vendredi 13 décembre 2013

Ahmad Faris al-Chidyaq ou la soif de progressisme - Les clés du Moyen-Orient

AHMAD FARIS AL-CHIDYAQ OU LA SOIF DE PROGRESSISME ARTICLE PUBLIÉ LE 09/12/2013

Chidyaq est une figure de la Nahda moins célèbre aujourd'hui que ses contemporains. Pourtant, il n'a pas été une figure secondaire de ce mouvement progressiste. À l'inverse de Tahtawi, ou de Khayr al-Din, il n'a pas reçu d'éducation musulmane dans son enfance, né dans une famille maronite libanaise.

Il ne sera donc pas une figure du réformisme musulman. Il ne vivra pas la religion comme un objet de pensée, mais plutôt comme un marqueur identitaire, et il en changera deux fois au cours de sa vie, se faisait tour à tour protestant puis musulman. C'est avant tout par l'effort qu'il a employé à introduire le concept de « socialisme » dans la langue arabe d'une part et à défendre les droits des femmes d'autre part, qu'il est resté célèbre.

Une enfance troublée par les conflits politico-religieux

Ahmad Faris al-Chidyaq est né en 1804, à Achkout, sur le Mont Liban, au sein d'une famille maronite qui avait donné aux gouverneurs de la région de nombreux conseillers. C'est ainsi, dans l'univers des notables maronites du Liban, que grandit Chidyaq. Pourtant, son enfance n'est pas de tout repos, et est marquée par de nombreux déplacements. Sa famille a en effet beaucoup souffert de l'injustice qui caractérisait au XIXe siècle le système des semi-féodaux. Un premier conflit politique coûte en effet la vie à son grand-père, avant que son père ne trouve la mort à Damas, lui aussi à la suite d'un différend politique. Si ces affaires étaient politiques, leur dimension religieuse est bien présente, et l'on peut dans une certaine mesure considérer que son père et son grand-père sont morts en raison de leurs croyances. Ces épreuves ont profondément marqué et affaibli Chidyaq. C'est ainsi que l'on peut comprendre sa décision de quitter le pays après une ultime affaire qui coûtera la vie à son frère cette fois-ci. Ce dernier, à la suite d'une rencontre avec un missionnaire américain, fait le choix de se convertir au protestantisme. Il est excommunié sur le champ, et retenu dans un Monastère où il trouve la mort dans des circonstances douteuses, en 1830. Profondément blessé par cette nouvelle perte, Chidyaq fait le choix de se convertir lui aussi au protestantisme, puis de quitter le Liban pour se rendre en Egypte.

Entre l'Egypte, Malte et l'Europe : le voyageur érudit et curieux

Au Caire, il enseigne l'arabe à des Américains de passage et obtient un certain succès à la cour de Muhammad 'Ali, puisqu'il succède à Tahtawi à la tête du journal officiel. Il y étudie également les fondements du fiqh [1]. à l'université d'Al-Azhar. En 1834, il entreprend un nouveau voyage, à Malte, où il séjourne à l'occasion de voyages réguliers, et enseigne l'arabe, jusqu'en 1848. C'est à cette date qu'il se rend en Europe, à la suite d'une invitation qu'il reçoit de la part d'un orientaliste, Samuel Lee. Ce dernier entreprend en effet à Cambridge une vaste entreprise de traduction de la Bible en arabe, à laquelle Chidyaq accepte de participer. Il fit du Royaume-Uni une seconde patrie, puisqu'il devint citoyen britannique et épousa en secondes noces une Anglaise, après la mort de sa première épouse, Egyptienne. Pourtant, il n'obtiendra pas le poste d'enseignement qu'il souhaitait et choisit alors de se rendre à Paris en 1855.
C'est dans cette ville, encore empreinte de l'esprit de 1848, que Chidyaq découvre le progressisme politique dans le socialisme. Il s'y intéresse avec passion, et fait sienne cette doctrine politique qu'il choisit d'introduire dans le monde arabe. Il offre au mot « socialisme » une traduction arabe à travers le néologisme Ishtirâqiyya.
En 1859, il se rend à Tunis, sur invitation du Bey. C'est au cours de ce séjour qu'il entreprend une seconde conversion religieuse, et se fait musulman, prenant le nom de « Ahmad ». À Tunis, participe à la publication du journal officiel. Sa période tunisienne sera de courte durée puisqu'il répond ensuite à l'invitation du sultan ottoman, et se rend à Constantinople.

La défense la langue arabe

C'est à Constantinople qu'il passera les dernières années de sa vie, impliqué dans les travaux de l'imprimerie du sultan et dans la publication d'un hebdomadaire en langue arabe, soutenu financièrement par les autorités égyptiennes et tunisiennes, qui trouvent à travers ce canal un moyen de soutenir la culture arabe qu'elles jugent menacée par la place grandissante de la langue turque.
Chidyaq est très impliqué dans la défense de la langue et de la culture arabes, ce qui en fait l'un des pionniers de la littérature arabe moderne. Il ne se contente pas de participer à des traductions ou publications de journaux, et s'engage dans un vaste travail d'écriture. Il produit ainsi une œuvre importante, qui est aujourd'hui considérée comme l'une des plus importante de la littérature arabe. Un de ses livres majeurs s'intitule Soulever le voile. Il s'agit d'une réflexion sur les créations artistiques européennes prenant pour fondement l'Orient, qui se trouve être un Orient mythifié. Il s'attaque aux « orientalistes », qu'il juge incompétents, se faisant un ancêtre lointain de l'œuvre d'Edward Saïd.

La jambe sur la jambe : un manifeste pour la libération des mœurs

Parmi toute son œuvre, le livre qui marquera le plus la postérité demeure La jambe sur la jambe pour connaître Faryaq, qu'il publie à Paris, en 1855, au cours de sa période parisienne et socialiste, qui sera très féconde sur le plan intellectuel. Il s'agit d'un livre emblématique de la modernité arabe, aussi bien sur la forme que sur le fond. D'un point de vue formel, le texte frappe par le mélange des genres. C'est un ouvrage qui se situe entre l'autobiographie et la fiction. Le nom du personnage « Faryaq » est construit à partir du nom de l'auteur lui-même puisqu'il provient de la réunion de la première syllabe de son prénom (Faris) et de la dernière syllabe de son nom (Chidyaq
).
Sur le fond, ensuite, le livre étonne par son caractère extrêmement subversif. La partie autobiographique est assez érotique, comme le laissait penser le titre de l'ouvrage. Il raconte son périple européen sous une forme fictionnelle, en adoptant un point de vue très libertin. Ce livre aurait pu demeurer amusant, et étonnant, mais il ne se contente pas de surprendre par sa crudité. Il surprend également par la puissance subversive des passages qui abordent la question de la place des femmes dans les sociétés arabes, et de leurs droits.
On trouve ainsi la mise en scène d'un débat en Faryaq et son alter ego féminin Faryaqa. Cette dernière revendique avec raison un certain nombre de droits, que Chidyaq énonce de sorte à les rendre parfaitement légitimes. Qualifier sa pensée de « féministe » est anachronique, et nous ne tomberons pas dans cet écueil. Il n'en demeure pas moins que Chidyaq revendique une égalité totale des sexes, dans tous les domaines. Ainsi, il soutient vigoureusement le droit des femmes à travailler et à obtenir leur indépendance financière. Il prône la reconnaissance de leur faculté à raisonner et à intervenir dans les affaires politiques. Si cet ouvrage est demeuré si célèbre, c'est également du fait de la liberté avec laquelle Chidyaq revendique également des droits charnels pour la femme. Il énonce explicitement un droit des femmes au plaisir sexuel, et pose le droit pour une femme mariée d'avoir des relations extraconjugales si son mari ne remplit pas ses devoirs conjugaux. Si l'on se souvient que c'est dans un ouvrage de 1855 que Chidyaq énonce cela, l'on se trouve presque confronté à une incompréhension, tant le caractère progressiste de ses propos contraste avec l'idée que l'on se fait d'un XIXe siècle arabe. Cela est d'autant plus remarquable qu'au cours de ses conversions religieuses, au protestantisme, puis à l'islam, Chidyaq n'a jamais renié ses ouvrages.

Voilà donc un homme surprenant, traversé par les diversités religieuses, et culturelles, qui fait figure de libre-penseur véritable. Tantôt Libanais, tantôt sujet britannique, il nait chrétien, vit protestant, et meurt musulman, après avoir parcouru l'Egypte, la Tunisie, le Royaume-Uni et la France, où il s'est essayé au socialisme, sans jamais avoir de fonction politique véritable. Un signe de la difficulté que l'on a à classer Chidyaq est l'embarras que ses contemporains ont eu lors du rapatriement de sa dépouille au Liban, à sa mort en 1887. Comment enterrer cet homme qui a connu de multiples appartenances ? C'est finalement sur sa terre natale qu'il est inhumé, au cours d'une cérémonie multireligieuse, pendant laquelle sont prononcées des prières chrétiennes et musulmanes. Sa sépulture est quant à elle dépourvue de symboles religieux.

Bibliographie

- Faris Chidyaq, La jambe sur la jambe, 1991, Phébus.
- Boutros Hallaq, « L'humanisme à l'heure de la Nahda, Ahmad Faris al-Chidyaq », in. Nicole Hatem, Annie Ibrahim, Lumières orientales et Orient des Lumières, 2010, L'Harmattan.
- Cours de Samy Dorlian, « Histoire des idées politiques dans le monde arabe », ENS, 2012

[1Le droit islamique



Envoyé de mon Ipad 

mardi 10 décembre 2013

La flore du Liban désormais à portée de clic - Anne ILCINKAS - L'Orient-Le Jour

Œ9/12/2013-La flore du Liban désormais à portée de clic

Botanistes, écologistes, généticiens des plantes et amateurs libanais de plantes peuvent se réjouir. Les informations sur la flore libanaise étaient dispersées et généralement inaccessibles. Ce n'est plus le cas. Le Département Sciences de la Vie et de la Terre de la Faculté des sciences de Université Saint-Joseph de Beyrouth vient de lancer son site Internet sur la flore du Liban (www.lebanon-flora.org), une encyclopédie collaborative en libre accès, qui recense 40 à 50% des espèces présentes au Liban, précisant pour chacune d'entre elles identité taxonomique, état de conservation, distribution géographique...

D'après les dernières études (Tohmé et Tohmé 2006), plus de 2600 espèces de plantes à fleur sont répertoriées dans le pays, et parmi elles 103 sont endémiques. Mais aucun inventaire complet n'ayant été dressé, le nombre total d'espèces de plantes devrait plutôt avoisiner les 3000.

Sur Lebanon Flora, l'internaute peut faire des recherches par nom d'espèce, scientifique ou commun, par couleur ou distribution géographique. Le site donne aussi des informations sur les périodes de floraison.

« Le projet date de 2007, explique Magda Bou Dagher-Kharrat, directrice du laboratoire. Nous avons voulu partager toutes les données sur la flore libanaise que nous avons pu récolter lors de nos sorties de terrain. L'intérêt est de les fédérer pour faire avancer la science et sensibiliser à la conservation des plantes. Le but est aussi de valoriser notre flore, une véritable richesse naturelle. »

En effet, la flore du Liban est riche, mais menacée, « à court terme, par l'urbanisation, la diminution des forêts et des écosystèmes naturels, et à plus long terme, par le réchauffement climatique, qui est problématique, surtout pour les espèces endémiques de haute altitude qui ne pourront pas migrer plus haut », explique l'universitaire, qui a reçu en 2008 le prix Unesco - L'Oréal pour son projet, portant sur l'évaluation et la valorisation de la flore du Liban.

Le Liban fait partie du bassin méditerranéen, un des 34 points chauds (hotspots) de la biodiversité, ces zones géographiques, terrestres ou marines, possédant une grande richesse de biodiversité particulièrement menacée par l'activité humaine. La définition de ces "points chauds" donnée par Conservation International (2004) est celle d'une zone qui contient au moins 1500 espèces de plantes vasculaires (qui possèdent des vaisseaux conducteurs) endémiques et qui a perdu au moins 70 % de sa végétation primaire.

« Au Liban, beaucoup d'espèces restent encore à découvrir, précise Magda Bou Dagher-Kharrat, sans compter toutes celles qui ont déjà disparu avant d'être répertoriées. La base de données est évolutive et participative. Nous faisons appel à toute personne qui a des photos de plantes géoréférencées (c'est-à-dire comportant la date et le lieu de la prise de vue) pour les télécharger sur le site et enrichir ainsi la base de données. Le réseau de botanique francophone, Tela Botanica, partenaire du projet, mettra prochainement à disposition son "Carnet en ligne" adapté à la flore du Liban afin que les botanistes de terrain puissent télécharger leurs photos sur le site. Des experts issus de la communauté scientifique libanaise et internationale vérifieront les données, chacun intervenant dans son domaine d'expertise, qu'il soit spécialiste des orchidées ou des conifères par exemple. »

Parallèlement à ce travail visant à mettre en ligne le premier site répertoriant la flore libanaise, Magda Bou Dagher Kharrat et son équipe souhaitent créer des micro réserves, à Ehmej (Jbeil), Baskinta (Mont-Liban) et Sarada (Nabatieh), pour y protéger la flore. « On vient de commencer à préparer le cadre législatif, précise la professeur spécialiste en biologie moléculaire des plantes. Le site internet nous aidera aussi à mettre en place les Zones Importantes pour les Plantes (ZIP), des endroits au Liban où la diversité est riche et menacée, des zones prioritaires de conservation. » Non moins de 207 ZIP ont été déterminées par des botanistes et des scientifiques du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord, et parmi elles, 20 se trouvent au Liban. 

Pour mémoire
Avec vos vieux vélos, vous pouvez faire le bonheur des enfants défavorisés au Liban

Cofondée par un Libanais, SportEasy, l'appli qui monte, qui monte...

Un Américain d'origine libanaise à la tête d'une instance de régulation bancaire

Beyrouth a désormais son guide des espaces verts

Le patrimoine culinaire de Zahlé reconnu par l'Unesco



Envoyé de mon Ipad 

mercredi 20 novembre 2013

Retour du Liban au Comité du patrimoine mondial de l’Unesco - L'Orient-Le Jour


21/11/2013-Retour du Liban au Comité du patrimoine à l'Unesco
 

À la suite d'une campagne électorale menée par l'ambassadeur Khalil Karam, délégué permanent du Liban auprès de l'Unesco et de son équipe, le Liban a été élu dès le premier tour, par 86 voix, au Comité du patrimoine mondial de l'Unesco.
Composé de 21 pays membres, le Comité du patrimoine mondial est responsable de la mise en œuvre de la Convention du patrimoine mondial. Il détermine l'utilisation du Fonds du patrimoine mondial et décide de l'inscription des sites sur la liste du patrimoine mondial, le programme le plus prestigieux de l'Unesco.
Le Liban compte cinq sites classés sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco : Baalbeck, Anjar, Tyr, Byblos et la vallée de la Qadisha avec les cèdres du Liban. Cette inscription suppose la préservation et le respect d'une réglementation stricte que le Comité est chargé de superviser. Le manquement à ses obligations peut entraîner la mise en péril du site ou sa radiation de la liste.
Le Liban, qui avait déjà siégé à ce Comité de 1993 à 1997 et de 2001 à 2005, sera représenté par l'architecte urbaniste Jad Tabet. Par cette élection, il est fier de pouvoir contribuer à la conservation et à la mise en valeur des sites mondiaux de l'Unesco.


Envoyé de mon Ipad 

mardi 22 octobre 2013

Si le Liban m’était conté | Opinions | L'Orient-Le Jour

Si le Liban m'était conté
Avant de créer la terre, le Seigneur fit d'abord le Liban comme prototype de perfection... Il est de fait que notre Liban présente un contraste étrange avec le reste du Moyen-Orient. Il ne ressemble à aucun de ses proches voisins, ne vote ni ne réagit comme eux.
Dans une région caractérisée par des déserts plats, brûlants et sans eaux abondantes, ses forêts encore oasis de fraîcheur, avec ses montagnes de plus de 3000 mètres, ses eaux abondantes, ses forêts encore verdoyantes malgré les incendies. Son manteau de neige abondante est d'une telle profusion que le pays depuis plusieurs décennies est devenu un centre de sports d'hiver. On peut se croire en Suisse ou sur la Riviera et l'on n'est point surpris de s'entendre dire que, selon une légende libanaise, c'est là que se trouvait le paradis terrestre et non sur ce territoire aujourd'hui tellement désolé de l'Irak où, généralement, on le situait. Jamais les habitants de l'antique Phénicie n'ont rompu les liens qui, depuis les croisades, les unissent à l'Occident et aujourd'hui à l'Orient. Les habitants du Liban se disent arabes, parlent l'arabe et font partie de la Ligue arabe au même titre que les autres habitants des pays arabes. Le Liban est l'État du Proche-Orient où prédominent la chrétienté et l'islam, deux grandes communautés vivant ensemble, en union, la main dans la main.
De tous les pays arabes, le Liban est sans contexte le plus cultivé. Il est aussi le premier sur le plan culturel et le plus évolué sur le plan technique et commercial. Les femmes libanaises étaient les premières de tout le Moyen-Orient à obtenir le droit de vote. Le Liban possède, en outre, des bâtiments d'une architecture si hardie qu'on vient de l'étranger les étudier, immeubles ultramodernes construits après les années de guerre. Sa démocratie, de style occidental, est, en dépit de quelques imperfections, la mieux établie du monde arabe.

PUBLICITÉ


Aucun autre sol au monde n'est sans doute plus riche en souvenirs historiques. Ici vécurent nos plus prestigieux ancêtres libanais, ceux qui s'appelaient cananéens, ainsi que les nomme également la Bible, et dont la plupart des historiens n'ont retenu que le nom ultérieur de «Phéniciens». Dans cet étroit mais opulent couloir s'élèvent nos métropoles: Tyr, Sidon et Byblos. Contiguë à cette bande côtière se trouve la région haute, rocailleuse, désolée et magnifique dont la Bible chante si souvent les louanges : les monts du Liban. À la neige qui les couronne, le pays tout entier doit son nom (qui procède de la racine verbale sémitique «laban», «être blanc») et les Libanais se disent encore, non sans fierté, «fils de la montagne». Et c'est sur ses flancs que croissait — et croît encore – le symbole national, le fameux cèdre du Liban auquel ce pays doit sa première mention dans l'histoire (on en trouve trace dans les hiéroglyphes égyptiens, vers l'an 2650 avant J-C, lorsqu'un pharaon fit venir de Phénicie 40 navires chargés de cèdres), la première chose que de nos jours demandent à voir les touristes étrangers.
Au-delà de cette montagne s'étend cette merveilleuse et haute vallée qu'est la Békaa, célèbre depuis le début des temps historiques pour son incomparable fertilité. On dit que Caïn et Abel y vécurent et la légende libanaise veut que l'arche de Noé s'y soit arrêtée. On vous y montrera même la tombe du patriarche.
La couche, la moins importante, stérile et désolée, produit bien peu. Mais c'est sur son territoire que court la frontière qui sépare le Liban de la Syrie et c'est là que naît le Jourdain, le fleuve sacré.
Baalbeck (l'ancienne Héliopolis), qui se dresse comme une cité de rêve au cœur de la vallée plate et riche de la Békaa, a de tout temps été une ville sainte. Selon la légende elle fut bâtie par Caïn centre trente-trois ans après la création et elle était peuplée de géants dont les péchés furent la cause du déluge. Ses temples magnifiques, dédiés à Jupiter, à Vénus, à Mercure, furent construits par les empereurs romains dès les Ier et IIe siècles après J-C. On dit d'eux, avec tout juste une légère pointe d'exagération, qu'ils étaient «les plus émouvants de tous les vestiges romains, y compris Rome elle-même». Ces ruines majestueuses constituent le plus étonnant des théâtres, où se déroule le Festival annuel de Baalbeck, qui chaque année (sauf exception en 2013) attire une foule plus en plus nombreuse. Les plus célèbres orchestres, musiciens et troupes théâtrales d'Europe y jouent dans l'incomparable décor de ces temples subtilement éclairés dans la nuit orientale.
Byblos (l'actuelle Jbeil) est aujourd'hui une petite ville côtière qui prétend être le lieu de la terre le plus anciennement habité en permanence. Les archéologues, en fouillant son sol, ont successivement mis au jour les traces de quantité de civilisations pour découvrir finalement des ruines datant d'au moins trois mille deux cents ans avant l'ère chrétienne. C'est du nom de cette ville que nous vient le mot «Bible». Byblos était célèbre jadis pour les papyrus qu'elle exportait et les Grecs avaient pris l'habitude de nommer «biblion» tous les livres en papyrus. Et, par un détour étymologique, l'appellation «le Livre» est devenu «la Bible».
L'Occident doit une incroyable quantité de bienfaits à cette minuscule bande côtière. Les Phéniciens en effet lui ont légué l'usage de la longitude, de la latitude et des cartes marines, ainsi que l'emploi de la pourpre pour les personnes de haut rang et probablement aussi la culture de l'olivier et de la vigne. Ils lui ont également transmis un système de numération duodécimal qui emploie 12 comme base au lieu de 10 et dont on retrouve trace dans les «12 pouces du pied de mesure», dans les «12 mois de l'année», «les 12 pence du shilling anglais». Ils ont même donné son nom à l'Europe, car, selon la mythologie, Europe était une princesse phénicienne.
Mais le plus important des dons que nous fit cette région de la terre, nous le retrouvons dans chacune des lettres que nous lisons et écrivons présentement: l'alphabet. Par ailleurs, le christianisme prit très tôt racine dans ce pays. Le Christ, se dirigeant vers le Nord, vint jusqu'à Sidon, ville près de laquelle «il chassa les démons du corps d'une jeune fille». Tyr se vantait de posséder la première communauté chrétienne qui ait reçu la visite de saint Paul, auteur des Épîtres, base de la théologie.
Depuis quatre mille ans les habitants de ce pays ont la réputation d'être avant tout des commerçants. Personne au monde, s'émerveillaient à dire les étrangers vivant à Beyrouth, ne peut battre un Libanais en affaires!
Les Libanais réussissent si bien dans le métier d'intermédiaire qu'ils répugnent à engager de gros capitaux à longue échéance pour un revenu relativement modeste, ce qu'exigerait par exemple l'équipement industriel du pays. C'est pourquoi le Liban ne possède que des industries légères : alimentation, confiserie, habillement, brasserie, grande quantité d'usines textiles, cimenterie, etc.
«Jetez une pierre sur n'importe quelle foule à Beyrouth, prétend un dicton, et vous êtes sûr d'atteindre au hasard un religieux ou un moine.» Il est de fait qu'il n'existe probablement pas de pays aussi petit qui présente une mosaïque aussi fantastique de religions, de rites et de sectes.
C'est, en dehors de Rome, la seule ville qui entretient une véritable armée d'archevêques, d'archimandrites, d'ulémas, d'imams et de patriarches. Le Liban est aujourd'hui la plaque tournante et la charnière du Moyen-Orient.

Sylvain THOMAS



Envoyé de mon Ipad 

vendredi 18 octobre 2013

Le Liban : géographie d’un Etat multiconfessionnel - Les clés du Moyen-Orient


LE LIBAN : GÉOGRAPHIE D'UN ETAT MULTICONFESSIONNEL ARTICLE PUBLIÉ LE 16/10/2013

Ce premier article de notre dossier sur le Liban s'attache à la cartographie des confessions religieuses.

Cette tâche n'est pas chose aisée, du fait de l'absence de recensement officiel depuis les années 1930, absence elle-même due au caractère multiconfessionnel du pays. La publication de données démographiques pourrait en effet entrainer des revendications de la part de certaines confessions et ainsi briser l'équilibre très fragile établi depuis la fin de la guerre civile (1975-1990). Pour cerner la répartition des confessions sur le territoire libanais (III), il est d'abord nécessaire de se pencher sur les racines historiques du multiconfessionnalisme (I), puis d'adopter un regard critique vis-à-vis des statistiques (II).

PNG - 544.9 ko

Carte : Répartition des confessions religieuses au Liban sur la base des listes électorales de 2000


I – Les origines du multiconfessionnalisme

• Les origines historiques : Mont-Liban et villes côtières

La répartition des confessions religieuses est en grande partie liée à l'histoire et à la topographie du territoire libanais.

Les maronites, chrétiens d'Orient ayant refusé de s'inféoder au rite byzantin s'installent dès le Vème siècle dans les montagnes du Liban. Après les croisades, ils s'ouvrent sur l'Occident (ralliement à Rome au XIIème siècle). Cependant, ils gardent leurs particularités, comme le rite en langue syriaque ou arabe, et la localisation dans le Mont-Liban. Ils partagent d'ailleurs cet espace montagneux avec la communauté druze, qui pratique un rite dérivé de la branche ismaélienne, elle-même dérivée du courant chiite. Les Druzes se sont réfugiés dans la région du Chouf, au Sud du Mont-Liban, fuyant les persécutions réalisées contre les branches hétérodoxes de l'Islam, et ont développé une société féodale complexe. Enfin, la troisième communauté présente dans les montagnes est la communauté chiite. Ces trois communautés vivent en symbiose et connaissent leur apogée au XVIème siècle, avec l'avènement de ce qu'on pourrait voir comme la première entité politique libanaise : l'Emirat druze des maanides, qui culmine sous l'émir Fakhreddine (1590-1635).

A côté de cette société des montagnes, refuge des religions hétérodoxes, Georges Corm (1986) relève l'existence d'une société des villes en tous points opposée. Les villes situées sur le littoral de l'actuel Liban sont sous administration directe de l'Empire ottoman, et ne bénéficient pas de l'autonomie relative de la région montagneuse enclavée. Ces villes sont majoritairement peuplées par des sunnites et des grecs orthodoxes, comme toutes les villes du Moyen-Orient. Les villes ne commencent à accueillir des habitants des montagnes qu'à la fin du XIXème siècle.

C'est avec le mandat français après la Première Guerre mondiale, et la constitution du « Grand Liban » (le Liban actuel) que les villes côtières vont être rattachées à la montagne. C'est à partir de là que le confessionnalisme va s'institutionnaliser et devenir un fondement de la vie politique libanaise. Cela va accentuer les tensions au sein du pays, pour aboutir à la guerre civile, ce que nous verrons dans un prochain volet. Pour G. Corm, cette institutionnalisation du confessionnalisme, loin de permettre la coexistence pacifique entre les communautés, est le signal de la ruine du Liban. Désormais, le confessionnalisme sera un argument utilisé abondamment par les familles et les clans en lutte pour le pouvoir. Par ailleurs, il va contribuer à créer des représentations erronées, d'une part parmi les Libanais, engendrant la haine de l'autre, et d'autre part au sein de l'opinion mondiale, ayant des visions manichéennes simplificatrices.

• Un multiconfessionnalisme institutionnalisé

Sous le mandat français, une Constitution est promulguée en mai 1926. Celle-ci met en place un régime républicain, avec une Chambre des députés dont les sièges sont répartis en fonction des communautés. En novembre 1943, dans le contexte de l'attente de l'indépendance (accordée par la France en 1936 mais pas encore effective), le président maronite nouvellement élu, Becharra el-Khoury, et son président du Conseil sunnite, Riad es-Solh, engagent une réflexion qui aboutira au « Pacte national ». Celui-ci répartit les fonctions politiques et administratives entre les différentes confessions. Ainsi, le président de la République sera maronite, le président du Conseil, sunnite, et le président de la Chambre des députés, chiite. Le Pacte national est remis en cause avec la violente guerre civile, qui éclate en 1975.

Les élections se déroulent donc sur une base confessionnelle. Depuis les accords de Taëf (22 octobre 1989), conclus pour mettre fin à la guerre civile et réconcilier le pays, le Parlement se compose de 128 députés, 64 chrétiens et 64 musulmans. Parmi les députés chrétiens, il y a 34 députés maronites. Les députés musulmans comportent 27 chiites et 27 sunnites. Le territoire libanais est divisé en circonscriptions, les caza, remplacées partiellement par les mouhafazas (circonscriptions de plus grandes tailles) à partir des élections de 1992. Dans chaque circonscription, des places de députés sont réservées pour chaque communauté. Par exemple, les électeurs du caza du Chouf (Sud de Beyrouth) doivent élire trois députés maronites, deux députés druzes, deux députés sunnites, et un député grec catholique. Ainsi, il s'agit pour chaque député d'une confession de convaincre les électeurs de toutes les autres confessions, ce qui, pour Debié et Pieter (2003), augmente le clientélisme et favorise la mainmise de grandes familles sur la politique locale. Le découpage des circonscriptions est aussi dicté par des stratégies électorales liées aux confessions. Par exemple, dans le Sud-Liban, deux mouhafazat ont été réunis pour permettre l'élection plus facile de la liste Hezbollah-Amal (partis chiites).

II – Un imbroglio statistique

Avant d'étudier la répartition des confessions au Liban, il faut souligner la grande incertitude qui entoure l'évaluation de la population. Toutes les conclusions seront donc à prendre avec prudence et regard critique.

• L'absence de recensement

La principale raison de l'absence de recensement au Liban est la suivante : dans un pays où l'équilibre confessionnel fragile s'est déjà rompu, provoquant une guerre civile sanglante, de nouveaux comptages de la population risqueraient de mettre au jour la dichotomie entre la représentation confessionnelle et la situation démographique réelle du pays. Cela risquerait de provoquer le mécontentement de certains groupes, qui se sentiraient mal représentés, et les tensions seraient susceptibles de ressurgir.

Dans leur Atlas du Liban (2007), Eric Verdeil et ses collaborateurs recensent les différents comptages de la population depuis le mandat français. Trois comptages ont été réalisés sous le mandat français, dont le seul recensement de l'histoire du Liban, en 1932 (excluant les Libanais émigrés). Après cette date, plus aucun recensement n'a été réalisé. Les chiffres reposent sur des extrapolations ou des sondages. Sous la présidence de Fouad Chéhab, des enquêtes sont réalisées, comme celle de 1970, qui estime la population à partir de la population résidente. Après la guerre, deux enquêtes réalisées à un an d'intervalle (1996 et 1997) donnent des résultats très différents (écart de près de 25% pour la mesure de population totale : 3 millions d'habitants pour la première, et 4 millions pour la deuxième). Les études réalisées par des universités dans les années 2000 divergent également.

Les divergences dans ces évaluations s'expliquent de plusieurs manières. D'abord, les résidences principales n'ont pas bien été recensées, ce qui affecte la mesure de la population totale. Ensuite, le poids de l'émigration est difficile à cerner. Enfin, le poids de l'immigration constitue une incertitude de taille, tout comme celui de l'immigration.

• Un moyen alternatif mais avec des limites : les listes électorales

Si le recensement n'existe pas au Liban, des données partielles renseignent sur l'évolution de la structure confessionnelle du pays. Parmi celles-ci, les données électorales sont les plus pertinentes.

Il faut cependant garder à l'esprit les limites de ces données. Celles-ci ne recensent que les Libanais inscrits sur les listes électorales.
- Par conséquent, les moins de 21 ans (n'ayant pas le droit de vote), ne sont pas comptés. Cela constitue un biais non négligeable, notamment pour les populations musulmanes, qui ont a priori une structure par âge plus jeune que les populations chrétiennes. Par ailleurs, les immigrés qui ne possèdent pas la nationalité libanaise ne sont pas inscrits sur les listes, et donc ne sont pas comptés dans les estimations. Cela concerne surtout les Palestiniens qui sont arrivés par vagues en 1949 (Première guerre israélo-arabe), 1967 (Guerre des Six-Jours) et 1970 (Septembre noir en Jordanie), les Syriens, mais aussi les nouvelles migrations économiques, comme celles des Philippines, employées comme personnel domestique dans les grandes villes.
- A l'inverse, des Libanais peuvent encore être inscrits sur les listes et avoir émigré. Cela engendre un biais, notamment pour les populations chrétiennes et arméniennes, qui ont le plus quitté le Liban. Si elles ne se sont pas désinscrites des listes, elles sont encore comptées dans les évaluations.

III – Géographie confessionnelle du Liban

Malgré les imperfections de la base de données électorale, on peut tenter de localiser les minorités. On remarque que celles-ci occupent des territoires assez différenciés dans l'espace, lié à l'héritage historique développé précédemment. Toutefois, elles s'enchevêtrent : un territoire n'est jamais homogène du point de vue de la confession ; il y a toujours une confession majoritaire et une/des confession(s) minoritaire(s). Nous nous basons ici sur la base de données électorale de l'année 2000, qui est traitée par E. Verdeil dans l'Atlas du Liban.

• Une répartition différenciée non homogène

Les sunnites sont très présents dans les grandes villes. Ils sont nettement majoritaires à Saïda et Tripoli, et forment le premier groupe confessionnel à Beyrouth. En milieu rural, ils sont principalement regroupés dans l'Akkar, à l'extrême nord et dans le Sud de la Bekaa (plaine comprise entre Mont-Liban et l'Anti-Liban). Les chiites sont très concentrés dans le Sud du pays (Jabat Amil) et dans le Nord de la Bekaa, autour de Baalbek. Ils sont traditionnellement absents des villes, sauf à Beyrouth et sa banlieue, où la communauté est importante. Le peuplement druze se concentre au Sud du Mont-Liban, dans le Chouf et la région d'Aley, comme à ses origines. Les Druzes sont aussi présents sur les piémonts du mont Hermon, dans la partie Sud de l'Anti-Liban. Les Alaouites sont peu nombreux au Liban. Ils sont présents dans le Nord du pays, dans la continuité de leur principal foyer, le Jabal Ansariyeh (côte nord-ouest de la Syrie).

Les communautés chrétiennes sont aussi fortement concentrées. Les maronites sont fortement implantés sur le versant occidental du Mont-Liban. Ils sont majoritaires sur l'espace allant du nord de Beyrouth à Zhgorta, tandis qu'ils se mélangent avec les druzes dans la périphérie Est et Sud de Beyrouth, avec les grecs-orthodoxes dans la région de Zhgorta et de Baabda, et avec les chiites aux alentours de Jezzine. Les Eglises grecques sont le plus souvent minoritaires sur leur territoire. Les Grecs orthodoxes forment traditionnellement de fortes communautés dans les grandes villes littorales (Tripoli, Beyrouth). Sinon, ils sont présents dans le Mont-Liban central, à côté des Druzes et Maronites, au Sud Est du pays et dans l'extrême nord (Akkar). Les Grecs catholiques melkites sont présents dans les villes de Zahleh, Saïda et Tyr, et dans une moindre mesure à Beyrouth. En milieu rural, ils sont éparpillés dans le Sud du Mont-Liban, autour de Jezzine, et dans le Nord de la Bekaa. Enfin, les communautés arméniennes (arrivées majoritairement d'Anatolie après la Première Guerre mondiale, où elles ont fui les massacres perpétrés par les Turcs), sont concentrées à Beyrouth et dans la Bekaa centrale.

• Mobilité des populations : émigration, exil, retour

Il ne faudrait pas voir les communautés implantées dans leur territoire local de façon immuable. Celles-ci sont mobiles. Outre l'émigration des populations, la guerre civile a provoqué des déplacements forcés de populations à l'intérieur du territoire. A Beyrouth, de forts mouvements de population ont été enregistrés : la population musulmane a migré vers Beyrouth-Ouest, tandis que la population chrétienne s'est installée dans les quartiers Est et Nord. Il en résulte une forte homogénéisation confessionnelle de la ville, alors séparée par une ligne de démarcation. Le clivage a suivi la guerre : en 1994, seuls 10% des déplacements effectués dans la ville franchissaient l'ancienne ligne de démarcation. Cela met en évidence les barrières qui sont restées dans les mentalités. La guerre a aussi touché le Chouf (Sud du Mont-Liban) lors de la guerre de la Montagne (1982-84), opposant les Druzes aux Phalanges chrétiennes. Dans le Sud Liban, l'avancée de l'armée israélienne a entrainé la venue d'un fort contingent de chiites vers les banlieues de Beyrouth. Le reste du Liban est aussi marqué par les mouvements de population, même s'ils sont moindres : à Tripoli, de nombreux chrétiens se replient vers Zghorta ; dans la Bekaa, le clivage entre Zahleh et sa banlieue se durcit ; près de Baalbek, les villages chrétiens perdent aussi de leur population.

Après la guerre, le gouvernement a mis en place une « politique des déplacés », pour permettre à ceux qui avaient connu l'exode forcé pendant la guerre de retourner dans leur lieux de vie initiaux. Ses résultats n'ont pas été mesurés, faute de données sur la population. Cependant, une enquête d'une ONG, l'Institut libanais pour le développement économique et social (ILDES), semblerait montrer que la réalité du retour est faible, et ne concerne qu'environ 20% des populations déplacées pendant la guerre. Cette politique a été entachée de pratiques clientélistes, arbitraires dans la distribution des fonds, et d'un manque de transparence.

• L'évolution relative des différentes confessions

PNG - 161.4 ko

Graphique emprunté à l'Atlas du Liban, Eric Verdeil dir. (2007), p. 81.

Sur le graphique, on voit l'estimation de l'évolution du rapport confessionnel. Avec toutes les réserves que l'on peut émettre sur les chiffres, la part de la population chrétienne aurait baissé de 60% en 1932 à 35 % en 2006, tandis que la part de la population musulmane aurait augmenté de 40% à 65%.

Bibliographie

- Georges CORM, Géopolitique du conflit libanais, Paris, La Découverte, 1986.

- Franck DEBIÉ et Danuta PIETER, La paix et la crise : le Liban reconstruit ?, Paris, PUF, 2003.

- Eric VERDEIL, Ghaleb FAOUR et Sébastien VELUT, Atlas du Liban, Institut français du Proche-Orient, CNRS Liban, 2007.

- « Le Liban », par Yara Khoury et Anne-Lucie Chaigne-Oudin,
http://www.lesclesdumoyenorient.com/Liban.html#empireottoman

Plus de détails sur les confessions :

- Les chrétiens d'Orient : http://www.lesclesdumoyenorient.com/Les-Chretiens-d-Orient-la.html puis http://www.lesclesdumoyenorient.com/Les-Chretiens-d-Orient-du-VIIeme.html

- Les Maronites : http://www.lesclesdumoyenorient.com/Maronites.html

- Les Druzes : http://www.lesclesdumoyenorient.com/Druzes.html

- Les Alaouites : http://www.lesclesdumoyenorient.com/Les-Alaouites-et-la-crise.html

- Les Sunnites et les Chiites : http://www.lesclesdumoyenorient.com/Sunnites-et-chiites-dans-l-Orient.html, http://www.lesclesdumoyenorient.com/Sunnites-et-chiites-a-l-epoque.html, http://www.lesclesdumoyenorient.com/Sunnites-et-chiites-a-l-epoque,1117.html



Envoyé de mon Ipad 

jeudi 3 octobre 2013

La Syrie que nous sommes en train de perdre

Merci ã Samir 
Objet: La Syrie que nous sommes en train de perdre

25. September  2013- 


http://www.lecourrierderussie.com/2013/09/25/syrie-sommes-en-train-perdre/
«Tout homme civilisé a deux patries : la sienne et la Syrie », tentait de faire entendre l'archéologue français et ancien directeur du musée du Louvre André Parrot. On peut comprendre le pathos de cet homme de science : la Syrie appartient à une région dont le nom est familier à tous les historiens en herbe – le « Croissant fertile ». C'est ici, sur un petit bout de l'Asie mineure et en Égypte, qu'est née la civilisation, ici que sont apparus, pour la première fois, l'élevage et l'agriculture.

La Syrie est un espace où le lien des temps semble ne s'être jamais rompu. Culture sumérienne, influence assyro-babylonienne, domination araméenne, période hellène, chrétienté précoce, empire byzantin et suprématie de l'islam ont transformé la terre syrienne en un gâteau mille-feuilles.

Les monuments historiques sont disséminés en Syrie comme le sont ailleurs les pierres. Il faudrait plus d'un journal pour tout dire – et plus d'une vie pour tout voir. Nous n'avons choisi que quelques sites dont la perte signifierait, pour le monde, la disparition d'un héritage unique.

L'Œil de l'Orient

Damas, comme la majorité des sites historiques de Syrie, ne va pas sans superlatif, c'est la ville à l'histoire la plus longue (le scientifique parlera du plus ancien peuplement sans interruption au monde), la plus ancienne capitale… La première mention de Damas date du troisième millénaire avant notre ère. Un historien de Judée, au Ier siècle de notre ère, écrivait que Damas avait été fondée par Hus, arrière-petit-fils de Noé. Les manuscrits arabes ont aussi leurs théories. Selon l'un d'eux, l'âge de la ville doit être calculé à partir d'Adam et Eve : après avoir été chassés de l'Eden, c'est précisément à Damas qu'ils se seraient installés. Un autre savant arabe considérait que la muraille de Damas était la première construction après le Déluge universel. L'empereur romain Julien appelait Damas l' « Œil de l'Orient ». Cet œil en a aperçu beaucoup, et sa vue n'a pas faibli avec le temps.

La corbeille à l'apôtre

La capitale syrienne a conservé l'empreinte de pratiquement toutes les époques. Ici se dressent, comme autrefois, les murs romains qui entourent la Vieille ville. Par endroits, ils abritent des maisons. Se sont également conservées les anciennes portes de la ville. Dans l'une d'elles, Bab Kissan, se trouve la chapelle de Saint Paul, de ce célèbre citoyen romain qui, portant encore le nom de Saul, persécutait brutalement les adeptes de la religion nouvelle mais qui devint, par la suite, fervent prédicateur de la chrétienté et l'un des deux apôtres suprêmes. C'est par ces portes que Paul a fui, après avoir provoqué le courroux de la communauté juive de Damas par ses sermons. Pour le capturer, on avait fait fermer toutes les issues de la ville. Mais il est parvenu à se cacher – ses disciples l'ont fait passer, assis dans une corbeille, par une meurtrière.

Au nom de l'apôtre est liée également la Rue droite, construite sous les Romains. Il en est fait mention dans la Bible : c'est là que le Tout Puissant envoie saint Ananie guérir Paul de l'aveuglement : « Et le Seigneur lui dit : Lève-toi et va dans la rue que l'on appelle droite, et demande, dans une maison juive, un Tarse du nom de Saul. » Ananie est considéré comme le premier évêque de Damas, c'est aussi lui qui a baptisé Paul. C'est incroyable, mais la maison où vivait Ananie s'est conservée jusqu'à nos jours.

Le principal site de visite de Damas est la célèbre mosquée des Omeyyades, une des plus grandes et des plus anciennes du monde. À l'époque araméenne se tenait à sa place le temple de Hadad, dieu sémite du Tonnerre. À la période romaine, le temple a été reconstruit et dédié à Jupiter. Sous l'empereur Constantin, le lieu saint, devenu chrétien, portait le nom de Saint Jean. Après que Damas a été déclarée capitale du califat omeyyade, le calife a ordonné que le temple soit démantelé pierre par pierre, et reconstruit en mosquée.

Depuis lors et jusqu'à nos jours, la mosquée des Omeyyades est le principal lieu de pèlerinage de Damas. On y trouve encore, dans une basilique spécialement construite pour l'abriter, un reliquaire avec la tête de Jean le Baptiste. Le saint reçoit les prières des chrétiens autant que des musulmans – en islam, il est vénéré sous le nom de Yahia.
Une autre curiosité de la mosquée est son minaret sud-oriental. Selon la légende, c'est ici que descendra Jésus au jour du Jugement dernier. Face au minaret, on a préparé un petit tapis pour le messie. Il est étendu chaque matin par l'imam en chef – car en effet, personne ne sait quand sonnera le Jour terrible…

Au dessus de la capitale s'élève le mont Quassioun. Sur son versant oriental s'accroche une petite mosquée, près d'elle, se trouve le site que l'on appelle la Grotte sanglante. La tradition veut que ce soit là qu'a été commis le premier assassinat de l'histoire de l'humanité – que Caïn a levé la main sur Abel. La grotte dissimule des niches : selon la légende, le Christ a prié dans l'une d'elles, Abraham dans une autre, Saint Georges dans une troisième.

La falaise ressemble ici à une gueule béante : au moment de l'assassinat, la roche a hurlé de frayeur, et est restée figée. Depuis le plafond, des gouttes continuent de perler – ce sont les larmes pour Abel. On dit qu'elles guérissent les maladies des yeux.
Il y a aussi, ici, la trace d'une paume – c'est l'archange Gabriel qui, descendu du ciel après l'événement et faiblissant de chagrin, s'est appuyé sur le mur. Puis, l'archange a livré le corps d'Abel à la terre, non loin de Damas, dans la petite localité de An Nabi Habil. On y trouve un sarcophage de marbre de cinq mètres de long : les premiers hommes étaient bien plus grands que ceux d'aujourd'hui. Et Abel ne faisait pas exception.

Un des lieux les plus vénérés de la Syrie chrétienne est l'icône de la Vierge Marie du monastère de Saydnaya. En nombre de pèlerins, la relique, dans le Proche Orient, ne le cède qu'à Jérusalem.
Le monastère a été érigé sur décret de l'empereur Justinien. La légende dit que le césar, à la chasse, aperçut une gazelle. S'apprêtant à la tuer, il fut presque aveuglé par une vive lumière – la gazelle s'était transformée en une vierge vêtue de blanc, qui ordonna à l'empereur de construire un monastère. C'était la Vierge Marie…

Le lieu saint est vénéré aussi bien par les chrétiens que par les musulmans – l'Impératrice des cieux fait bien assez de miracles pour tous. Le dernier a eu lieu il y a vingt ans – la mère d'un petit garçon musulman tout juste guéri d'une maladie grave a apporté à la Vierge de Saydnaya de l'huile d'olive, qu'elle a, par mégarde, renversée sur une marche. Sur les gouttes d'huile s'est soudain dessinée l'image de la Vierge. Depuis ce jour, les gens de toutes les confessions viennent toucher l'icône et demander son intercession.

La petite ville de Maaloula est célèbre pour ses monuments chrétiens. Parmi eux, le monastère féminin de sainte Thècle, où affluent les pèlerins de tout le Proche Orient, pour placer entre ses pierres des notes avec des prières. Selon la légende, Thècle fuyait les soldats envoyés par son père – lui, respectable païen, était très irrité que sa fille ait adopté la chrétienté. Après de grands tourments, Thècle arriva aux monts de Maaloula, mais là, elle perdit toute force. Alors, Thècle se mit à prier. Et le miracle survint – la montagne s'écarta, formant un étroit passage. Thècle s'installa dans une grotte près d'une source, avec l'eau de laquelle elle baptisait et guérissait les gens.

Cette source s'est conservée jusqu'à nos jours. Et Thècle continue de guérir les gens de maux divers. En signe de reconnaissance pour ses soins, on lui apporte – comme à la Vierge de Saydnaya – des présents : des médaillons en forme de parties du corps. La sainte repose dans une minuscule cellule de la grotte même où elle a vécu et prié.

Maaloula est un des rares lieux de Syrie dont les habitants parlent en langue araméenne dans sa version contemporaine. L'araméen fut un temps, comme on le dirait aujourd'hui, la langue de communication interethnique dans le Proche Orient. Jésus le parlait, et ses apôtres aussi. Ainsi semble-t-il, à ceux qui viennent ici, voyager dans le temps quelques millénaires en arrière.

À l'heure qu'il est, les monastères ont été saccagés, et leurs habitants ont fui les assauts des rebelles…

Source : Tamara Tsereteli, Gazeta Kultura


vendredi 27 septembre 2013

Charif Majdalani raconte les chrétiens du Liban - Livres - La Vie


27/9/2013-Charif Majdalani raconte les chrétiens du Liban

Cela commence comme un roman de cape et d'épée. Dans la fougue amoureuse de ses vingt ans, Hamid enlève la jolie Simone, la fille du notable chrétien Chakib Khattar, industriel du marbre, dont il était devenu le bras droit. On est en 1964. Les jeunes gens s'aiment, mais Hamid, issu d'une classe sociale inférieure, s'est vu refuser la main de sa belle. Ainsi s'ouvre « Le dernier Seigneur de Marsad », par un épisode rocambolesque qui marque le début de la fin pour le chef de clan chrétien, dont l'univers va basculer. Conteur hors pair, l'écrivain libanais Charif Majdalani nous plonge au cœur de l'histoire du Liban, à la veille de la guerre de 1975, qui marquera la fin d'un certain âge d'or. Rencontre.

Comment est née l'histoire du « dernier Seigneur de Marsad » ?

Marsad est inspiré du quartier de Mazra à l'ouest de Beyrouth, dont est originaire ma famille. Un quartier qui était autrefois à majorité chrétienne orthodoxe – avec une population plutôt roturière par rapport à l'aristocratie chrétienne du fief d'Achrafieh, à l'est de la capitale. Marsad a vu arriver petit à petit de nombreuses familles musulmanes sunnites. La géographie humaine a changé au point qu'à la fin des années 1950, les grands notables chrétiens ont dû s'allier aux chefs sunnites pour garder leur pouvoir. C'était une sorte de pacte contre nature, avec des leaders musulmans favorables aux nationalismes arabes, négation même de l'essence du Liban… Le maintien de l'influence chrétienne sur Mazra était à ce prix.

La guerre de 1975 a changé la donne...

Oui, le grand basculement démographique a surtout eu lieu pendant la guerre civile de 1975, quand les familles chrétiennes ont dû fuir vers l'Est, à quelques exceptions près. Au fil des ans, même les chefs traditionnels musulmans ont perdu leur influence au profit des chefs de milice, dont certains étaient encore assez respectables – comme le personnage d'Achraf Labbane dans le roman. A partir de 1983 cependant, des milices inconnues liées aux mafias ont lorgné sur les propriétés et établi leur camp… L'histoire de ce quartier est emblématique de celle du Liban, avec un changement progressif de la démographie et le rétrécissement du rôle des chrétiens.

Etes-vous nostalgique d'un certain âge d'or d'avant la guerre ?

Quand j'étais jeune, j'étais fasciné par les chefs traditionnels - dont j'ai tiré le personnage de Chakib Khattar -, ces grands seigneurs tout à la fois égoïstes et défenseurs des humbles, secondés par les « abadayes », des petits chefs de quartier un peu voyous, personnages mythiques pour les enfants que nous étions, qui maniaient le révolver dans des actions d'éclat, avaient l'art de la mise en scène et du symbole. Ils ont disparu au profit des miliciens, la kalachnikov a remplacé le pistolet… Mais le prétendu âge d'or d'avant la guerre, période de cohabitation et de prospérité économique, portait déjà en germe les conflits à venir. Cette société hyper-hiérarchisée était une société de convivialité, où l'on vivait côte à côte mais sans se mélanger - pas question de mariage entre communautés. Dans cette cohabitation accompagnée de méfiance, régnait déjà la fracture, communautaire et sociale – le mariage de déclassement étant aussi proscrit. Le jeune Hamid incarne cette impossibilité.

Quelle est la situation aujourd'hui ?

Le Liban a retrouvé aujourd'hui une forme de coexistence, même si la fracture oppose désormais sunnites et chiites. Tout le Moyen-Orient est pris dans cette division-là, vieille rivalité de cinq siècles qui a resurgi, avivée à l'heure actuelle par la situation en Syrie. Et les chrétiens d'Orient, écartelés entre leur allégeance aux uns ou aux autres, sont définitivement mis sur orbite. Mais ils sont une force satellitaire encore nécessaire, économique, intellectuelle et aussi symbolique. Ils font de ce pays quelque chose de différent, né du déséquilibre et qui n'existe que dans l'équilibre provisoire, lequel se rejoue à chaque étape de son histoire. 



Envoyé de mon Ipad 

lundi 16 septembre 2013

Le Centre d’études latines de l’USEK ressuscite l’histoire du Liban | À La Une | L'Orient-Le Jour

Le Centre d'études latines de l'USEK ressuscite l'histoire du Liban | À La Une | L'Orient-Le Jour

Le Centre d'études latines de l'USEK, fondé en 2008 par Mireille Issa, professeure de littérature classique et de langues latine et médiévale à l'USEK et à l'USJ, est un havre où des manuscrits latins, désuets et jaunis par le temps, s'oxygènent, se décortiquent et se traduisent en français. La finalité d'un tel centre est de revivifier l'histoire, et quelle histoire ! Celle de la plus belle eau d'un Liban qui jouissait d'un statut enviable au temps de l'Empire romain. 


« Mon projet est de traduire des manuscrits latins et des livres érudits, écrits en un latin pur comme le cristal, en collaboration avec des latinistes, chercheurs et paléontologues aussi bien libanais que français pour que les gloires d'antan soient étalées au grand jour », confie Mireille Issa. Le Centre d'études latines entreprend alors un chantier qui fait retrousser maintes manches, notamment celles de Mireille Issa qui indique avoir renoncé à tout dans la vie pour suivre sa passion : le latin, qui ne devrait pas être considéré comme une langue morte parce qu'il est incontournable dans le langage scientifique. «Quand j'étais en France, j'écoutais le bulletin d'informations qu'on diffusait sur les ondes d'une radio locale en latin ! C'est même une langue toujours en vigueur dans certains milieux savants. Donc, j'essaie inlassablement de dissiper la présomption qui dit que le latin doit être relégué aux oubliettes de l'histoire», affirme-t-elle.

 

L'École de droit de Beyrouth : une légende dépoussiérée

L'École de droit de Beyrouth, on en a ouï dire. Elle existait. N'est-elle plus? Ou est-elle ensevelie sous les tonnes de béton et de ferraille qui rongent la capitale? On n'en sait rien. Néanmoins, ce qu'on peut savoir, c'est qu'elle respire toujours à travers l'ouvrage datant du XVIIe siècle de l'historien et juriste allemand Johann Strauch. Son livre, Berytus seu de metropoli Beryto, traduit par Mireille Issa, reproduit d'une manière fidèle la vie juridique de l'Empire romain dont le Liban faisait partie. Les écoles de droit siégeaient dans quatre villes de l'Empire romain : Rome, Constantinople, Alexandrie et Beyrouth. «Chaque école abritait deux professeurs romains, ou "civis romanus", puisqu'il était strictement interdit qu'un étranger enseigne dans ces écoles, même s'il jouissait du "jus civitatis", c'est-à-dire de la citoyenneté romaine. Mais pour Beyrouth, la formule était différente. Ce sont les Phéniciens qui y enseignaient, dont Ulpien, figure de proue dans le monde juridique de l'Antiquité». explique la professeure Mireille Issa. «On a de quoi être fiers. Notre pays a toujours eu un statut politique et administratif spécial. L'empereur Auguste y passait l'été, et Beyrouth bénéficiait de sa bienveillance et de celle de tous les empereurs du IIe siècle», poursuit-elle. Qui plus est, l'ouvrage de Strauch, que Mireille Issa a traduit en balayant toutes les ambiguïtés des désinences latines qui s'annexent aux noms des villes et des sites antiques, offre une perspective anthropologique d'une métropole dont l'histoire résonne de gloire.

Et les projets futurs ?
Mireille Issa, affichant son désir de poursuivre son chantier de traduction, projette de s'arrimer sur la rive des Bullarium, ou bulles papales – correspondances entre le Vatican et le patriarcat maronite entre le XIIe et le XVIIIe siècle. «Ce sont des textes anarchiquement regroupés et qui, une fois traduits, nous permettraient de lire l'histoire du Liban sous un autre angle», souligne-t-elle. Mireille Issa avoue être à sa 20e bulle, ce qui fait le dixième des 200 bulles papales rédigées en latin classique et qu'il faut aborder avec vigilance et tact, «pour ne pas prêter le flanc à la critique», conclut-elle.

Pour mémoire

De la Phénicie aux sociétés arabes médiévales

Les Abillama face à leur histoire et à celle du Liban...


Envoyé de mon Ipad 

samedi 14 septembre 2013

عين ابل تستعيد نسخة من أثريّة قيّمة لأنّ القانون الفرنسي يمنع إعادة المسروقات بعد 70 عاما | جنوبية

http://janoubia.com/20217-تذكير بخبر سابق

عين ابل تستعيد نسخة من أثريّة قيّمة لأنّ القانون الفرنسي يمنع إعادة المسروقات بعد 70 عاما

تعمل بلدية عين ابل، في قضاء بنت جبيل، جاهدة للبحث عن المكان المناسب لاقامة مجسّم خاص داخل البلدة تعرض فيه منحوتتها الأثرية، التي استطاعت البلدية استعادتها من متحف اللوفر في باريس، بعد أن عمد المؤرّخ الفرنسي "أرنست رينان" الى انتزاعها من أحد الأماكن الأثرية في البلدة بالعام 1860، بحسب رئيس البلدية فاروق بركات دياب، أثناء قيامه بجولة الى عين ابل ذلك العام للبحث في آثارها.


ويكشف دياب أن "رينان عثر حينها على صخرة كبيرة تعود الى العصر الروماني منحوت عليها الالهين (أبوبلون) المعروف بـ(البعل) و(ديانا) أرتميست) المعروفة بـ(ديانا مع سهمين وثورين تتوسطهما شجرة نخيل) فعمد الى قصّ الصخرة المنحوتة ونقلها معه الى باريس". وأوضح دياب أن "أحد أبناء بلدة عين ابل اكتشف حقيقة فقدان الصخرة بعد أن قرأ في كتاب للمؤرخ رينان تحدث فيه عن قصة الصخرة الأثرية، عندها بدأت البلدية عملية البحث عنها بالاستعانة بأحد أبناء البلدة ويدعى يوسف خريش الذي يعمل بالمركز الكاثوليكي للاعلام، والذي استعان بدوره بابن عمه يوسف خليل خريش الموجود في فرنسا: "بعد أن تبيّن لنا وجود الصخرة في متحف اللوفر في باريس، رحنا نوثّق الأدلّة التي تثبت ملكية الصخرة لعين ابل، واستمرت المفاوضات ابتداءّ من العام 2003 مع ادارة المتحف الى أن أقرّ المعنيون هناك بمشروعية ادعاء بلدية عين ابل بملكية المنحوتة الرومانية، لكنها بينت أن القانون الفرنسي لا يسمح باسترداد أي قطعة أثرية مضى على وجودها في فرنسا أكثر من 70 عاماً، لذلك قرّرت الادارة نحت مجسّم شبيه (طبق الأصل) عن الصخرة المسروقة، وارسالها لنا".

وقد تسلّم رئيس البلدية اللوحة الصخرية عبر ماري كلودين بيطار من مؤسسة "بروموريون" في 24 – 10- 2011 أي بعد أكثر من 151 سنة من سرقة اللوحة الأصلية، وبعد نحو 9 سنوات من المفاوضات مع متحف اللوفر.

يذكر أن الصخرة المسروقة كانت في محلّة الدوير في عين ابل، وهي منطقة أثرية، منهوبة في مراحل عدة، منذ حكم الجزّار أيام العثمانيين الى الاحتلال الاسرائيلي. وقد عمدت البلدية الى ايداع اللوحة في قاعة البلدية تمهيداً لنقلها الى مكان لائق في البلدة بعد الاستعانة بمهندسين متخصصين، بحسب ذياب.

اللاّفت أن منطقة بنت جبيل غنية بالآثارت القديمة جداً، التي يعود بعضها الى أيام الكنعانيين وقد تعرّضت المنطقة أثناء الاحتلال الاسرائيلي إلى عمليات سرقة منظمة، منها من قبل العدو الاسرائيلي، وبعضها يأياد لبنانية عندما نبشت الكثير من الأماكن في قرى وبلدات متعددة وعثر أثنائها على كميات كبيرة من النووايس والتحف الأثرية، وبعضها من الذهب الخالص، بحسب العديد من أبناء المنطقة، وقد تم بيعها الى جهات مجهولة. وقد عبّر ابناء عين ابل عن سعادتهم بانجاز البلدية هذا "الذي يعتبر انجازاً تاريخياً يحتذى به من قبل جميع البلديات لاستعادة آثارها المسروقة".  

مقالات ذات صلة >>



Envoyé de mon iPad jtk

jeudi 12 septembre 2013

Kadisha: balade dans la «vallée des saints» | Thomas Abgrall | Liban

Kadisha: balade dans la «vallée des saints»

Le couvent Mar Lichaa est l'un des plus... (Photo Thomas Abgrall, collaboration spéciale)
Thomas Abgrall

Collaboration spéciale

La Presse

(Bcharré, Liban) La vallée de la Kadisha, classée en 1997 au patrimoine mondial de l'UNESCO, fourmille de chemins de randonnée qui permettent de partir à la découverte de monastères remontant aux origines du christianisme.

C'est du village de Bcharré, d'où est originaire le poète Khalil Gibran - célèbre pour son essai Le Prophète -, que démarre notre voyage dans la Kadisha, la «vallée des saints» libanaise. Bcharré, avec ses toits en tuile rouge et son double clocher, se trouve perché sur un plateau, qui surplombe la «cuvette» de la Kadisha: une faille rocheuse au milieu de laquelle passe une vallée, dont le fragile fil directeur est une rivière qui serpente entre les arbres.

De Bcharré, à flanc de falaise, une route en lacets descend dans la plaine. Les points de vue sont à couper le souffle, quelques grappes de végétation s'accrochent à la roche abrupte - ocre et grise - qui laisse transparaître des cascades. Des dizaines de grottes naturelles se sont formées au fil des millénaires, parfois très difficiles d'accès (à plus de 1000 m d'altitude), ce qui a fait de la vallée un lieu de refuge naturel pour les communautés de la région. En particulier les premières communautés chrétiennes - les maronites - qui représentent encore aujourd'hui environ de 20 à 25% de la population libanaise.

Saint-Antoine de Kozhaya: au coucher du soleil, sa... (Photo Thomas Abgrall, collaboration spéciale) - image 2.0

Agrandir

Saint-Antoine de Kozhaya: au coucher du soleil, sa majestueuse façade prend de belles teintes orangées.

Photo Thomas Abgrall, collaboration spéciale

Refuge des chrétiens

À certaines époques, la vallée aurait accueilli près de 200 ermites, et des centaines de moines, qui se sont plusieurs fois retrouvés persécutés, notamment à la fin de la période des croisades, par les sultans mamelouks, au XIIIe siècle.

On y trouve aujourd'hui la plus forte concentration de monastères et d'ermitages rupestres remontant aux origines du christianisme.

Les Libanais, quelle que soit leur religion, aiment venir randonner dans la Kadisha et visiter ces monastères.

En contrebas de Bcharré, Mar Lichaa - du nom d'un prophète de l'Ancien Testament - est l'un des couvents les plus accessibles, niché au-dessus de champs d'oliviers. Se fondant avec la roche, il daterait de 1315, et les patriarches de Bcharré auraient été ses premiers habitants. Il abrite une petite église et quelques cellules de moines, mais n'est plus fonctionnel depuis plusieurs années. Du couvent, un large chemin terreux au milieu des arbres parsemé de croix conduit dans le fond de la vallée.

Tout autour, sont encore visibles de nombreuses cultures en terrasses, où les moines et les habitants de la région font pousser la vigne et les céréales. Si la plupart ont été abandonnées, quelques-unes subsistent toujours.

Avant de parvenir au pittoresque couvent de Qannoubine, le plus ancien de la région, le restaurant d'Abou Joseph - le seul planté au milieu de la vallée - arrive à point nommé pour déguster quelques mezzés libanais au frais. Les infrastructures touristiques se sont peu développées dans la vallée, ce qui lui a permis de préserver toute son authenticité.

On accède à Deir Qannoubine par un petit chemin pentu et rocailleux. Plus intime et calme que Mar Lichaa, avec sa terrasse ombragée, sa grande cloche, sa chapelle blanche avec des fresques murales colorées remontant au XVIIIe siècle.

Le pittoresque couvent de Qannoubine, le plus ancien... (Photo Thomas Abgrall, collaboration spéciale) - image 3.0

Agrandir

Le pittoresque couvent de Qannoubine, le plus ancien de la vallée de Kadisha.

Photo Thomas Abgrall, collaboration spéciale

Les derniers ermites du Liban

Encore plus haut dans la montagne se trouvent quelques restes du couvent Notre-Dame de Haouqa.

C'est là que vit depuis une dizaine d'années l'un des trois derniers ermites de la vallée de la Qadisha, l'étonnant père Dario Escobar. Le couvent le plus proche lui apporte deux fois par semaine sa nourriture, un seul repas végétarien par jour, à 2h du matin.

En redescendant dans la vallée, le chemin de randonnée se poursuit avant de s'effacer progressivement. Il faut continuer par des sentiers non balisés pendant plusieurs heures, avant d'atteindre la dernière étape, le couvent le plus imposant de la vallée: Saint-Antoine de Kozhaya. Au coucher du soleil, sa majestueuse façade prend de belles teintes orangées. Le portail d'entrée, de style arabe, s'ouvre sur une grande cour dotée d'une fontaine et offrant de superbes vues sur la vallée. Une petite église avec trois clochers est adossée à la paroi rocheuse.

Pour profiter pleinement du lieu, il est possible d'y passer la nuit. Il peut accueillir jusqu'à 60 visiteurs. Avec en prime un lever de soleil sur la vallée... en attendant de se perdre de nouveau dans les multiples sentiers de la Kadisha.



Envoyé de mon iPad jtk

mardi 10 septembre 2013

Les Arabes précurseurs de l'ère numérique - AgoraVox le média citoyen

Les Arabes précurseurs de l'ère numérique

 « La mathématique est la reine des sciences et
la théorie des nombres est la reine des mathématiques. »
Gauss

Avec la civilisation numérique que nous vivons, nous constatons que l'affirmation de Pythagore, l'un des plus anciens philosophes de l'humanité, énoncée il y plus de 2500 ans, selon laquelle « tout est nombre » s'avère des plus actuelles. En effet, tout ce que nous échangeons sur Internet est numérique, la culture numérique a été et est encore le pivot du développement technologique le plus pointu. La culture numérique ne semble pas faire question tant l'évidence d'un déploiement technique rend partout présent la numérisation de nos tâches et de nos œuvres.

Pythagore avait énoncé que les mathématiques ordonnaient l'univers des dieux et des hommes. 24 siècles plus tard, le mathématicien et philosophe britannique George Boole parvint à exprimer les opérations de l'esprit logique par une algèbre.

Pythagore avait pressenti la science des nombres, les Arabes l'ont créée.

Après la Renaissance, les Européens en ont repris le flambeau pour créer le monde moderne. Dans ce qui suit, nous désignons par le terme générique « arabe » l'ensemble des peuples et des savants dont les œuvres ont été écrites en arabe : ils furent Arabes, Persans, Berbères, Espagnols, etc. C'étaient des musulmans, des juifs, des chrétiens, et d'autres encore.

Pour apprécier l'importance considérable de la contribution de ces savants (qui ont été si nombreux et si féconds qu'il est impossible de les citer tous ici), nous allons juste citer quelques exemples de mathématiciens arabes réputés, en remarquant qu'en fait, les mathématiques ne furent que l'une des facettes de leur savoir qui, à l'époque, couvrait plusieurs domaines de la connaissance.

1.  Abu Abdallah Al-Khawarizmi (783-850) était un mathématicien persan, géographe et astronome. Il est considéré comme le plus grand mathématicien de la civilisation islamique. Il a contribué à l'adoption du système de numérotation indienne, plus tard connu sous le nom de chiffres arabes. Il a introduit des méthodes de simplification des équations. Il a utilisé la géométrie euclidienne dans ses démonstrations. Il a donné son nom au mot « algorithme », qui est une suite finie et non ambiguë d'opérations ou d'instructions permettant de résoudre un problème.

2.  Abū Yūsuf al-Kindī (801—873). Dans le domaine de la géométrie, Al Kindi aborde la théorie des lignes parallèles. Il donne un lemme sur l'existence de deux lignes dans le plan, à la fois non parallèles et sans intersection, la géométrie non euclidienne n'est pas loin.

3.  Thabet ibn Qurra (826-901) est connu pour ses traductions des mathématiques grecques, et ses recherches en arithmétique sur les nombres premiers. Il énonce et démontre le plus important théorème connu sur les nombres amiables (deux nombres sont amiables si chacun d'eux est égal à la somme des diviseurs propres de l'autre) qui porte aujourd'hui son nom. Ce travail sur les nombres amiables sera poursuivi par al-Fârisî (XIVe siècle). L'analyse des conclusions d'al-Fârisî montre que dès le 14e siècle, on était parvenu à un ensemble de résultats et de techniques attribués jusque-là aux mathématiciens européens du 17e siècle.

4.  Al Hassen Ibn Al-Haythem (965-1039), surnommé Alhazen par les Européens, est un savant qui a laissé son nom sur la question connue aujourd'hui sous le nom de problème du billard d'Alhazen. Le problème peut se résumer ainsi « soit deux billes A et B placées en deux points quelconques d'un billard parfaitement circulaire. Trouver le point du rebord sur lequel la bille A doit être envoyée pour revenir heurter la bille B après avoir rebondi une seule fois ». Alhazen a réussi à le trouver grâce à des sections coniques, mais il n'a pas réussi à le prouver à l'aide d'un raisonnement d'algèbre mathématique. Durant des siècles, plusieurs scientifiques ont essayé de résoudre ce problème, mais ce n'est qu'en 1997 que Peter M. Neumann, professeur à Oxford, a démontré que la solution fait appel à une équation du quatrième degré et ne peut donc être résolue avec une règle et un compas.

Ibn Al-Haythem a découvert l'un des plus beaux théorèmes de la théorie des nombres : « un entier p, plus grand que 1, est premier si et seulement si ((p – 1) !+1) est divisible par p ». Sept siècles plus tard, les Européens appelleront ce théorème, le théorème de Wilson (1741-1793).

5.  Muḥammad Al-Bīrūnī (973- 1048) est connu pour sa théorie sur la rotation de la Terre autour de son axe et autour du Soleil, et ceci bien avant Copernic (1473-1543). Il mentionna, avant Isaac Newton (1642-1727) la force d´attraction que la Terre exerce sur les corps. Mathématicien, géologue, botaniste, astronome, historien, linguiste, a laissé une œuvre considérable. Al-Biruni était un pionnier. Il a créé la première mappemonde construite en Asie centrale. Avec l'aide d'un astrolabe, de la mer et d'une montagne avoisinante, il a évalué la circonférence de la Terre. Il a calculé avec précision les densités et les poids spécifiques de minéraux, travaillé sur la "règle de trois", développé des équations à plusieurs inconnues, contribué à développer la trigonométrie. Il a imaginé un canal reliant la mer Rouge et la Méditerranée (actuel canal de Suez), a proposé de dessaler l'eau de mer pour approvisionner les contrées désertiques en eau douce. Lorsque les écrits d'Al-Bîrunî parviennent en Europe, son nom fut francisé en Aliboron. On francisait et latinisait autrefois les noms provenant des langues "barbares" et imprononçables. Exemples : Ibn Sina = Avicenne, Ibn Rushd = Averroès, Kung-fu Tseu = Confucius. Pour les Européens d'alors, ses œuvres apparaissent comme ardues, voire ésotériques. Au lieu de reconnaître leur incompétence, les savants français se sont moqués du contenu de ses livres. Par dérision, Al-Bîrunî, alias Aliboron, fut affublé du sobriquet de Maître Aliboron. Au 14e siècle, Jean Buridan (1300-1358), maître scolastique et philosophe aristotélicien, nomma Aliboron son célèbre âne affamé et assoiffé qui, placé à égale distance d'un seau d'eau et d'une botte de foin, mourut de faim et de soif, faute d'avoir su choisir dans quelle direction aller en premier. Par la suite, d'autres ânes furent nommés Aliboron, et "Maître Aliboron" devint une périphrase pour désigner l'âne par excellence, comme on le lit chez La Fontaine.  Du reste, je suis convaincu que La Fontaine n'aurait pas utilisé ce mot s'il savait l'ânerie qui en a été l'origine. Autrement dit, les ânes ne sont pas toujours ceux que l'on pense !

6.  Omar Khayyâm (1048-1131) est un savant et un poète persan. C'était le premier mathématicien à avoir traité systématiquement des équations cubiques, en employant des tracés de coniques pour déterminer le nombre des racines réelles et les évaluer approximativement. Outre son traité d'algèbre, Omar Khayyâm a écrit plusieurs textes sur l'extraction des racines cubiques.

7.  Nasir al-Din al-Tusi (1201-1274) était le premier à traiter la trigonométrie en tant que discipline mathématique distincte, et dans son Traité sur le Quadrilateral, il a donné la première exposition étendue de la trigonométrie sphérique, et il était le premier à énumérer les six cas distincts d'un triangle équilatéral en trigonométrie sphérique. Il a également créé la célèbre formule de sinus pour les triangles isocèles, qui était l'une de ses contributions mathématiques principales. En 1265, al-Tusi a écrit un manuscrit concernant le calcul pour les nièmes racines d'un nombre entier. Il a indiqué les coefficients d'expansion d'un binôme à n'importe quelle puissance, donnant la formule binomiale (appelée plus tard "triangle de Pascal").

Les Arabes avaient « la bosse des maths »

Le rôle de la civilisation arabe a été particulièrement novateur en mathématiques : arithmétique, algèbre, analyse combinatoire et trigonométrie. Ils ont utilisé les mathématiques comme auxiliaires d'autres disciplines telles que l'astronomie, les techniques de constructions géométriques (mosaïques, coupoles…) mais aussi à des fins purement religieuses pour calculer les coordonnées géographiques et indiquer la direction de La Mecque.

Dans le domaine de l'arithmétique, l'une des branches les plus nobles et les plus difficiles des mathématiques, les Arabes ont accompli une œuvre considérable en recueillant, en propageant et en enseignant l'usage des chiffres et du calcul indiens, et en poussant l'étude de certaines propriétés remarquables des nombres vers un embryon de la théorie des nombres.

C'est que, dans le domaine numérique, l'esprit arabe « immatérialise le nombre et le personnalise ». Le nombre n'est plus une nature douée de propriétés mais un être actif doué d'un rôle opératoire, qui concourt avec d'autres dans l'ensemble des opérations. Ainsi, ce qui intéresse les Arabes dans la série des nombres, ce n'est pas la suite naturelle et chosifiée, c'est le terme défini par sa place dans la série avec sa singularité. Ils ont recherché l'ordinal, plutôt que le cardinal ; ils ne se sont pas rebutés et horrifiés par les nombres impairs ou les nombres irrationnels, comme l'avaient été les Grecs. « On a même trouvé chez Ibn Qurra la notion cantorienne du transfini » (L. Massignon et R. Arnaldez).

Comme l'explique A.P. Youschkevitch, « l'assimilation de l'héritage classique a permis aux mathématiciens arabes d'atteindre, dans le développement des algorithmes numériques et des problèmes correspondants, un plus haut niveau que celui auquel pouvaient accéder les mathématiciens indiens et chinois. Là où ces derniers se contentaient d'établir une règle de calcul particulière, les mathématiciens de l'Islam réussissaient souvent à développer toute une théorie ».

Introduction des chiffres indiens et du zéro

C'est d'Inde, tracés dans leur graphie nagari, que sont venus de nouveaux signes permettant, grâce au zéro positionnel, une plus grande souplesse d'emploi. Des astronomes musulmans, en apprenant cette science des Indiens au 8e siècle, ont vraisemblablement importé dans un même mouvement leurs chiffres. Al Khawarizmi serait le premier à avoir, au 9e siècle, travaillé sur les méthodes de calcul indiennes. Rapidement adoptés, ces signes ont subi de nombreuses modifications avant de prendre l'apparence des chiffres dits arabes utilisés de nos jours. Ce sont les savants d'Afrique du Nord (Kairouan) qui ont développé une nouvelle graphie appelée maghrébine, ou ghobar, ou tout simplement arabe. C'est celle qui est employée aujourd'hui par le monde entier, sauf au Moyen Orient, qui a conservé jusqu'à nos jours la graphie indo-persane des 9 chiffres, parce qu'ils considèrent que les Maghrébins ne sont pas des Arabes (ce qui est vrai) et donc qu'ils refusent de considérer "les chiffres arabes", créés à Kairouan, comme arabes !! Ainsi, comble de l'absurde, les seuls peuples qui n'utilisent pas les chiffres arabes sont les Arabes eux-mêmes. Ajoutons à cela que la langue arabe n'est la langue maternelle d'aucun Arabe et nous constatons par là l'état actuel de schizophrénie des Arabes.

Introduction du système sexagésimal babylonien

On pourrait se demander pourquoi certaines mesures sont exprimées de nos jours en base 60, dite base sexagésimale. On utilise ce système par exemple pour le temps (heures, minutes, secondes), pour les coordonnées géographiques (latitude, longitude) et pour mesurer les angles. Ce système, positionnel, a été créé en Irak, par les Sumériens, ancêtres des Babyloniens, vers le 19è siècle avant J.C., il y a presque 4000 ans !

Dans un système positionnel, la position du chiffre indique son ordre de grandeur. Par exemple [3 ;4;2] signifie, dans notre système positionnel décimal 3x102+4x10+2x1 soit 342. Pour les Sumériens, il signifiait 3x602+4x60+2x1 soit 10800+240+2 soit encore 11042. Ce système disposait aussi du zéro.

Le système sexagésimal a l'avantage d'avoir de nombreux diviseurs entiers (1, 2, 3, 4, 5, 6, 10, 12, 15, 20, 30, 60) qui facilitent le calcul des fractions. Les fractions ont toujours été le cauchemar des écoliers. Il en était ainsi chez les comptables ou les arpenteurs d'il y a 4000 ans. Par contre, si 60 est divisible par 1,2,3,4,5 et 6, il ne l'est pas par 7. C'est pour cela que les Sumériens considéraient le chiffre 7 comme démoniaque, et décidèrent qu'une semaine devait s'arrêter au 7e jour. Le sept est devenu, dans beaucoup de croyances, un chiffre spécial, ayant parfois une connotation divine et parfois une connotation diabolique.

Ce système, antérieur au système décimal indien a exercé une grande influence depuis la plus haute antiquité à nos jours. Depuis le 2e siècle avant J.C., les astronomes grecs l'utilisèrent. Après les Grecs, les astronomes arabes l'ont utilisé pour leurs tables astronomiques, d'autant plus que les Babyloniens avaient aussi un calendrier lunaire. Et c'est ainsi que le système savant babylonien est parvenu jusqu'à nous, et au monde entier, grâce aux Arabes.

Pour la première fois dans l'Histoire, les mathématiciens arabes prennent conscience du fait que les propriétés de la numération de position d'origine indienne sont indépendantes de sa base. Ils comprennent donc, peu à peu que, dans une numération de position, munie du zéro et possédant des chiffres significatifs détachés de toute intuition visuelle directe (comme par exemple dans la numération romaine), la notation des entiers est extensible à une représentation simple et rationnelle de tous les nombres. Ainsi, les opérations fondamentales de l'arithmétique (addition, soustraction, multiplication, division), s'y effectuent aussi aisément selon des règles simples indépendantes de la base envisagée (à l'époque, base 10 et base 60).

Transmission des chiffres arabes en Europe et au reste du monde

L'histoire de cette transmission est assez édifiante.

- Une première tentative a été faite par le pape de l'an 1000, Sylvestre II. Premier pape français, Sylvestre II, né Gerbert d'Aurillac, est aussi un grand savant et un acteur politique majeur. Né vers 945 dans une famille de paysans, Gerbert est éduqué à l'abbaye Saint-Géraud d'Aurillac, dans un esprit moderniste. Remarqué par le comte de Barcelone, le garçon poursuit son instruction dans les abbayes catalanes. Il y découvre le « quadrivium », c'est-à-dire les quatre sciences profanes de son époque : l'arithmétique (dont la numération indo-arabe), la géométrie, la musique et l'astronomie, à travers des manuscrits en latin traduits de l'arabe. Ce faisant, le moine précède de plus d'un siècle les étudiants des universités de Paris, Montpellier et Oxford qui vont au XIIe siècle traverser comme lui les Pyrénées pour compléter leurs connaissances grâce aux maîtres et savants arabes. Devenu pape en 999, sous le nom de Sylvestre II, il use de toute son autorité pour imposer les chiffres arabes chez les chrétiens, à la place des chiffres romains peu pratiques. Sa tentative va échouer, à cause de la résistance des savants de l'Église, qui considéraient que tout ce qui venait des Sarrasins (les Arabes) ne pouvait qu'être diabolique. On accusa même ce pape d'être habité par le diable. Cette légende a eu la vie tenace, à tel point qu'en 1648, six siècles plus tard, l'autorité pontificale fit ouvrir le tombeau de Sylvestre II pour vérifier si les diables de l'enfer ne l'habitaient point !

- Deux siècles plus tard, une deuxième tentative va réussir.

Né à Pise en Italie, Leonardo Fibonacci (1175-1250), a été élevé et éduqué en grande partie à Béjaïa (Bougie), l'une des capitales du Maghreb d'alors, où vivait son oncle Guillermo Bonacci. Celui-ci était le représentant, auprès des douanes maghrébines, des marchands toscans en Algérie, en Tunisie et au Maroc. Le jeune Leonardo, formé dans les écoles algériennes, s'est vite passionné pour les mathématiques arabes. Fibonacci rapporta à Pise en 1198 les chiffres arabes et la notation algébrique. Grâce à ses écrits et à sa persévérance, Finobacci réussit là où le pape Sylvestre II échoua. 

L'introduction du papier, des chiffres arabes et de tout le savoir arabe en Europe va grandement faciliter la Renaissance européenne.

http://numidia-liberum.blogspot.com...

Hannibal Genséric

Envoyé de mon iPad jtk