existant à la DGA, les étudiants de l'Alba ont pu reconstituer son architecture. Deux photographies de la maquette sont actuellement exposées au Louvre, dans l'espace dédié aux arts de l'islam.

De même, une modélisation 3D, réalisée d'après les données archéologiques (mosaïque, murs porteurs et traces de colonnes), offre une image de l'architecture de l'église byzantine du temple d'Echmoun. Une autre dédiée à saint Christophe a été découverte par Ernest Renan, sur la route de Qana (entre Tyr et Qana), dans les environs de la tombe de Hiram, roi de Tyr. La mosaïque a été transportée au musée du Louvre.
Élie Abi Nassif indique qu'au IVe siècle, l'Asie mineure, l'Afrique du Nord et le golfe Arabo-Persique abondaient d'églises et de monastères. C'était avant l'islam. « Aujourd'hui, il n'en reste plus rien, ou presque rien, sinon des ruines, comme celles de Saint-Siméon-le-Stylite (Qala't Semaan), au nord d'Alep, qui s'étendait autrefois sur 12 mille mètres carrés bâtis. Ou encore celles de Sergio Polis à al-Rasaphe où les deux saints martyrs Serge et Bacque ont été enterrés. »

(Pour mémoire : « Regardez ! Une carte de la Syrie d'avant-guerre... »)

Un monastère dans le désert d'Arabie
Prenant à son tour la parole, Guy-Roger Conchon a donné une description générale du monastère posé sur un plateau désertique à Kilwa en Arabie saoudite. Les explorations menées par la mission archéologique de l'Université de Nancy 2, dirigée par Saba Farès, indiquent que Kilwa, située sur la route caravanière du myrrhe et de l'encens, a fait l'objet d'une occupation chrétienne au Ier siècle de l'ère chrétienne. La communauté tirait profit d'une agriculture irriguée au moyen de systèmes hydrauliques ambitieux. Ces chrétiens ont également laissé de nombreux témoignages architecturaux, cellules isolées pour des moines, chapelle, église, cuisine, réfectoire, citernes d'eau, jardins, une quantité de croix marquées sur la pierre et des épigraphies commémorant les cultes, dont une inscription gravée sur le linteau de la porte d'une cellule. Dans la partie droite de ce linteau qui mesure 1,20 m de long sur 0,30 m de hauteur, est dessinée une croix aux bras en forme de triangle. À gauche se trouve l'inscription, dont Saba Farès, qui dirige la mission archéologique, propose la lecture suivante : « Bism Allah ḥimat ahl Takla min iqlîm » ou « Au nom de Dieu, (ceci est) le territoire protégé de la communauté de Thècle de l'iqlim », la sainte patronne dont le culte est répandu en Syrie.

« Le toponyme et l'architecture sont des détails qui indiquent une culture syrienne », souligne Guy-Roger Conchon. En effet, « le système constructif rappelle celui de la plaine de Hauran, en Syrie. Les bâtiments collectifs, bien préservés, sont en pierres de très grande taille, avec un lien à base de chaux. Des pierres sèches sont employées pour la construction des cellules des moines, dont l'état de conservation est très mauvais. Les pierres tombales sont regroupées en nécropole évoquant un tumulus ». Quant à l'église, il fait observer qu' « elle est construite sur le modèle des églises nestoriennes qu'on retrouve en Mésopotamie ».

(Pour mémoire : "Pas une seule strate de la culture syrienne -pré-chrétienne, chrétienne, islamique- n'est épargnée")

Sur les pas de saint Maron
Auteur d'une série de documentaires sur les premiers chrétiens (saint Maron, l'apôtre Paul, saint Simon le Stylite) mais aussi sur Damas, Seidnaya et Maaloula, sur le monastère Saint-Georges al-Homeira' dans Wadi al-Nassara (vallée des chrétiens) et l'autel de la Sainte Vierge dans la cathédrale de Tartous, Ghassan Shami a sillonné les « villes mortes » dans le nord de la Syrie et plus particulièrement Jabal Semaan et sa capitale Brad où fut enterré saint Maron.

Appelé autrefois Kfar Nabo, Jabal Semaan compte 25 villages et 32 temples et églises bâtis entre le IVe et le VIIe siècle après l'ère chrétienne. Selon le conférencier, ici se trouve la plus ancienne église du monde : Fafertine. Sur son linteau est gravée la date de sa construction : 372 après J.-C. Plus au sud, sur les ruines du temple du dieu Nabo, saint Maron a bâti, en 398, son église ou basilique de 27,30 m de long et 16m de large.


Après la mort de saint Maron, Kfar Nabo s'est dotée d'un hôtel de deux étages pour accueillir les pèlerins. Construit entre 504 et 505, il comporte des façades de colonnes carrées. Des croix sont gravées sur les linteaux dont l'un porte l'inscription suivante : « Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Dieu prend soin de notre entrée et de notre sortie. Pour accomplir le vœu de Zachée en 553 » (ce qui équivaut au calendrier d'Antioche à 504/505 ap. J.-C.). Le secteur comprenait un temple dédié aux reliques des martyrs. Sa date de construction, 574 selon le calendrier d'Antioche, est gravée en syriaque sur le linteau de son entrée sud. Le conférencier relève aussi qu' « un nombre d'huileries indique l'expansion de la culture des olives à Kafr Nabo. L'une d'elles datant date du IIIe siècle ap. J.-C. a été creusée dans la roche souterraine (...) Elle est unique par sa forme et la finition de ses matériaux ».

(Diaporama : Les deux visages d'Alep)

Le palais de Brad
Abordant ensuite Brad, la capitale du mont Nabo, Ghassan Shami fait observer que c'était « une ville monumentale. Sa prospérité avait débuté aux IIe et IIIe siècles ap. J.-C ». Elle était dotée d' « édifices luxueux comme l'Androne, d'un marché commercial (souk), de bains publics encore bien conservés, d'un majestueux tombeau romain, d'huileries,... Elle s'est beaucoup développée entre le IVe et le VIIe siècle : le sanctuaire de saint Maron et deux couvents et trois églises y furent construits ». Dont celle de Julianos, la plus grande église en Syrie du Nord après celle de Saint-Siméon. Construite à l'emplacement d'un temple païen, elle déroule 42 m de long et 22,50 m de large. Dans sa cour a été érigé le sanctuaire de saint Maron.
Et ce n'est pas tout. Au sud-ouest du village de Brad, sur une colline, se dresse « un des plus beaux couvents de la Syrie du Nord (palais de Brad) ». Il date du VIe siècle. « La chapelle et les cellules des moines sont encore intactes », et une partie de la colonne d'un ermite est encore debout ; de même, la tour de 10 mètres du haut de laquelle les moines surveillaient les travaux des champs.

Pour conclure, le conférencier donne un aperçu sur l'architecture des églises du nord de la Syrie en citant l'archéologue américain Howard Crosby Butler : « Au début du IVe siècle, de nouveaux éléments ont apparu dans l'architecture de la Syrie du Nord, à la lumière des règles dominantes dans les centres politiques en Orient, et en Occident. Ces étranges éléments ne sont ni grecs ni romains... Ils lancent une nouvelle tendance tout au long de trois siècles, comme un nouveau style. Ils sont un aspect d'influence oriental qui paraît aussi dans les inscriptions syriaques qui se mélangent, dans cette région, avec les inscriptions grecques. Sans doute, la plupart du peuple de ce pays sont araméens. En effet, l'art régional ne pouvait pas paraître durant les pouvoirs grecs et romains et qui était influencé, durant un moment, par le courant classique (...) Et l'architecture classique qui fut imprégnée d'une nouvelle vie, et renouvelée par un peuple inspiré et patriotique, est devenue plus effective dans l'architecture chrétienne qui a englobé les montagnes d'Antioche de l'Orient. »

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vendredi 2 janvier 2015

En toute liberté, ode d’amour au Liban d’Alexandre Najjar - Edgar DAVIDIAN - L'Orient-Le Jour

En toute liberté, ode d'amour au Liban d'Alexandre Najjar - Edgar DAVIDIAN - L'Orient-Le Jour

http://www.lorientlejour.com/article/897203/en-toute-liberte-ode-damour-au-liban-dalexandre-najjar.html
Rappel:  :En toute liberté, ode d'amour au Liban d'Alexandre Najjar

À quarante-sept ans, auteur de plus d'une trentaine d'opus (poésie, essais, théâtre, biographie et romans), Alexandre Najjar a toujours dit haut et fort sa passion pour sa terre natale. Et parmi ses nombreux ouvrages, un thème récurrent : la «libanité». Aujourd'hui, en se rangeant dans cette magnifique collection des dictionnaires amoureux aux côtés (entre autres) de Jacques Lacarrière, Robert Solé, Dominique Fernandez, Gilles Lapouge et Michel Del Castillo, l'auteur des Exilés du Caucase clame, sans se priver de quelques piques et à raison, son amour pour une patrie chérie et révérée. Au point de le souligner par cette phrase de Khalil Gibran: «Si le Liban n'était pas mon pays, je l'aurais choisi pour pays.»
En ces temps noirs et de désertion, l'auteur de Phénicia, en plus d'un vibrant acte de foi, vient renforcer le rassurant clan des irréductibles et des fidèles. Cap alors vers ce pays de miel, d'encens, de romarin et de quelque fiel, il faut bien l'admettre.


Comme tout amoureux, Alexandre Najjar explore avec un regard passionné tous les recoins de cette terre, du Sud au Nord, en passant par les grandes villes, notamment Beyrouth dont il a magnifié les artères, les habitants et l'histoire à travers un roman où notre turbulente capitale était son héroïne.
Plus de 230 sujets, rubriques ou articles se succèdent au gré des lettres de l'abécédaire. Surgissent, des premiers mots dédiés aux «abadays», aux derniers traçant un exquis portrait de May Ziadé, tout le parfum et l'essence des paysages méditerranéens, levantins, cosmopolites et arabes d'une culture et d'un mode de vie uniques.


Des traditions alimentaires aux proverbes, en passant par les plages (toutes commencent par saint, oui, pourquoi Saint-Simon, Saint-Georges...?), les cafés, les coiffeurs (!), les camions, les personnages historiques et littéraires connus ou méconnus (revisités avec respect, tendresse, amitié mais aussi, quand il le faut, sans ménagement, comme Gide qui n'écrira pas une seule ligne après avoir été royalement reçu, et dit-il, conquis par cette terre millénaire!), tout est minutieusement répertorié, analysé, épinglé. Ou ouvertement critiqué. L'eau, la circulation, l'électricité passent brusquement sous une plume narquoise et ironique qui ne veut pas caresser dans le sens du poil. Dans cette anarchie généralisée, comment en serait-il autrement? Dans cet ouvrage touffu et d'une étourdissante richesse culturelle par sa compilation et sa documentation fouillées, grâce nous est faite de ne pas évoquer la caste politique.


On croise une monumentale galerie de personnages illustres (Sabah, Feyrouz, Georges Schéhadé, Michel Chiha, Charles Corm, De Gaulle, Lamartine, liste loin d'être exhaustive) et d'autres, moins familiers dans la mémoire collective populaire... Détails à découvrir et à savourer! Pour un texte à consommer comme les petites rasades d'une boisson tonifiante, promis à une longue et durable liaison avec le lecteur.
Tout n'y est pas forcément de l'ordre du passé. Le Liban moderne, dans ces pages fourmillantes de précisions, a ses aspects les plus diversifiés, ses nuances les plus incongrues et ses contrastes les plus
attachants. Tenez, la pulpeuse Haïfa Wehbé (qualifiée de Lolita libanaise!) figure en bonne place sous cette plume inspirée, de même que l'antidépresseur Xanax, compagnon de nos concitoyens rongés par des années d'angoisse et de terreur de guerre.


Voilà un livre qui jette les amarres vers les profondeurs, mais aussi les surfaces vernies du Liban. Dans ses aspects les plus vantés, les plus mythiques et les moins reluisants. Tout cela est dit sur un ton de gentleman, avec le désir de la transparence et de la vérité, force et vertu de tout grand amour.

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lundi 1 décembre 2014

Émouvantes obsèques officielles et populaires au centre-ville - L'Orient-Le Jour

Émouvantes obsèques officielles et populaires au centre-ville - L'Orient-Le Jour

C'est à la cathédrale Saint-Georges des maronites, dans le centre-ville de Beyrouth, que d'émouvantes obsèques officielles et populaires ont été réservées hier à Sabah, en présence de plusieurs personnalités officielles, dont notamment le Premier ministre Tammam Salam et de nombreux artistes libanais et égyptiens.
Le convoi funèbre avait quitté le lieu de résidence de Sabah – un hôtel de Hazmieh – en milieu de la matinée. La dépouille mortelle a été transportée à bord d'une voiture blanche sur laquelle étaient déposés des bouquets de fleurs.
À l'arrivée du convoi devant la cathédrale Saint-Georges, la fanfare de l'armée a joué certains des airs folkloriques et populaires qui avaient contribué à faire la renommée de Sabah. C'est sur ces airs, passés dans le patrimoine musical libanais, que des jeunes ont dansé la traditionnelle dabké, conformément aux dernières volontés de la diva libanaise qui avait exprimé le souhait que les adieux qui lui seraient réservés s'accompagnent non pas de lamentations, mais de danses de dabké et de chansons du folklore libanais qu'elle a tant aimé.
Au terme de cet hommage populaire, marqué par des applaudissements et des jets de pétales de fleurs au passage du convoi, la cérémonie funèbre a été présidée à la cathédrale par le patriarche maronite, le cardinal Béchara Raï, qui était secondé de l'archevêque maronite de Beyrouth, Mgr Boulos Matar. Étaient présents à la cérémonie, notamment, outre M. Salam, la ministre Alice Chabtini, représentant le président Michel Sleiman, les ministres Ramzi Jreige et Élias Bou Saab, Mme Joyce Gemayel, représentant le leader des Kataëb, le président Amine Gemayel, le député Atef Majdalani, représentant les anciens Premiers ministres Saad Hariri et Fouad Siniora, et le brigadier Jamal Serhal, représentant le commandant en chef de l'armée, le général Jean Kahwagi.
Parmi les artistes, acteurs et collègues de la grande disparue étaient notamment présents Magida el-Roumi, Élias Rahbani, Ragheb Alamé, Najwa Karam, Walid Toufic, Roula Saad, Haïfa Wehbé, Madona, Abdel Karim Chaar, Ward el-Khal, Rafic Ali Ahmad, Samira Baroudi, Wafaa Torbey...
Dans son oraison funèbre, le patriarche Raï a évoqué le riche parcours professionnel de Sabah, soulignant notamment qu'elle avait « porté haut les couleurs du Liban aux quatre coins du monde par le biais de l'art musical libanais et arabe ». « Elle a été la première à chanter des chansons purement libanaises sans l'influence de la chanson arabe, elle a été la première à chanter en franco-arabe dans le monde arabe, et elle a été la première chanteuse libanaise à se produire à l'Olympia », a souligné également le patriarche maronite.
Au terme de la cérémonie, et avant le départ du convoi pour le village natal de la grande disparue, la fanfare de l'armée a rendu un dernier hommage à la diva libanaise en entonnant des chansons folkloriques sous les applaudissements de la foule.
Notons enfin que de Paris où il se trouve en visite privée, le président Michel Sleiman a fait une déclaration à la MTV, rendant un vibrant hommage à Sabah, soulignant qu'elle avait représenté « le folklore, le patrimoine et les traditions du Liban » à travers ses chansons. « Elle nous rappellera toujours le Liban en tant que Suisse de l'Orient et Paris des Arabes », a relevé le président Sleiman.



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